Avec 29,3 millions de mètres cubes à déplacer, la ligne à grande vitesse Bretagne - Pays de la Loire (LGV BPL) qu’Eiffage construit entre Rennes et Le Mans va exiger du terrassement de masse. Toutes les pelles de production habituelles vont être mobilisées (Caterpillar 385, Liebherr 974), épaulées par deux machines toutes neuves, utilisées pour la première fois en France : des Liebherr 9100. Fabriquées à Colmar, ces dernières sont conçues pour la carrière. Elles sont d’ailleurs inscrites au catalogue « Mining » du constructeur, au côté de pelles minières géantes. Pourtant, c’est bel et bien en terrassement qu’Eiffage va les utiliser, en association avec des tombereaux rigides Caterpillar 773G pour le transport et des bouteurs D7E et D8T au déchargement.
Cinq tombereaux pour chaque pelle
« Ce qui distingue une pelle de carrière d’une pelle de terrassement, c’est avant tout sa taille et ses renforts. Nous n’avons pas modifié la 9100 pour une utilisation en terrassement ; tout juste avons-nous enlevé certaines protections d’origine comme la grille de cabine », explique Philippe Martinot, directeur de l’agence parisienne de Liebherr France. Avec ses 110 t de poids en ordre de marche, la 9100 est équipée en standard d’un godet de 6,8 m³ pour enrochement. C’est là qu’Eiffage a exigé du sur-mesure. Pour ce chantier, la pelle est équipée d’un godet dessiné pour la terre, d’un volume normalisé de 7,7 m³. C’est-à-dire qu’un bon conducteur travaillant dans un matériau de faible densité peut facilement dépasser les 9 m³ en dôme. C’est cela qui intéresse Joël Pigeon, directeur matériels de BPL. « En quatre godets, on atteint 36 m³, soit le volume utile d’un tombereau Caterpillar 773G. L’un et l’autre forment une association parfaite. » D’où la présence, autour de chaque pelle, de cinq tombereaux flambant neufs, issus de la dernière génération : la série G. « C’est un tombereau rigide de 55 t de charge utile », précise Julien Château, responsable clientèle chez Bergerat Monnoyeur, le représentant de Caterpillar en France. L’électronique a évolué. La boîte de vitesse des nouveaux modèles, mécaniquement identique à la génération précédente, a été reparamétrée pour un passage plus souple des rapports et une amélioration de la traction en pente. La pression des pneus est surveillée électroniquement, avec alerte en cabine en cas de sous-pression ou d’échauffement, et un pesage embarqué est monté en série. Le moteur, en revanche, reste rustique pour une bonne raison : d’une puissance de 578 kW, il n’est pas soumis à la réglementation européenne antipollution. Même chose pour la pelle Liebherr dont le moteur à douze cylindres en V de 565 kW (un nouveau modèle) ne doit répondre qu’à l’ancienne norme Étape 2. Ainsi armés, ces engins sont parés pour travailler sur le chantier de la LGV BPL où ils tourneront en deux postes. « L’échelon type comptera une Liebherr 9100 pour cinq Caterpillar 773G. Mais il sera possible de retirer un tombereau d’un échelon pour l’allouer à l’autre en fonction des distances à parcourir », anticipe Joël Pigeon qui ne recevra sa seconde pelle que l’année prochaine. La première est déjà au travail près de Laval où elle réalise une plateforme de 26 ha, destinée à servir de base d’approvisionnement en rails, en ballast et en traverses.
vincent leloup
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Vincent Leloup 









