« Nous avons trois à cinq ans pour rendre les machines autonomes »,Dick Zhang

Persuadé que l’automatisation des engins écrira l’avenir du BTP, le fondateur et directeur général de l’entreprise américaine Bluelight Machines lorgne le marché européen.
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« Nous avons trois à cinq ans pour rendre les machines autonomes »

Pouvez-vous présenter votre entreprise ?

En quelques mots, la raison d’être de Bluelight Machines est de rendre des engins de chantier existants autonomes. Nous installons, en retrofit, un pack d’automatisation supervisée alimentée par intelligence artificielle qui permet aux chantiers de gagner en productivité. Alors qu’un opérateur pilotait jusqu’ici un seul matériel, avec Bluelight Machines, il peut désormais en contrôler deux ou trois, ce qui automatiquement augmente la production.

Quels engins pouvez-vous équiper ?

Nous proposons pour l’instant d’automatiser des compacteurs dans la catégorie des 10-15 tonnes. Nous avons notamment un partenariat avec Dynapac North America et sommes compatibles avec les modèles GC de Caterpillar. Nous équipons aussi des tombereaux articulés des marques Volvo et Caterpillar, d’une charge utile de 30 à 45 tonnes, intervenant essentiellement sur des chantiers de terrassement.

Pourquoi avoir choisi ces types de matériels ?

Au départ, nous avons reçu des demandes pour automatiser des pelles et des bulldozers mais, sur un chantier, les pilotes de ces matériels sont un peu comme les quarterbacks au football américain : ils dirigent toute l’équipe et prennent beaucoup de décisions importantes. De plus, les entreprises de construction travaillent dur pour les recruter, les former et les garder. Plutôt que de toucher à ces postes, il s’est avéré plus stratégique de miser sur les opérateurs de compacteurs ou de tombereaux articulés que les entreprises ont du mal à recruter. D’autant que ces machines sont accidentogènes et effectuent des tâches répétitives.

Combien en avez-vous déjà rendu autonomes ?

Une centaine d’équipements dotés de notre solution fonctionnent déjà en parfaite autonomie dans le monde. Nous sommes présents en Amérique du Nord et du Sud, en Asie et en Australie, grâce à notre réseau de 23 distributeurs [dont des agences Sitech en Amérique du Nord, NDLR] répartis sur quatre continents. Plus d’un milliard de mètres carrés d’emprises ont jusqu’à présent été compactés par nos clients de façon autonome et en toute sécurité.

Comment fonctionne votre solution ?

Notre solution de retrofit tient dans une valise et nous nous chargeons de l’installer sur les machines. Une opération qui dure environ deux heures. Ensuite, via une tablette ou un smartphone, les paramètres, comme le nombre de passes à effectuer pour le compacteur, vont être programmés et transmis à l’engin grâce à une connexion 4G ou 5G. Devenu autonome, il va ensuite fonctionner par lui-même entre une et dix heures pour remplir ses missions.

« Un milliard de mètres carrés d’emprises ont déjà été traités grâce à des compacteurs équipés de notre solution. »

Quelles technologies embarquées utilisez-vous ?

Notre système s’appuie sur des antennes GNSS qui localisent la machine en temps réel, des caméras IA et des algorithmes développés en interne. Nous n’utilisons pas de technologie Lidar car c’est très fragile et sensible à la poussière, ce qui est risqué sur un chantier. Les caméras, à l’inverse, sont plus résistantes aux vibrations et efficaces face à la poussière, la pluie et la neige. Leur autre avantage est qu’elles sont plus abordables. On trouve actuellement sur le marché des capteurs de caméra qui capturent les données brutes pour 10 à 30 dollars l’unité [8,60 à 26 euros] .

Comment voyez-vous le futur de l’industrie autonome ?

La technologie GPS a probablement mis une vingtaine d’années à être largement adoptée. Nous n’avons pas autant de temps pour l’autonomie. Nous avons trois à cinq ans. Il nous faut y arriver. La demande de l’industrie ne va cesser de croître tandis que le nombre d’opérateurs disponibles va, lui, diminuer.

Comme en a témoigné Conexpo, le marché nord-américain compte plusieurs acteurs spécialisés dans l’automatisation d’engins. Que pensez-vous de cette concurrence ?

Je suis souvent interrogé sur la concurrence. Ce marché peut supporter Caterpillar, Komatsu et John Deere, donc il peut accueillir bien plus qu’une entreprise spécialisée dans l’autonomie. La compétition peut participer à rendre Bluelight Machines meilleure et à améliorer les services proposés à nos clients. Dans tous les cas, elle est bénéfique pour l’industrie.

Quels sont vos axes de développement à court terme ?

Nous réfléchissions à proposer notre solution aux marchés européens, mais pour l’heure nous devons encore appréhender les usages des équipements sur ce continent ainsi que les réglementations et certifications, qui ne sont pas les mêmes qu’aux Etats-Unis. Nous espérons pouvoir approcher ces marchés l’année prochaine.

« Nous avons trois à cinq ans pour rendre les machines autonomes »BLUELIGHT MACHINES
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