Comment la France assure la résilience de ses infrastructures électriques

Après le passage de la tempête Ciaran qui a privé d’électricité 1,2 millions de foyers se pose la question de la résilience des réseaux électriques français face à ces événements climatiques extrêmes. Enedis, la FNCCR et les AODE locales sont en première ligne pour investir dans un réseau fondamental à l’heure d’une électrification massive des équipements et des usages. 

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Raccordement d'un réseau électrique.

Lundi 6 novembre, 8h. Enedis, comme chaque matin depuis que la tempête Ciaran a touché l’ouest de la France dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 novembre, fait un bilan du rétablissement de l’électricité dans les foyers. Ce jour-là, l’opérateur se félicite d’avoir réalimenté 90 % des habitations.

Pour ce faire, l'organisation a anticipé : dès le mardi 31 octobre, elle a pré-mobilisé via sa plateforme numérique aussi bien ses équipes en internes que les entreprises prestataires en déclenchant sa Force d’Intervention Rapide d’Electricité (FIRE). Ce dispositif explique en partie la réactivité d’Enedis dans le rétablissement rapide du courant dans la majorité des foyers. En partie, car depuis la tempête de 1999, RTE, Enedis ainsi que les collectivités en charge de l’entretien du réseau basse tension dans les zones rurales, investissent dans la résilience des réseaux électriques pour limiter la casse. 

Les responsables des réseaux électriques en France

En France, le réseau haute tension est géré par RTE, les réseaux moyenne et basse tension par Enedis, et une portion des réseaux basses tension par les collectivités, notamment par les départements, qui ont cédé dans leur majorité ces prérogatives à des autorités organisatrices de la distribution d’énergie (AODE). La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) représentent l’ensemble de ces AODE, sur les volets électricité, eau et réseaux numériques.

Enfouir à tout prix

« On a mené des travaux à partir des perspectives climatiques afin de rendre l’ensemble du réseau résilient à l’horizon 2050 », précise Thierry Sudret, directeur exploitation et systèmes d’Enedis. Pour ce faire, Enedis a trois composantes essentielles dans la modernisation du réseau public de distribution d'électricité. Cela commence par l’installation de postes sources ou transformateurs, « un maillon majeur de la transition écologique, étant donné qu’ils permettent d’accueillir la production éolienne et photovoltaïque, explique le responsable d’Enedis. Nous sécurisons aussi des postes sources stratégiques, notamment dans les zones urbaines denses, afin qu’ils puissent prendre le relais entre eux en cas d'incident. »

Reste ensuite la rénovation des réseaux moyenne et basse tension : « Nous avons des programmes concernant les réseaux les plus vulnérables aux risques climatiques et les plus anciens », énumère-t-il. Enedis cible les types de câbles les plus accidentogènes, et s'attelle à changer des réseaux de fils nus aériens par des fils torsadés et gainés, ou à les enfouir. Cette dernière option est privilégiée par Enedis et les collectivités, qui ont supprimé en 20 ans 150 000 km de réseau aérien. Ainsi, 50 % du réseau moyenne et basse tension français était en 2022 souterrain, contre 30 % au début des années 2000. « Nous construisons 14 800 km de réseaux neufs dont 98% sont souterrains. Par ailleurs, une partie remplace les 6 200 km de réseaux aériens que nous déposons chaque année », précise Thierry Sudret. 

Cibler les zones à risque

Malgré tout, l’enfouissement n’est pas une solution miracle, et peut se heurter à des obstacles. C’est ce qu’explique Charles-Antoine Gautier, directeur adjoint de la FNCCR : « La géologie des sols, comme la Bretagne et son sous-sol granitique, rend l’enfouissement économiquement non viable. Tout comme les zones de haute-montagne, aussi inadaptées à ce type de sécurisation. » Le directeur adjoint ajoute : « Dans les villes et villages, nous pouvons accrocher les fils aux façades. »

« Dans les villes et villages, nous pouvons accrocher les fils aux façades. »

