Interview

« La RE2020, c’est de l’écologie punitive », Hervé Chavet, directeur technique d’Hexaom

Hervé Chavet, directeur technique du leader de la maison individuelle Hexaom, évalue l’impact de la RE2020 telle qu’elle a été annoncée mardi 24 novembre.

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Hervé Chavet, directeur technique d'Hexaom
Hervé Chavet, directeur technique du leader de la maison individuelle Hexaom.

La fin du gaz dans les maisons individuelles neuves va-t-elle impacter vos clients de manière uniforme ?

Un peu plus de 25% des projets développés par Hexaom embarquent des solutions gaz. Sur toute la région PACA, le taux avoisine les 0% alors qu’a contrario, en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France, le taux dépasse largement les 50%. Cela s’explique par un réseau de gaz plus dense dans ces territoires, une culture différente et un besoin de chauffage moins important dans le Sud de la France du fait de la météo. Dans ces territoires, nous installons beaucoup de pompes à chaleur. Le surcoût pour les clients devrait osciller entre 5000 et 6000 €. Et chaque année, le prix de l’entretien devrait passer de 80€ pour une chaudière à environ 300€ pour une pompe à chaleur. Pour les clients au budget serré, ça ne passera pas. Nous proposerons des alternatives, comme réduire la superficie des logements. Mais l’impact ne se limite pas aux clients. Toute la filière la filière est concernée. Que vont faire les artisans plombiers chauffagistes ? Les industriels majoritairement développés dans les chaudières ?

L’agenda fixé vous semble-t-il tenable?

Les textes officiels devraient paraître à la fin du 1er trimestre 2021. Cela signifie que nous aurons les règles du jeu trois mois avant leur application, prévue pour le début de l’été. Pour comprendre, calculer et adapter notre offre, c’est court ! Surtout qu’entre la vente d’une maison et le dépôt d’un permis de construire, il se passe trois mois. Concrètement, combien de bureaux d’études pourront faire les calculs pour vérifier que les solutions proposées respectent la réglementation dans ce laps de temps ? Aucun.

La baisse du seuil de 30% du Bbio a-t-elle du sens ?

Oui cela en a. Le seuil de 30% est trop élevé ! Il aurait fallu un pallier intermédiaire. Car actuellement, quelques solutions de rupture, peu utilisées sur le marché, existent. Mais les prix sont élevés. Pour respecter la réglementation, il faudra a priori doubler l’épaisseur des entrevous dans le plancher, renforcer fortement l’isolation des murs, des menuiseries et de la couverture. Le tout pour un surcoût de 3000 à 5000€ TTC pour le client. Nous allons donc renforcer le niveau d’isolation des maisons alors que le gain ne sera pas proportionnel aux investissements réalisés.

Le confort d’été est également renforcé. Est-ce réalisable ?

Nous ne disposons pas suffisamment de simulations. Dans le dossier de presse, les ministres parlent de puits climatiques, de brasseurs d’air… Un puits canadien, concrètement c’est une tranchée 50m de long, qui accueille une canalisation, pour y faire passer de l’air afin de le refroidir et le renvoyer dans le logement avec une ventilation double flux. C’est 3 000€ TTC pour le client. En augmentant les prix de revient, et donc les prix de vente de plus de 10% au total, c’est toute une partie des clients qui ne peut plus devenir propriétaire. C’est de l’écologie punitive.

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