Le projet d’aménagement de la gare du Nord suscite la polémique. Ainsi, début septembre, 19 architectes, historiens de l’art, urbanistes et sociologues, parmi lesquels Jean Nouvel, Roland Castro, Marc Barani et Dominique Perrault, demandaient l’abandon pur et simple du projet dans les colonnes du Monde. Aujourd’hui, les architectes Denis Valode et Jean Pistre, auteurs du projet, réagissent et défendent leur conception.
Le projet prévoit de tripler la taille de l’édifice du XIXe siècle et absorber ainsi l’augmentation du trafic. Le nombre de voyageurs devrait en effet passer de 500 000/jour lors des derniers aménagements en 2001 à 900 000/jour en 2030, selon les projections de la SNCF.
Dans ce but, la surface sera portée de 36 000 à 110 000 m². Des opérations qui seront menées à bien par une Société d’économie mixte à opération unique (Semop), créée entre Ceetrus, la foncière du groupe Auchan et SNCF Gares & Connexions. Les travaux, dont le montant est estimé à 600 millions d’euros devront être achevés pour les Jeux olympiques de 2024.
Accès plus compliqué aux quais
Parmi les principales critiques, le collectif d’architectes et d’urbanistes déplore un accès aux quais des plus compliqué. A quoi rétorquent Denis Valode et Jean Pistre que l’augmentation de la fluidité et l’évitement des conflits et des engorgements « impose l’augmentation significative des liaisons ».
D’où l’augmentation des espaces de circulation à 37 000 m² contre 15 000 m² actuellement. L’accessibilité sera renforcée avec 55 ascenseurs et 105 escaliers mécaniques, contre respectivement 20 et 45 aujourd’hui. Cela se traduit aussi par un nouveau hall de départ, une grande nef de verre longeant la façade historique.
Défiguration de la gare
Une atteinte au patrimoine ? C’est, en tout cas, l’un des autres chevaux de bataille des détracteurs du nouvel aménagement, qui estiment que le projet génère une « défiguration inacceptable de la gare ». Denis Valode et Jean Pistre leur rappellent que les travaux seront l’occasion de restaurer la façade historique, ainsi que la façade intérieure de la grande halle d’Hittorff, qui se trouvera « débarrassée des mezzanines et des scories architecturales accumulées au fil du temps, qui la rendent illisible ».
Assemblage controversé
Dernier des principaux points mis en exergue par les détracteurs du projet, il constitue l’assemblage d’une gare et d’un « immense centre commercial » car il prévoit une vaste surface de commerces et d’activités que les voyageurs devront forcément emprunter pour accéder aux quais. Cette surface est considérée comme « une atteinte à la volonté de rééquilibrer les activités dans Paris, et plus encore dans l’espace du Grand Paris ».
Face à cet argument, Denis Valode et Jean Pistre mettent en avant la petitesse de la « surface commerciale installée, rapportée au nombre de voyageurs », soit près de 30 000 m² de boutiques et de restaurants pour 207 millions de passagers/an, « nettement inférieure à celles des autres gares parisiennes transformées » (Austerlitz 18 000m²/22 millions passagers/an ou Montparnasse 19 000 m²/ 54 millions passagers/an).
Délai de réalisation
Les concepteurs omettent tout de même de répondre à la question des délais. Ils prévoient une mise en service en 2023, bien avant l’ouverture des JO 2024, puisque la gare du Nord doit jouer un rôle crucial dans l’organisation de cet évènement. Or, aujourd’hui, le permis de construire est toujours bloqué par la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC). L’organisme a, en effet, rendu un avis défavorable sur une partie de l’offre, jugée surabondante par rapport à l’activité locale. L’occasion d’un débat élargi.










