Versailles : une cité-jardin pousse en toute discrétion près du château

Sur le site de l’ancienne caserne Pion, Icade réalise un programme à dominante résidentielle de 48 600 m2 SP. Principale contrainte : respecter la stricte obligation de non-visibilité depuis le parc royal.
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Versailles : une cité-jardin pousse incognito près du château
Deux pavillons en meulière ont été conservés à l'entrée du site, ainsi qu'une halle située juste à côté du groupe scolaire en bois signé AAVP qui ouvrira en septembre 2026.

Nous avons pris toute la mesure de ce que signifie construire en bordure du parc du château de Versailles, souligne Mathieu Ricci, directeur aménagement chez Icade Promotion. En 2018, accompagné de l’agence Lambert Lénack Architectes, l’opérateur a remporté la consultation lancée par la Ville de Versailles (Yvelines) pour aménager les 20 ha de l’ancienne caserne Pion, en limite de Saint-Cyr-l’Ecole. De forme triangulaire, le terrain longe le domaine dessiné par André Le Nôtre sur 1,3 km, de la RD 10 à l’Etoile royale.

« Un tel site ne pouvait se satisfaire d’un aménagement générique », remarque Guillaume Hébert, cofondateur d’Une Fabrique de la Ville, mandataire de l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Dès 2014, l’étude urbaine pilotée par le paysagiste Michel Desvigne, avec l’agence d’urbanisme et l’architecte Inessa Hansch, pose le principe d’une cité- jardin contemporaine, inscrite dans la grande trame paysagère héritée du jardinier de Louis XIV. Seule la moitié sud de l’emprise (côté RD 10) sera urbanisée avec 550 logements (40 000 m2 SP sur 48 600 m2 SP au total), répartis entre une centaine de maisons jumelées et de ville, des logements individuels superposés et des petits collectifs ne dépassant pas le R + 2, soit 9 m de hauteur. La moitié nord, qui correspond à la pointe du triangle classée en zone naturelle (NA) [lire ci-contre] accueillera des vergers et des jardins familiaux exploités par les Fermes de Gally, ainsi qu’une plaine de jeux qui servira de bassin de rétention lors de fortes pluies. Quelque 4 150 arbres seront plantés dont 4 000 de haute tige.

Ecran végétal. Un travail important a été mené pour éviter que le quartier n’affecte les vues depuis le parc et même le château situé à 3,5 km. « Notre opération s’inscrit dans le périmètre de protection du domaine royal d’un rayon de 5 km à partir de la chambre du Roi et doit donc strictement respecter l’obligation de non-visibilité », rappelle Mathieu Ricci. Face à cet impératif, Michel Desvigne a proposé la création d’une grande terrasse en léger surplomb par rapport au parc. Large de 20 m et longue de 1,3 km, cette promenade haute est conçue comme une lisière épaisse : une quadruple rangée d’arbres (y compris celle existante qui sera prolongée le long du mur d’enceinte) formera un écran végétal.

Pour renforcer le dispositif, l’architecte des bâtiments de France (ABF), Bénédicte Lorenzetto, lorsqu’elle a repris le dossier en 2019, a demandé la réalisation d’une nouvelle étude de covisibilité alors qu’Icade venait de déposer le permis d’aménager de l’opération mise en œuvre hors procédure de ZAC. « A l’aide d’un drone, le travail a consisté à analyser, sur la base du plan-masse de l’architecte-coordonnateur Adrien Lambert, la visibilité de plusieurs points du projet urbain, depuis la chambre du Roi, les grand et petit Trianon ainsi que le parc afin de déterminer précisément l’implantation et la hauteur de chaque bâtiment », explique Mathieu Ricci. Redéposé en 2020, le permis d’aménager comporte un règlement de lotissement encadrant les volumes constructibles. « Nous avons perdu un peu de latitude. Les architectes des deuxième et troisième phases qui n’avaient pas encore commencé à dessiner leurs projets ont dû rentrer dans des enveloppes très contraintes », constate Adrien Lambert.

