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Pritzker 2021 : la consécration d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal
Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Pritzker 2021 - © Laurent Chalet
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Pritzker 2021 : la consécration d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal

Service Architecture & Urbanisme |  le 16/03/2021  |  Pritzker PrizeLacaton & VassalFrance Monde

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Les deux architectes, qui plaident depuis 30 ans pour une économie de moyens au service d’une générosité des espaces, ont été déclarés 49e et 50e lauréats de ce qui représente l’une des récompenses les plus prestigieuses de leur discipline : le prix Pritzker. C’est la troisième fois que des architectes français sont ainsi distingués.

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Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Pritzker 2021

© Laurent Chalet

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Maison Latapie à Floirac, en Gironde (1993)

© Philippe Ruault

Pour l’agence Lacaton & Vassal, la maison Latapie a constitué la première expérience d’architecture bioclimatique. Grâce à la mise en œuvre de panneaux translucides en polycarbonate à l’arrière de la maison, celle-ci gagne en surface à l’usage de toute la famille. Ce dispositif à faible coût permet d’éclairer et de ventiler naturellement l’habitation.

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Maison au Cap Ferret, en Gironde (1998)

© Lacaton & Vassal

Cette maison individuelle a été construite au milieu et autour des pins, face au bassin d’Arcachon. Elle repose sur douze micropieux afin d’avoir le minimum d’impact sur l’environnement naturel.

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Ecole nationale supérieure d’architecture à Nantes, en Loire-Atlantique (2009)

© Philippe Ruault

Alors que le programme stipulait une surface à bâtir de 15150 m², les architectes ont ajouté 4430 m² d’espaces intérieurs et 5305 m² d’espaces extérieurs pour le même prix. En complément des ateliers en double hauteur et de l’auditorium dont les parois coulissantes peuvent s’ouvrir sur la rue, une large rampe mène à un toit-terrasse de 2000 m².

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Transformation de la tour Bois-le-Prêtre à Paris XVIIe (2011), avec Frédéric Druot

© Philippe Ruault

Plutôt que de démolir cet immeuble de 96 logements sociaux construit dans les années 1960, l’équipe de maîtrise d’œuvre a proposé de le rénover, en prolongeant les séjours par des jardins d’hiver. Cette opération a été primée par l’Equerre d’argent 2011.

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Palais de Tokyo à Paris XVIe (2012)

© Philippe Ruault

Les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sont intervenus en deux phases - 2002 puis 2012 - pour réaliser la rénovation-extension de cet établissement parisien dédié à l’art contemporain. Ici, aucune boîte blanche d’exposition, mais des espaces bruts appropriables par les artistes.

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Frac Nord-Pas-de-Calais à Dunkerque, dans le Nord (2013)

© Philippe Ruault

Conserver une ancienne halle à bateaux et la coupler avec une nouvelle halle de gabarit identique pour y abriter les activités du Fonds régional d’art contemporain Nord-Pas-de-Calais, tel a été le parti pris architectural de Lacaton & Vassal. Aux parois en béton de l’une répondent les membranes translucides de l’autre.

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Salle de spectacle polyvalente à Lille, dans le Nord (2013)

© Philippe Ruault

Cet équipement culturel propose une flexibilité d’usage, notamment grâce à ses portes repliables acoustiques. «Les façades en ETFE sont constituées de serres plantées de fleurs en pots et équipées de systèmes automatiques de ventilation naturelle, d’arrosage et de rideaux d’ombrage permettant de contrôler le climat», indiquent les concepteurs.

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Transformation des bâtiments G, H et I du quartier Grand Parc à Bordeaux, en Gironde (2017), avec Frédéric Druot et Christophe Hutin

© Philippe Ruault

Comme pour la tour Bois-le-Prêtre, les façades des 530 appartements de ce grand ensemble ont été remplacées par des jardins d’hiver. Outre l’augmentation de la surface habitable, ceux-ci participent à une conception bioclimatique du bâti et transforment l’image des logements sociaux des années 1960.

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Logements et bureaux à Chêne-Bourg, en Suisse (2020)

© Philippe Ruault

Cet immeuble mixte - résidentiel et tertiaire - est l’une des dernières constructions en date signées Lacaton & Vassal. On y retrouve les jardins d’hiver et les rideaux thermiques, désormais caractéristiques de l’œuvre du duo français.

A l’aube des années 1990, un duo de jeunes architectes bordelais, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal se faisait connaître en livrant une maison toute simple, construite pour pas cher, avec des façades en fibrociment ou en polycarbonate. Cette maison Latapie avait alors été saluée pour sa conception qui pour être frugale offrait tellement de liberté, d’espace et de lumière. Trois décennies plus tard, les mêmes décrochent pour les mêmes motifs ce qui représente incontestablement la plus importante distinction de leur discipline. Le 16 mars 2021, ils sont devenus les 49e et 50e lauréats du prix Pritzker. Cette récompense, surnommée pour plus de commodité le «Nobel» de l’architecture, vient couronner depuis 1979 des concepteurs exemplaires tant pour leur œuvre bâtie que pour leur démarche. Cette reconnaissance internationale, accordée par la fondation Hyatt, avait jusqu’ici profité seulement à deux architectes français, Christian de Portzamparc en 1994 et Jean Nouvel en 2008.

