« Il y a trois ans, notre chiffre d’affaires était de 800 000 € et nous ne pouvions pas, bien sûr, répondre à un marché public de 1 M€ ! » Jusqu’alors, Fleur Ouertal, collaboratrice de l’EIRL Terre crue créée en 2013 par son conjoint Ghislain Maetz, à Saint-Germain-sur-Ille (Ille-et-Vilaine), n’avait pas particulièrement connaissance du fonctionnement du Groupement momentané d’entreprises (GME). L’entreprise, spécialisée dans la rénovation du bâti ancien construit avant 1940, notamment des longères bretonnes et du patrimoine bâti, compte dans sa clientèle une majorité de particuliers et de maîtres d’œuvre.
« Au départ, nous n’étions pas forcément intéressés par les appels d’offres, mais au vu de notre spécialité, certains architectes nous ont conseillé de regarder certains dossiers d’appels d’offres avec attention », se souvient Fleur Ouertal. Résultat, en 2019, l’EIRL intervient pour réaliser, entre autres des enduits en terre sur de la maçonnerie classique ainsi que des enduits intérieurs sur la rénovation et l’extension en botte de paille du siège social du bailleur social Netoa, à Rennes. Pour elle, l’avantage de travailler en appels d’offres ouverts, à la marge de l’activité, est « de travailler sur des projets hors normes, de mettre notre savoir-faire à disposition de projets urbains mais aussi de travailler avec des corps de métiers qui n’ont pas l’habitude de la terre crue ».
Se grouper pour réaliser des projets ambitieux
Lorsque la ville de Mordelles, à 20 km de Rennes, lance le projet de l’école de la Clairière, conçue par l’agence Tracks (4 bâtiments en terre et un en paille), en se basant sur une architecture bioclimatique avec l’utilisation de matériaux biosourcés et des techniques traditionnelles comme la bauge, le torchis ou la terre-paille, des professionnels de la construction en terre, rassemblées dans le Collectif des Terreux armoricains (CTA) depuis 2012, s’y intéressent. « Lors d’une assemblée générale du collectif, nous avions appris l’existence de ce projet à 1 M€ et savions qu’il était hors normes », se souvient Fleur Ouertal. Avant même la sortie de l’appel d’offres, quatre entreprises(1), avec des effectifs de 4 à 10 salariés, décident de s’organiser en GME et se retrouvent pendant un mois à raison d’une matinée par semaine pour renforcer leur cohésion. Deux d’entre elles, qui sont adhérentes de la Capeb, ont fait appel au syndicat patronal pour disposer des informations juridiques nécessaires. Le futur groupement a utilisé l’outil visuel d’intelligence collective du Vision Boat, une méthode de management déjà en place au sein de Terre crue, pour embarquer tout cet équipage : comment le bateau, qui symbolise le projet et l’équipe, peut naviguer en tenant compte de divers paramètres (l’ancre, ce qui retient, les récifs pour les freins extérieurs, mais aussi le vent qui pousse, etc.). Il est ainsi décidé de l’embauche d’une personne comme coordinatrice du futur GME.
« Toute la difficulté était de pouvoir répondre en temps et en heure sur ce chantier spécifique sans déserter ceux de nos clients », précise la conjointe collaboratrice. Le chantier est livré au mois d’août 2025. Depuis, ce groupement a étudié d’autres dossiers, répondant en géométrie variable en fonction de l’importance des projets. Si les appels d’offres publics ne totalisent que 10 % du chiffre d’affaires de l’EIRL, l’entreprise, qui a conçu une brochure pour se rendre visible auprès des communes, « répondra avec plaisir » aux prochains projets publics en terre crue.













