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«L’architecture a pour vocation de créer des espaces de débat», Feda Wardak
Feda Wardak - © Christian Bigirimana
Diaporama

«L’architecture a pour vocation de créer des espaces de débat», Feda Wardak

Propos recueillis par Milena Chessa |  le 08/07/2021  |  Rénovation urbaineBoisSeine-Saint-Denis

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Culture
Rénovation urbaine
Bois
Seine-Saint-Denis
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Invité par les Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), l’«architecte-constructeur-chercheur» livre le résultat de ses réflexions sur la transformation urbaine à travers une œuvre monumentale et chorégraphique à voir du 15 au 20 juillet 2021 en forêt régionale de Bondy.

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Feda Wardak

© Christian Bigirimana

« Architecte-constructeur-chercheur », Feda Wardak était invité en résidence de création aux Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois et Montfermeil (Seine-Saint-Denis). A l’issue de quatre années de réflexion, il livre une installation éphémère, un spectacle chorégraphique (mis en scène avec Jean-Yves Phuong) et un film (coréalisé avec Romain Rampillon) autour de la thématique de la transformation urbaine.

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Cabane

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

Tout a commencé autour de cette cabane dans les arbres, construite avec les enfants du quartier. L’idée était de prendre de la hauteur sur les rapports humains et urbains entre la ville et la forêt.

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Forêt

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

Puis, toujours dans la forêt régionale de Bondy, une deuxième installation a été construite juste à côté de la cabane. Elle se découvre peu à peu derrière la végétation.

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Structure

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

Haute de 14 mètres, la structure en bois comporte six niveaux. Le plus bas peut servir d’assise pour les promeneurs, en attendant le spectacle chorégraphique « En-dessous, la forêt » programmé du 15 au 20 juillet 2021.

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Charpente

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

La charpente est constituée d’une ossature et d’un platelage en Douglas. Chaque portique est contreventé à l’arrière.

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Trame

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

La trame de cette architecture rappelle celle des grands ensembles. Mais pour ne part en faire une citation littérale, la façade a été courbée. Cela permet aussi une meilleure implantation dans la futaie.

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Etage

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

Les étages supérieurs mesurent 2,28 mètres de hauteur. Des panneaux opaques (en bas à gauche de l’image) seront utilisés le jour J pour la scénographie.

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Metteurs en scène

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

Feda Wardak (à gauche) et Jean-Yves Phuong sont les deux metteurs en scène du spectacle « En-dessous, la forêt ». Ils ont également construit ensemble le décor, avec l’aide de cinq autres collaborateurs.

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Assemblage

© Milena Chessa / LeMoniteur.fr

La technique d’assemblage à mi-bois, renforcée par des vis, a été adoptée pour cette construction éphémère.

Votre résidence de création aux Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois et Montfermeil (Seine-Saint-Denis) s’achève cet été avec la construction d’une installation monumentale en forêt régionale de Bondy. Celle-ci sera le théâtre de cinq représentations, du 15 au 20 juillet 2021, du spectacle « En-dessous, la forêt » que vous avez mis en scène avec Jean-Yves Phuong. Comment ce projet a-t-il germé ?

Après mon diplôme d’architecture à Paris-Belleville en 2015, j’ai cofondé la plateforme Aman Iwan qui constitue à la fois un laboratoire de recherche, un atelier de création/production et une maison d’édition. En 2017, lorsque les Ateliers Médicis m’ont invité en résidence, il m’a d’abord semblé indispensable de passer du temps sur place pour comprendre les lieux et rencontrer les gens. Et puis j’ai décidé d’écrire, en compagnie d’enfants, deux récits sur l’eau et la forêt, des éléments qui ont structuré ce territoire de Seine-Saint-Denis.
Dans les années 1960, des grands ensembles ont été construits sur la forêt de Bondy, provoquant l’artificialisation des sols. Dès qu’il pleuvait, toute l’eau ruisselait vers eux. Un immense bassin d’orage témoigne de cet aménagement réalisé à la va-vite, sans prendre en compte l’écosystème existant. Le quartier du Chêne pointu présente encore des infiltrations d’eau qui, ajoutées aux fissures et aux incendies, nécessitent régulièrement des rénovations. Cet urbanisme de conséquence et ces incohérences du territoire m’intéressent.
De la forêt, il ne reste aujourd’hui que les noms des copropriétés : le Chêne pointu, la Forestière, les Bosquets, les Pommiers, etc. Comment déconstruire l’opposition ville/nature qui a participé à cet effacement ? Comment sortir de notre condition humaine et revenir à une condition animale, plus proche du vivant ? Je pense en regardant l’environnement autrement, en se détachant du sol et en s’élevant dans les arbres. De là est née l’idée de créer un atelier dans les bois, une cabane, où l’on puisse observer, rester, habiter, discuter, débattre.

