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Béton armé : l'un des derniers bâtiments « Hennebique » au monde sera (presque) conservé
Nantes: CAP 44 sauvé ? (structure) - © Jean-Philippe Defawe

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Béton armé : l'un des derniers bâtiments « Hennebique » au monde sera (presque) conservé

Jean-Philippe Defawe (Bureau de Nantes du Moniteur) |  le 19/10/2018  |  UrbanismeCultureChantiersLoire-AtlantiqueBéton armé

L’immeuble Cap 44, parmi les premiers au monde à être construit en béton armé selon le procédé Hennebique, ne sera pas entièrement démoli mais « transformé », annonce la maire de Nantes. Objectif, libérer la vue sur la Loire, dans la perspective du futur Jardin extraordinaire et de l’Arbre aux hérons.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (structure)

© Jean-Philippe Defawe

Structure Hennebique du bâtiment, avec son porte-à-faux sur le pignon ouest.

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Nantes: CAP 44 sauvé ?

© Jean-Philippe Defawe

Devant le bâtiment Cap 44 recouvert de son bardage bleu :  (de g. à d.) Philippe Martial, président de l’Ordre des architectes des Pays de la Loire ; Sylvie Hoyeau, présidente de l’Ardepa ; Pascal Fourrier et Claude Puaud, respectivement vice-président et président de la Maison régionale de l’architecture des Pays de la Loire.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (bords de Loire)

© Jean-Philippe Defawe

Vue sur l’immeuble Cap 44 et la Loire, depuis le haut de la carrière.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (minoterie)

© Centre d’Histoire de Travail

Illustration et coupe des Grands Moulins de la Loire. Extrait de « L’invention du béton armé. Hennebique, 1890-1914 », Gwenaël Delhumeau.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (coupe)

© Institut Français d’Architecture

Coupes de minoterie, dressées en 1931 par le cabinet Roux, experts industriels, à Nantes.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (situation)

© Région Pays de la Loire - Inventaire général (Hélène Charron, photographe)

Situation des Moulins de la Loire sur la maquette réalisée pour l’Exposition Universelle de 1900 par Pierre Auguste Duchesne. Au centre, la minoterie, en bas à gauche, les silos et l’estacade.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (vue aérienne)

© Ville de Nantes

Vue aérienne du site avec la carrière où s’installeront le jardin extraordinaire et l’arbre aux hérons, l’immeuble Cap 44 et le parking à sa gauche qui sera détruit.

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Nantes: CAP 44 sauvé ? (site)

© Ville de Nantes

Schéma du site avec l’arbre aux hérons et l’immeuble des Grands Moulins de la Loire transformé.

Aujourd’hui, ce bâtiment du Bas-Chantenay, qui vient d’être racheté par Nantes Métropole Aménagement à Axa pour 1,25 million d’euros, est une verrue urbaine. A quoi ressemblera-t-il demain sans son bardage bleu datant des années soixante-dix ? Après six mois de concertation, la ville a fait « le choix d’une préservation et d’une évolution respectueuse de l’histoire ». Le choix d’un compromis en réalité suggéré notamment par l’urbaniste Bernard Reichen, en charge de l’aménagement des 150 ha du Bas-Chantenay.

 

Etage Hennebique conservé

 

Le bâtiment ne gardera la totalité de sa hauteur que sur la partie Ouest, avec un belvédère à son sommet et son porte-à-faux sur le pignon. La partie Est sera abaissée et le rez-de-chaussée ouvert pour permettre les vues sur la Loire depuis la carrière où l’agence Phytolab va réaliser un Jardin extraordinaire et la compagnie La Machine va construire son futur Arbre aux hérons pour 2022.

Un étage témoignant du procédé de construction historique, le procédé Hennebique, sera conservé. Sont également prévus un espace de 1 000 m2 dédié à l’imaginaire de Jules Verne, et un espace dédié au quartier, précise la ville. « Tout n’est pas encore défini, le travail doit se poursuivre pour donner corps au projet. C’est une nouvelle vie qui s’ouvre pour ce bâtiment, qui en fera vivre la valeur esthétique et patrimoniale, tout en l’inscrivant dans son environnement » a déclaré Johanna Rolland.