—  Charles-Antoine Gautier

L’entreprise est énorme puisque la France est constituée du plus grand réseau électrique d’Europe : le réseau moyenne tension représente 664 500 kilomètres, et le basse tension 737 000 kilomètres, soit 1,4 M de km de lignes selon Enedis. Ce qui pose problème pour les opérateurs. « Contrairement à l’Allemagne par exemple, nous avons des habitations très dispersées, donc un kilométrage de réseau plus élevé, analyse Thierry Sudret. De fait, cela rend certaines interventions en cas de tempête plus complexes et plus longues. » Ainsi, en Bretagne, si 90 % du réseau a été rétabli en cinq jours, il restait encore 1 % des 1,2 M de foyers touchés qui n’étaient pas encore réalimentés le 13 novembre au matin, soit 8 000 foyers. Souvent situées dans des zones boisées ou isolées, Charles-Antoine Gautier plaide ainsi pour une accélération de l’enfouissement des réseaux dans ces zones sensibles.

Le Finistère, un territoire stratégique de résilience du réseau électrique

Dans le Finistère, Antoine Corolleur, président du Syndicat territoire d’énergie finistère (Sdef), l’AODE en charge des réseaux basse tension du département à l’exception de ceux de Brest, était en première ligne lors de la tempête Ciaran. « Nous avons 11 800 km de réseau moyenne tension et 15 000 km basse tension, pour 477 000 client, énumère Antoine Corolleur. Sur ces 15 000 km, il reste encore 3 100 km de fil nu non torsadé. » Avec un rythme de remplacement de 170 km de ces fils nus par des fils torsadés plus résistants, la Finistère devrait sécuriser son réseau basse tension dans 15 ans. Doté de 56 M€ par an, la Sdef investit chaque année en moyenne 13,4 M€ dans la sécurisation de son réseau, et 13,3 M€ dans l’enfouissement.

Faire face au changement climatique

Ces investissements sont de surcroit stratégiques : dans une société dont les équipements s’électrifient de plus en plus dans le but de baisser les émissions de gaz à effet de serre, les réseaux électriques deviennent de fait centraux dans leur bon fonctionnement. « La résilience des réseaux de distribution d’électricité ne concerne pas seulement l’alimentation des foyers, mais aussi la transition énergétique, notamment avec l'accélération des énergies renouvelables », réaffirme Thierry Sudret.

Ainsi, les organisations en charge des réseaux (voir encadré) ont une responsabilité grandissantes, et investissent des sommes importantes dans l’entretien, le renouvellement et le renforcement des réseaux.

Chez Enedis, sur les 4 Md € d'investissements réalisés chaque année en moyenne, 1 Md € concerne sa modernisation, notamment afin de le rendre plus résilient face aux intempéries.

« La résilience des réseaux de distribution d’électricité ne concerne pas seulement l’alimentation des foyer, mais aussi la transition énergétique »

—  Thierry Sudret

Chez RTE, ce sont près de 2,8 Mds € qui ont été investis dans le réseau haute tension entre 1999 et 2017 afin de le renforcer, notamment en retirant la végétation autours des pilonnes et en installant des pilonnes anti-cascade aux endroits stratégiques. La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) estime à 900 M€ les investissements dans les réseaux basse tension, dont un cinquième serait spécifiquement dédié à l’enfouissement des fils. Les collectivités bénéficient sur ce point du fond de péréquation Financement des aides aux collectivités pour l'électrification rurale (Facé), abondé chaque année de 370 M€.

Pour Charles-Antoine Gautier, « ces fonds restent insuffisants au vu des enjeux d’électrification actuels. Cela fait une dizaine d’années que cette enveloppe globale n’a pas évolué, notamment au regard de l’inflation. » Et il tient à préciser : « L’entretien, le renouvellement et l’extension des réseaux électriques peut représenter dans certains département jusqu’à 10 % de l’activité des travaux publics ! »

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Date de réponse 03/11/2026