Multiples réunions. L’ABF a porté une grande attention à la façade donnant sur le domaine national, interdisant les terrasses accessibles, ainsi que les places de stationnement en sous-sol afin de pouvoir végétaliser densément les césures entre les constructions. Selon Mathieu Ricci, Bénédicte Lorenzetto est aussi rentrée dans le détail de chaque bâtiment, demandant par exemple l’intégration des coffrets EDF dans les façades des maisons pour les rendre invisibles. « Elle s’est beaucoup investie et a assez fortement encadré le projet », reconnaît le maire (DVD) de Versailles, François de Mazières, très mobilisé sur cette opération. L’ancien président de la Cité de l’architecture et du patrimoine, qui a récemment publié « Pour une ville belle », participe à de nombreuses réunions, dont celles des prototypes de façades de chaque lot pour choisir les matériaux, les teintes, les huisseries en bois… « Nous avons retenu une maxi-brique auto porteuse de teinte uniforme pour les maisons, de la pierre et de l’enduit pour les petits collectifs, du bois pour l’hôtel et le groupe scolaire et du zinc pour les toitures », détaille Adrien Lambert.

Cette exigence et ce dialogue approfondi ont porté leurs fruits : aucun recours n’a été déposé. A quelques mois près, l’opération se déroule selon le planning prévu avec la livraison de la première phase (230 logements) à partir de novembre, de la deuxième (113 logements) au printemps prochain. Les travaux de la troisième tranche devraient démarrer courant 2026 pour s’achever en 2028, soit au terme des dix ans du traité de concession d’aménagement.

Versailles : une cité-jardin pousse incognito près du châteauICADE
10533_590113_k2_k1_1409652.jpg 1 -Les îlots s'étirent entre la grande terrasse et le cordon boisé (le long du tram T13) qui intégrera la seule rue circulée du quartier. Certains sont délimités par des venelles qui prolongent les allées du parc. « Nous nous sommes inspirés des bosquets des jardins de Versailles avec, par exemple, pour les deuxième et troisième îlots, des maisons en périphérie et de petits collectifs à l'intérieur », décrit Adrien Lambert, architecte-coordonnateur. Une place boisée de plus de 4 000 m2 marquera l'entrée du site. A l'articulation entre la partie urbanisée et la zone NA, l'hôtel Huttopia, conçu par William Wilmotte, a été livré pour les JO de 2024.

Intervenants

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Versailles. AMO : Une Fabrique de la Ville (mandataire), EY Avocats.

Aménageur : Icade Promotion. Architecte-urbaniste & paysagiste coordonnateurs : Lambert Lénack Architectes (mandataire), Michel Desvigne Paysagiste (MDP). Maîtrise d'œuvre des espaces publics : MDP (mandataire), Lambert Lénack Architectes, Sol Paysage, Tugec. Opérateurs : Icade Promotion, Les Nouveaux Constructeurs, I3F, Huttopia, SCI Ruimy. Bilan de l'opération d'aménagement : 56 M€ HT.

Programme (48 600 m2 SP)

550 logements (y compris des résidences) dont 30 % sociaux : 40 000 m2.

Groupe scolaire + salle polyvalente : 1 800 m2. Activités économiques et commerciales : 3 800 m2. Hôtel : 3 000 m2.

Un quartier de moins en moins dense

« Nous avons voulu acheter la caserne Pion, située à l'écart du centre-ville, afin de maîtriser l'opération d'aménagement qui s'y développerait », relate François de Mazières, le maire (DVD) de Versailles. Suite à l'acquisition de la friche militaire pour 11 M€ en 2011 (coûts de démolition et de dépollution inclus), l'association Sites et Monuments a déposé un recours contre le PLU. « Alexandre Gady, qui la présidait alors, demandait soit l'intégration de la parcelle dans le parc du château, soit qu'elle n'accueille aucune construction. J'ai alors proposé de classer la moitié de l'emprise la plus proche de l'Etoile royale en terrain agricole, ce qu'il a accepté », raconte l'édile. Par ailleurs, soucieux de ne pas créer un quartier trop dense, l'élu a décidé d'abaisser les gabarits de R + 3 à R + 2. Quelques bâtiments ont encore perdu un niveau (de R + 2 à R + 1). Lors de la concertation préalable, en 2016, le projet développait près de 65 000 m2 S P.

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