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Marseille : la place de La Plaine, ou comment rater un aménagement que tout le monde attend
Manifestation contre le projet d'aménagement de la place de la Plaine, à Marseille

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Marseille : la place de La Plaine, ou comment rater un aménagement que tout le monde attend

Michel Couartou |  le 13/11/2018  |  PaysageArchitectureAménagementBouches-du-RhôneAménagement de voirie

Alors que tout le monde s’accorde sur la nécessité de rénover la place Jean-Jaurès, espace public emblématique du centre de la ville, le projet fait l’objet aujourd’hui d’une opposition grandissante. Pour permettre au chantier de se dérouler sans heurts, la Soleam, concessionnaire de la Ville, a installé un mur de béton clôturant l’espace public.

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Manifestation contre le projet d'aménagement de la place de la Plaine, à Marseille

Les manifestations réunissent plusieurs milliers de personnes. Une pétition sur change.org pour refuser le projet actuel de la Soleam et demander « un aménagement avec et pour les habitants », a recueilli près de 5 200 signatures à ce jour.

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Dans le prolongement de son appel à rouvrir le débat, l’association « Un centre-ville pour tous » envisage de faire participer un certain nombre des signataires à une sorte d’université populaire de l’urbanisme, qui se tiendrait à la Plaine

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Graffitis sur le mur de la plaine.

Une cinquantaine de personnes bloquent tous les matins l’accès au chantier. Il doit être débloqué par les forces de police.

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Construction du mur pour

Depuis le 31 octobre dernier, la place Jean-Jaurès à Marseille, que les Marseillais appellent « La Plaine », est entourée d’un mur de béton de 2,5 m de haut que les ouvriers ont érigé durant trois jours sous la protection de dix compagnies de CRS.

Depuis le 31 octobre dernier, la place Jean-Jaurès à Marseille, que les Marseillais appellent « La Plaine », est entourée d’un mur de béton de 2,5 m de haut que les ouvriers ont érigé durant 3 jours sous la protection de dix compagnies de CRS. C’est désormais derrière ce mur que va se dérouler le chantier de requalification de la place.

Une situation choquante pour certains des riverains. Gérard Chenoz, adjoint au maire, délégué aux grands projets d’attractivité, conseiller communautaire de la métropole Aix-Marseille-Provence, et président depuis juin 2014 de la Soleam (société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine), à qui la Ville et la Métropole ont délégué la maîtrise d’ouvrage du projet de la Plaine, dit regretter grandement ce dispositif « qui nous est imposé pour la sécurité de tous et qui, à cause de quelques-uns, va générer des surcoûts financés par l’argent public ».

Surcoût qu’il estime à 390 000 euros, sur un budget total annoncé de 13,5 millions d’euros HT.

 

Un des épicentres de la vie marseillaise

 

Situé dans un quartier emblématique de Marseille, qui héberge depuis trois décennies une vie culturelle forte, une scène musicale emblématique et de nombreux ateliers d’artistes, cet espace public de près de 2 ha, la plus grande place de la ville, souffrait depuis de nombreuses années de dysfonctionnements : équipements vieillissants, notamment le jardin d’enfants, éclairage public déficient, revêtement du sol dégradé au fil des différents travaux sur les réseaux.

Sa rénovation était attendue pour la renforcer dans son rôle d’épicentre de la vie nocturne, créative et populaire de Marseille.

 

Un dialogue qui ne s’est jamais établi

 

En 2015, la Soleam a présenté un projet d’intention. Mais ni ce premier projet, ni le projet lauréat de l’appel d’offres de la Soleam début 2017 (lire fiche technique ci-dessous) n’ont véritablement convaincu.

Réunis dans un collectif baptisé « L’Assemblée de la Plaine », les opposants ont réclamé dès le début une rénovation « discutée avec et pour les habitants ». Le dialogue ne s’est jamais noué avec la mairie. Quelques semaines après avoir remporté l’appel d’offres, l’architecte milanaise Paola Vigano, associée à l’agence de paysagistes APS (mandataire), a démissionné, laissant APS assumer seul le projet. Elle ne s’est jamais exprimée sur les raisons de cette démission.

 

Quatre phases de chantier abandonnées

 

Et ce n’est pas là le dernier rebondissement du projet. A quelques jours du démarrage des travaux, mi-septembre 2018, la Soleam annonce l’abandon des quatre phases du chantier, un phasage qui devait permettre de maintenir une activité partielle sur la place, notamment celle d’une partie du marché tri-hebdomadaire. La neutralisation pendant au moins deux ans de la place déclenche la colère des opposants ainsi que d’une grande partie des habitants et des commerçants, placés devant le fait accompli.

