Le collectif, dont vous êtes membre, souhaite rendre les toits aux Marseillais. Quelles sont les motivations ?
Nous en avons trois. En premier lieu, nous avons envie de permettre aux Marseillais de se réapproprier leur ville, aussi bien sur le littoral que vers le ciel. Cette orientation, aujourd’hui portée par la municipalité, répond aux attentes des gens.
Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de la ville, parle de droit au ciel et à la mer. Je reprends volontiers cette idée qui rejoint celle du partage du beau. Offrir au plus grand nombre la possibilité de prendre de la hauteur, c’est leur permettre de profiter du paysage marseillais dont les frontières naturelles sont la mer et les collines.
Ensuite, si on ne se croise plus dans la rue, pourquoi ne pas se croiser sur les toits. Marseille reste une ville très fragmentée avec de grandes inégalités. A part le Vieux-Port qui donne l’impression d’un grand cosmopolitisme, rares sont les endroits où les gens se mélangent. Symptômes de cette ségrégation, l’Ecole de la République devient l’école des pauvres et on dénombre 1500 résidences fermées. Nous avons pris acte de cette réalité et avons comme objectif d’ouvrir 1500 toits pour y recréer ce lien. Tout est à réinventer sur cette 5ème façade.
Notre troisième objectif est de faciliter l’accès au service public et au foncier. A Marseille, particulièrement, l’insuffisance du service public est une réalité. De même, elle manque d’espaces verts, à savoir, selon l’étude pilotée par Inddigo, 4,6 m2 d’espaces verts accessibles à moins de 300 m par habitant alors que l’OMS a fixé le ratio de 12 m2. On le voit dans des villes en Europe : ils accueillent une aire de jeux pour enfants, un espace vert, un équipement sportif… Nous promouvons ainsi le multi-usages. Notre idée n’est pas de couvrir les toits d’une forêt de panneaux solaires ou de jardins suspendus. A Marseille, qui comptabilise 300 jours de soleil par an, il y a du potentiel.
Nous voulons faire des toits un marqueur de son identité. Nous aimons à penser que nous allons inventer le 112e quartier de Marseille.
Le premier "Rooftop Day" marseillais s’est tenu le 1er juillet. Quel est le bilan ?
Pour rappel, le Rooftop Day, né à Rotterdam il y a huit ans et qui rassemble aujourd’hui 70 toits et 20 000 participants, à chaque édition, nous a inspirés. Nous avons échangé avec les organisateurs, dont fait partie l’architecte Winy Maas. Il nous a conseillés de nous lancer même si nous n’ouvrions que deux toits. Il a nous a dit : « Faites de belles images. Elles créeront la dynamique ». Nous avons ainsi pris la décision le 18 avril d’organiser l’événement. Très vite, nous avons eu un accueil très favorable avec le soutien, notamment de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée et le club immobilier de Marseille Provence. Au final, lors de cette première édition marseillaise, 13 toits ont été ouverts, fréquentés par environ 2000 participants. Cela va de celui d’une maison particulière, à côté de la gare Saint-Charles, à celui d’un parking-silo en construction au sein d’Euroméditerranée en passant par celui du Mucem sur lequel un karaoké géant a été organisé et la terrasse d’un immeuble de logements sociaux à Smartseille. L’enjeu était d’en faire un moment festif. Cela a été le cas.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Evidemment nous allons lancer une deuxième édition. Nous l’avons programmée d’ici à l’été 2023 et avons comme objectif de doubler le nombre de toits ouverts lors de cette première édition.
Nous allons tirer parti des enseignements des huit villes qui participent au programme européen de fabrique de la ville sur le toit initié par Rotterdam. Nous avons, par exemple, noué des liens avec la ville du Faro, au Portugal. C’est une ville du sud avec les mêmes problématiques méditerranéennes. A cet effet, un de nos axes de travail sera la création de liens avec l’Afrique du nord où l’usage du toit est répandu en créant, pourquoi pas, un « mediterranean Rooftop Day ». On pourrait imaginer de positionner Marseille comme point focal. Pourquoi ne pas imaginer un programme ad hoc, équivalent à celui qui réunit Rotterdam et sept autres villes européennes, axé sur les usages et le mode de vie dans la ville méditerranéenne.
Il nous faut aussi évaluer de manière précise, par taille et par usage, la surface de foncier céleste réellement activable. Nous allons en discuter avec l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise à la rentrée sur la base, notamment, de son étude sur les toits « Marseille prend de la hauteur ».
Enfin, nous souhaitons mettre à disposition des propriétaires publics ou privés les recettes d’activation d’un toit, sous forme d’outils et de formations. Ceci afin de les aider à lever les freins techniques et juridiques. Ce sera un peu "l’école des rooftops pour les nuls".
Les promoteurs et les bailleurs sociaux sont une autre cible. Il s’agit de les accompagner pour qu’ils puissent intégrer dès le départ dans un nouveau projet l’accès au toit.
(1) Les membres du collectif : Marseille Solutions, la Fabrique du Nous, l’Épopée, Synergie Family, Wetopia, l’AGAM, La Cité de l’Agriculture, le Club de l’immobilier, Récipro-cité, Linkcity