 

Justes moyens

 

Ce ne sera faire offense à quiconque que de dire qu’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sont à mille lieux de ces deux glorieux prédécesseurs. Ils ne correspondent assurément pas à l’image que l’on se fait des «starchitectes». Mais d’année en année, le duo a mené un travail fondé sur le plus juste usage des moyens au profit d’un maximum de résultats, conduite qui leur a valu l'approbation de leurs pairs et l'admiration des plus jeunes générations.

 

Sur le même sujet Entretien avec ANNE LACATON ET JEAN-PHILIPPE VASSAL, architectes « L’architecture c’est du temps, de l’espace, du mouvement… »

 

Pour le jury présidé par le Chilien Alejandro Aravena, lui-même Pritzker 2016, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sont parvenus à redonner du souffle «à ces espoirs et ces rêves du mouvement moderne d’améliorer l’existence du plus grand nombre. Leur travail apporte une réponse aux urgences climatique et écologique de notre époque, autant qu’à la préoccupation sociale, en particulier dans le domaine du logement. Et ils y parviennent tout en développant un grand sens de l’espace et des matériaux qui les amène à créer une architecture aussi puissante dans sa forme que dans ses convictions et aussi transparente dans son esthétique que dans son éthique.»

 

Barres des années 1960

 

Nés en 1955 et 1954, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal qui se sont rencontrés à l’Ecole d’architecture de Bordeaux et ont fondé leur agence en 1988, ont jusqu’à présent œuvré majoritairement sur le territoire français. Ils ont livré d’autres maisons privées et de l’habitat social, produit un peu de bureaux et déployé un bel éventail d’équipements publics dédiés à la culture ou à l’éducation.

Ceux qui étaient déjà lauréats du Grand Prix national d'architecture 2008 ont depuis trente ans bâti, mais aussi beaucoup réinvesti des lieux qui attendaient leur deuxième chance. Il y eut ainsi le Palais de Tokyo à Paris, repensé comme un lieu d’art contemporain dans une coque des années 1930 et transformé en deux phases à 10 ans d'intervalle, ou encore le Frac Nord-Pas-de-Calais (aujourd’hui Frac Grand Large - Hauts-de-France) installé dans une ancienne halle à bateaux du port de Dunkerque à laquelle a été accolée une siamoise translucide, en 2013.

Les deux architectes ne portent cependant pas leur attention qu’au monumental, au patrimoine vu comme officiel. Avec leur confrère Frédéric Druot, ils plaident pour une attitude «zéro démolition », assurent que même les barres des années 1960 ont des vertus et estiment qu’il faut apprendre à mieux en exploiter les capacités. Ils l’ont prouvé avec la tour Bois-le-Prêtre, à Paris, qui leur a valu de remporter le prix de l’Equerre d’argent 2011. Puis ils ont réitéré l’expérience notamment, avec la collaboration supplémentaire de Christophe Hutin, en transformant 530 logements sociaux, dans le quartier bordelais du Grand Parc. L’opération, leur a cette fois rapporté le Prix Mies van der Rohe en 2019.

 

«Le familier, l’utile et le beau»

 

Tous ses projets illustrent une même définition de ce que doit être la «bonne architecture», ainsi que l’a détaillée Anne Lacaton lors de l’annonce du Pritzker 2021 : «Elle est ouverte à la vie, elle accroît la liberté de chacun (…). Elle ne doit pas être démonstrative ni s’imposer mais représenter quelque chose de familier, d’utile et de beau. Elle est en capacité d’accueillir la vie qui doit y prendre place.» Les architectes ont en particulier traduit cette ambition par une dilatation de l’espace habitable. A Bois-le-Prêtre comme au Grand Parc, le but a été atteint grâce à une manœuvre spectaculaire : l’ajout de jardins d’hiver en façade.

 

Sur le même sujet Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal et les clés de la maison Latapie

 

La priorité donnée à l’usage plutôt qu’à l’apparence a ainsi demeuré depuis la maison Latapie. Elle est devenue la marque de fabrique de l’agence. Mais aux commentateurs qui ont pointé, dans un élan de romantisme, une architecture proche de l’art pauvre, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont souvent opposé au contraire la notion du luxe. Du moins telle qu’eux l’entendaient. Cette richesse que seul peut offrir le confort des grandes surfaces et des belles lumières.

Commentaires

Pritzker 2021 : la consécration d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal

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Eric

17/03/2021 09h:32

Comme c'est étrange et intéressant de voir dans ce monde de l'architecture et du btp, largement dominé par la prétention et la mégalomanie, deux concepteurs, dont l'intelligence permet d'éclairer la route des nouvelles générations, aussi brillamment récompensés.

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sylvaine

19/03/2021 17h:55

https://www.youtube.com/watch?v=XN_DHb2Rcm4Ces architectes ont tout juste, ont tout compris. Ils pratiquent un développement vers l'intérieur, la sobriété et l'humilité. Des pionniers de la lutte contre l'artificialisation des sols et de l'adaptation au changement climatique. BRAVO !

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Paul Latreille

19/03/2021 19h:42

le livre sur l'opération " G H I Bordeaux, Révolution au Grand Parc " est un document merveilleux d'audace et d'imagination, face à la Rénovation Urbaine qui a abouti à tant de démolitions sans imagination . A lire absolument., surtout par ceux qui croient à l'Habitat pour tous, et de bonne qualité !Paul Latreille , ancien habitant du batiment F antérieur dans la série, et où j'ai passé 5 ans lors de leur construction !!!

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