Andrew Anagost : En effet, à l’origine en 1982, Autodesk était l’éditeur d’Autocad, mais aujourd’hui nos activités vont au-delà, puisque nous éditons également des logiciels pour l’industrie et pour le divertissement avec notre pôle « Média & divertissement ». Sur un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars (au 31 janvier 2017), AutoCad représente 16 % de l’activité. Les autres logiciels liés à l’architecture/ingénierie/construction (AEC) comptent pour 43 % du CA, tandis que ceux pour l’industrie représentent 31 %. Les outils pour la branche « Média & divertissement » s’élèvent à 7 % du CA. Les 3% restant concernent des produits davantage orientés vers le grand public. Ces activités occupent 9000 personnes à travers le monde, dont une centaine en France.
A.A. : Il s’agit d ‘une tendance de fonds pour la plupart des éditeurs de logiciels, qui nous permet de délivrer davantage de services à nos clients. Dans ce cas précis, nous les avons informés deux ans à l’avance. Aujourd’hui, soit un an et demi après avoir opéré cette transition, 30 % de nos clients historiques ont effectué le passage d’un plan de maintenance à un abonnement. Par ailleurs, ce changement de modèle nous a permis de récolter de nouveaux clients qui ont accès à AutoCad ou à Revit pour un tarif moins élevé et pour la durée de leur choix. Enfin, il reste une partie de nos clients historiques qui sont mécontents, en particulier chez les architectes.
LeMoniteur.fr : Quels arguments donnez-vous aux architectes ?
A.A. : Tout d’abord, un point qui est cher aux architectes concerne l’accès aux données. Nous mettons à leur disposition plusieurs « viewers » gratuits qui leur permettent de conserver l’accès à leurs conceptions et à leurs informations en général. Certes pour les modifier, ils doivent utiliser un logiciel payant, mais ils peuvent s’abonner pour une courte période ou continuer à utiliser leur ancienne version du logiciel. Le passage à l’abonnement nous permet aussi de leur fournir davantage de services. Ainsi, AutoCad en formule abonnement existera bientôt dans trois versions différentes : une version pour ordinateur fixe, une pour support mobile et bientôt une version entièrement en ligne. Cette dernière est actuellement en phase de test auprès de bêta-testeurs.
Autre avantage, grâce à l’abonnement, nous réalisons des mises à jour incrémentielles des logiciels, sans entraîner de rupture dans l’utilisation pour les clients. Enfin, l’abonnement comprend un service de stockage de données dans le cloud (sur des serveurs distants, NDLR), ce qui facilite le partage d’information avec les maîtres d’ouvrages par exemple. Il suffit d’envoyer un lien par mail pour donner accès au projet.
A.A. : Le Building information modeling (BIM) et la 3D constituent l’avenir de la conception architecturale, en particulier lié à l’industrialisation de la construction. A ce titre, nous travaillons à intégrer les éléments de structure et ce qui relève de la mécanique/électricité/plomberie (Mep) dans un seul workflow sous Revit. L’objectif est ainsi de fluidifier le travail des architectes comme celui des bureaux d’études. Le travail en 3D est amené à devenir un standard, aussi bien pour le secteur de la construction que pour l’industrie. En tant qu’éditeur de logiciels pour ces différents secteurs, nous visons naturellement à faire converger nos solutions pour intégrer au mieux la 3D. A plus long terme, il s’agit d’améliorer la qualité des projets pour faciliter et accélérer leur construction, voire même anticiper sur l’entretien et la maintenance des ouvrages.
A.A. : C’est une technologie prometteuse. Aujourd’hui, imprimer en 3D des pièces complexes est encore long, pas assez rentable et donc incompatible avec des exigences industrielles. En revanche, la technologie évolue rapidement : la vitesse d’impression va augmenter d’ici cinq à dix ans et la palette de matériaux « imprimables » va s’étoffer. Cela va révolutionner la conception architecturale. Couplée à la préfabrication et au BIM, l’impression 3D va devenir un outil de construction à part entière. Nous travaillons à ce que nos logiciels soient compatibles avec ces évolutions importantes pour tous les secteurs.
A.A. : Nous avons déjà lancé des solutions de « generative design » ou « conception générative » pour la construction. Il s’agit d’utiliser un algorithme qui va analyser des millions de design afin de ne présenter au final que les meilleurs par rapport à un contexte ou un cahier des charges précis. L’intelligence artificielle permet déjà de concevoir des quartiers entiers de cette façon. Notre objectif est ainsi d’aider nos clients à concevoir plus rapidement de meilleurs projets. L’autre axe d’innovation est à la fluidification des flux entre la conception et le chantier, là aussi l’intelligence artificielle constitue une ressource. Elle permet de gagner en efficacité, afin de construire mieux, moins cher et avec moins d’impacts sur l’environnement.
A.A. : Notre Fondation est encore assez peu connue. Elle sert surtout à financer des projets à vocation sociétale et environnementale à travers nos trois secteurs d’activités, dont l’architecture et la construction. Dans ce cadre, nous donnons des accès gratuits à nos logiciels ainsi qu’aux formations pour en tirer le meilleur parti, mais aussi aux différentes expertises de nos employés. Près de la moitié d’entre eux s’est engagée bénévolement sur des projets l’an dernier et la fondation a aussi attribué plus de 2500 licences gratuites. Ceci s’ajoute aux 680 millions d’étudiants et de professeurs à travers le monde qui utilisent gratuitement nos logiciels.