 

Un bijou...

 

L’élue appuie sa décision sur une consultation lancée du 29 mars au 30 avril dernier (qui a reçu 76 contributions individuelles et quatre collectives) et une commission citoyenne composée de 12 volontaires qui a transmis son avis aux élus le 18 juin. Trois scénarios ont alors été étudiés : la préservation, le maintien partiel ou la démolition.

Les instances représentatives des architectes n’ont malheureusement pas participé à cette consultation mais, à la fin de l’été, elles ont tenté d’interpeller les élus. Pour la première fois de leur histoire, l’Ordre régional des architectes et les deux maisons de l’architecture (l’Ardepa et la MRAPDL) se sont mobilisés ensemble en lançant un appel pour sauver les Grands moulins de la Loire. Unanimes, les architectes rappellent que sous « ses habits bleus plus vraiment sexy se cache un bijou aujourd’hui invisible ». Pour Pascal Fourrier, vice-président de la Maison régionale de l’architecture des Pays de la Loire ce bâtiment est une référence de l’ingénierie mondiale. « Utilisant le procédé Hennebique, il a révolutionné la construction en béton armé et c’est aujourd’hui un des derniers grands témoins planétaires de cette innovation » explique-t-il.

« C’est un prototype. A l’époque, c’est expérimental, surtout à cette échelle » complète l’historien de l’architecture Gwenaël Delhumeau, auteur de « L’invention du béton armé. Hennebique, 1890-1914 » à l’Institut Français d’Architecture qui insiste aussi sur l’importance de la géographie. De fait, sa situation en bord de Loire et ses 8 000 m2 développés sur six niveaux (25 mètres de haut) lui confèrent un statut de signal urbain qui fait écho aux grues Titan sur l’île de Nantes et la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier à Rezé, sur l’autre rive.

 

« Il est urgent d’attendre »

 

« On a besoin de ces repères pour imaginer l’avenir » estime Pascal Fourrier. Les architectes appellent donc à stopper toute velléité de démolition, même partielle. « Il est urgent d’attendre » préconise Sylvie Hoyeau, présidente de l’Association régionale pour la diffusion et la promotion de l’architecture (Ardepa).
Le collectif d’architectes propose dans un premier temps de donner à voir la structure Hennebique en débarrassant le bâtiment de ses oripeaux bleus, puis de donner accès « pour mesurer in situ, de l’intérieur, la structure et son lien enthousiasmant vers la Loire et la carrière ».

Ensuite seulement un appel à projets pourrait être lancé pour « imaginer un lieu ouvert, accessible et original ».

 

Un autre choix

 

La Ville a donc choisi une autre voie et les premiers travaux sont annoncés pour la mi-2020. Pour Olivier Château, élu de Nantes en charge du patrimoine, « c’est vrai choix qui permet d’abord et surtout de conserver et de valoriser un élément important de notre patrimoine industriel et du patrimoine architectural mondial ». Rappelant que Nantes est reconnu pour son savoir-faire en la matière avec le Lieu unique, les halles Alstom, les Nefs ou la Manufacture des Tabacs…, il estime que « le patrimoine peut aussi s’adapter à la ville du XXIe siècle tout en continuant à raconter l’histoire d’une ville ».

 

Quel sort pour la Beaujoire ?

 

L’histoire dira si la préservation (ou la destruction) partielle des Grands Moulins de la Loire a été le bon choix. Dans tous les cas, il en restera au moins des traces. Une chance que pourrait ne pas avoir le stade de la Beaujoire, conçu en 1984 par l’architecte Berdje Agopyan. Dans le cadre du projet Yellopark, l’ouvrage emblématique est promis à la destruction pour laisser place à un stade neuf plus conforme au business de l’industrie du sport.

Ce projet entièrement privé qui prévoit la construction d’un stade de 40 000 places en partie financé par un projet urbain avec 1 500 logements et 50 000 m2 verra son sort scellé le 7 décembre projet avec le vote, en conseil métropolitain, de la cession des 21 hectares de la parcelle.

 

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