« Le marché de la Plaine, c’est fini ! » déclare Marie-Louise Lota, adjointe au maire chargée des emplacements. Formule malheureuse qui mobilise d’autant plus les oppositions.

L’Assemblée de la Plaine ayant alors décidé d’occuper l’espace, la pose des palissades de chantier, le 11 octobre, a dû se faire sous protection de 150 CRS. Bousculades et gaz lacrymogènes. La coupe d’une quarantaine d’arbres, le 16 octobre, toujours sous protection policière, provoque un nouveau tollé, alors qu’il avait été certifié par la Soleam qu’aucun arbre ne serait coupé.

 

Pétition

 

La Plaine devient alors une cause à défendre bien au-delà des frontières de la cité phocéenne. Une pétition sur change.org pour refuser le projet actuel de la Soleam et demander « un aménagement avec et pour les habitants » recueille plusieurs milliers de voix en quelques jours, près de 5200 signatures à ce jour. Le 20 octobre, une manifestation sur le Vieux-Port rassemble 3 000 personnes. Un appel lancé par l’association « Un centre-ville pour tous », qui demande d’« arrêter le chantier de la Plaine pour rouvrir le débat : comment construire la ville pour ses habitants ? », recueille plus de 900 signataires.

En font partie des professionnels de l’aménagement (l’architecte Patrick Bouchain, le paysagiste Gilles Clément, le philosophe de l’urbain Thierry Paquot, la sociologue Monique Eleb, le géographe Michel Lussault…), des écrivains (Patrick Chamoiseau, Jean-Christophe Bailly ou Nathalie Quintane), mais aussi des universitaires, des artistes, des éditeurs...

 

"Pas simplement un mobilier urbain"

 

« Une place publique, rappelle ainsi Thierry Durousseau (1), architecte et connaisseur de l’histoire de l’architecture à Marseille, ce n’est pas simplement un mobilier urbain ou un revêtement de chaussée, il y a des habitants qui y vivent, qui y passent, qui viennent s’y divertir, s’y reposer ou simplement s’y rencontrer ». « Ce mur est un aveu de faiblesse, poursuit-il, la Ville se cache derrière lui, elle s’enferme. Elle invente le premier espace public muré ».

Et Christian Tamisier (1), co-fondateur de l’Ecole du paysage de Marseille de préciser que « cette place, comme très souvent dans les villes, est aussi le lieu de convergence de plusieurs quartiers alentour, des quartiers souvent différents que la place met en relation. Il faut en tenir compte quand on intervient sur l’espace public. »

 

Un "laboratoire d'expérimentation urbaine populaire" en gestation

 

De l’opposition ne ressort pas que le rejet. Ainsi, dans le prolongement de son appel à rouvrir le débat, l’association « Un centre-ville pour tous » envisage de faire participer un certain nombre des signataires à une sorte d’université populaire de l’urbanisme, qui se tiendrait à la Plaine, pour mieux faire circuler la connaissance en matière d’aménagement urbain et donner accès à tous à ce bien commun qu’est la ville.

Elle se place ainsi dans la continuité des réflexions sur les conditions de développement des projets urbains en y associant les citoyens. Sur la Plaine, on voit ressurgir « Le droit à la ville », publié en 1968 par le philosophe et géographe Henri Lefebvre, un concept qui définit les villes comme des biens communs accessibles à tous les habitants. On y entend aussi réaffirmer la notion de « maîtrise d’usage », ce troisième pilier de la décision avec le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre. Un pilier qui entend bien peser et faire valoir son point de vue.

Ainsi, la Plaine pourrait devenir un « laboratoire de l’expérimentation urbaine populaire » qu’appellent de leurs vœux les partisans d’une vraie concertation dans la construction de la ville. Pour l’heure, une cinquantaine de personnes bloquent tous les matins l’accès au chantier, qui doit être tous les matins débloqué par les forces de police. On se dit qu’il serait peut-être plus simple de dialoguer.

(1) signataires de l’appel d’« Un centre-ville pour tous »

 

Fiche technique
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Marseille / Soleam.
Maîtrise d’œuvre : APS (paysagiste mandataire), Sitétudes (BET VRD), D+P Architectes, Lamoureux-Ricciotti (BET structure), Les Éclaireurs (BET éclairage), Llorca (Bet fontainerie), CEC (BET construction), Horizon Conseils (BET mobilité) et Adret (BET HQE).
Calendrier : début du chantier, septembre 2018; livraison prévisionnelle, fin 2020.
Coût : 13,5 M€ HT

 

Commentaires

Marseille : la place de La Plaine, ou comment rater un aménagement que tout le monde attend

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AFV

14/11/2018 09h:31

Que veut on cacher derrière ce mur de béton?C'est le premier chantier urbain en France qui se déroule derrière un mur qui en rappelle d'autres aussi scandaleux. "La plaine " doit conserver son marché.Architecte.

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Dan

14/11/2018 10h:09

Berlin, Israel maintenant Marseille... Le mur de la honte

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Jardinier

14/11/2018 10h:12

150 CRS pour protéger un chantier, un mur de béton de 2,50m pour protéger les ouvriers des voyous qui rackettent les chantiers et violentent les ouvriers depuis des décennies, des bâtiments insalubres qui s'écroulent en pleine rue, des plages polluées, des cités gangrenées par le trafic de stupéfiants et tolérées depuis toujours par les pouvoirs publics : Marseille, jamais j'irai habiter là-bas ! Même Jean-Jacques GOLDMAN a fui cette cité, craignant légitimement pour sa sécurité et celle de sa famille...

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MIDE

14/11/2018 10h:41

les concepteurs retenus n'en sont pas à leurs premières bévues en matière d'aménagement de places : il n'est qu'à voir le chantier en cours à Cadenet (84) tous les arbres abattus et très peu remplacés et un traitement de sol exclusif aux tracés sans rapport avec l'environnement bâti et les commerces . La concertation ? : on vous a montré le projet ! La vie de la place on verra plus tard .....

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La Canne Biére

14/11/2018 14h:19

Tout le monde sait que sans ces mûrs chaque soir il faut vider le chantier (2ha) sinon tout sera volé, pavés, dalles, outils...tout le monde le sait. Alors oû est le problème. Aprés 35 ans rien n'a changé à Marseille que les entreprises quittent toujours. Une si belle ville...! Amicalement

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Fred

14/11/2018 16h:19

Bonjour,Dans ce débat politique, les habitants sont pris en tenaille entre une « Assemblée de la Plaine » opposée au projet qui occupe le terrain et s’arroge la parole des habitants, et de l’autre des réponses brutales des pouvoirs publics. La presse s’est fait le relais de l’Assemblée de la Plaine, sans chercher à s’interroger sur sa représentativité ! Nous voulons faire entendre d’autres voix : http://riverains-de-la-plaine.fr/Cordialement,

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Protis

19/11/2018 15h:45

Votre article offre une bonne synthèse de ce "néfaste" projet municipal, et de sa gestion calamiteuse. Fait rare. La Plaine est un lieu emblématique de Marseille, lieu de flux et de reflux entre 3, voire 4, arrondissements du centre ville, lieu de convergence car de marché qui en fait de facto un lieu d'échange, de partage, lieu d'expérimentations culturelles (et inter culturelles), sociales, générationnelles et important intergénérationnelles, donc politiques. Une interrogation : Marseille ne serait elle pas une ville laboratoire depuis une vingtaine d'années ? La Plaine une expérimentation ? Ses habitants des cobayes en observation face à l'acceptabilité, la soutenabilité (insoutenabilité) d'un projet urbain déterminé et d'aménagements imposés. Un projet dit "attractif" contre la demande d'une vie urbaine attrayante par et pour les habitants. Laboratoire : L'incohérence, la prédation, l'incompétence notoires qui sont à l'œuvre dans le quartier Noailles, PRI depuis près de 20 ans, qui s'effondre - une première aussi dans notre pays…… Il serait intéressant de connaitre le pourquoi de la démission de Paola Vigano, fait rare pour être analysé.

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Tresorier

19/11/2018 18h:49

Article completement partial.La concertation a eu lieu, gênée puis empechée par ses opposants. Qui ont beau jeu aujourd’hui de dire qu’elle n’a pas eu lieu......Les resultats de ces reunions indique que la population et les associations sont plutot favorables au projet, malgré ses defauts.Les opposants sont principalement axés sur le tout bagnole (la place etant de faire un parking), le marché de produits d’importation (quasi uniquement non alimentaire) et l’usage de la place dans le cadre festif (cris, urine, bagarres,...).Marseille centre ville souffre du depart du marche central (parti aux Arnavaux), des marseillais partis s’installer en peripherie.En l’absence longtemps d’etudiants, le centre ville n’a recu que les pauvres et les immigrés.Les loyers, relativement faibles, mais en large partie payés par la CAF, n’ont pas permis aux proprietaires d’entretenir le bati.Sans parler des marchands de sommeil et du manque de HLM.La mairie essaye de enover le centre ville et se trouve confrontée a des habitudes, des occupations que ces travaux perturbent.Alors que les collectivites locales sont mal gérés, clientélistes et endettées, on peut s’etonner de voir certains s’opposer aux travaux que la Mairie, apres tant de decennies d’abandon, veut lancer

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