 

Que s’est-il passé autour de cette cabane ?

La cabane, imaginée avec un groupe d’enfants, a été une rumeur. Puis certains l’ont vue et même utilisée pour manger, boire, dormir. On y a rencontré pas mal d’ados qui essayaient d’échapper à différentes formes d’autorités (famille, école, police, etc.), des personnes marginales aussi que la ville actuelle avec sa rénovation urbaine n’inclut plus. Je les surnomme les « invisibles de la forêt ». Ils picolent et font des barbecues à la lisière des bois. Un jour, quelqu’un a écrit à la cendre sur la cabane : « Rendez-nous notre forêt et allez construire en ville ! » On a volontairement laissé ce message quelques jours. Et puis quelqu’un d’autre a ajouté en dessous : « Occupe-toi de ta famille ! »
Selon moi, l’architecture a pour vocation de créer des espaces de tension et de débat et pas uniquement des coquilles. La cabane nous a permis, en deux ans, de constituer toute l’épaisseur dramaturgique pour la création chorégraphique « En-dessous, la forêt » et l’écriture du film « Jusqu’où la forêt », coréalisé avec Romain Rampillon. Ce film racontera la transformation urbaine vue à travers le regard de l’enfance. Nous suivrons l’itinéraire de deux adolescents qui avaient l’habitude de jouer dans les friches. A un moment donné, la rénovation du quartier ne leur permet plus d’accéder à ces terrains vagues et la forêt devient un espace où ils vont projeter tout un tas de choses…

 

En quoi consiste la mise en scène pour le spectacle « En-dessous, la forêt » ?

L’installation convoque les enjeux urbains et politiques des soixante dernières années, mais pas de manière trop littérale. J’ai d’abord voulu retranscrire le systématisme du dessin de la plupart des grands ensembles, avec une trame auto-normée et des cellules qui se juxtaposent les unes aux autres. Il est également question des grands axes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil. Ces chemins officiels tracés par les urbanistes et les aménageurs ne correspondent pas dans la réalité aux chemins officieux qu’empruntent les gens dans leur quotidien. Par exemple : celui des collégiens qui enlèvent un parpaing sur deux dans le mur d’enceinte de leur résidence pour en faire une échelle afin d’aller plus vite à l’école. Les usures sur les pelouses traduisent également ce besoin de gagner du temps par des raccourcis. Ces chemins officiels et officieux, qu’emprunteront les interprètes, se superposent sur six niveaux dans l’installation.
J’avais aussi envie d’évoquer une autre réalité de la rénovation urbaine, celui du choix des populations qui vont venir habiter là. Un choix fait par certaines collectivités par le biais d’expropriations ou, pour utiliser le terme officiel, d’acquisitions à l’amiable par droit de préemption. Les corps des interprètes vont petit à petit disparaître derrière 90 panneaux opaques qui recouvriront la façade. Les cellules perdront en transparence, la forêt s’estompera et l’architecture prendra le dessus. Mais par un geste de subversion, une action citoyenne, les corps rendus invisibles réapparaîtront et se réapproprieront les lieux. Ce sera une scène poétique qui emmènera vers la cime des arbres.

 

Comment la scène a-t-elle été bâtie ?

Nous étions sept artisans : Saïd et Salem, avec lesquels je travaille depuis six ans dans le Dunkerquois sur un quartier en rénovation urbaine ; Pedro et Alix, un couple d’étudiants qui s’interroge sur le rapport entre dessin et matérialité ; Alexis, élagueur ; Jean-Yves, danseur/chorégraphe et moi. C’était important que Jean-Yves éprouve le chantier car sa chorégraphie incorpore des gestes de bâtisseurs liés au montage et au démontage d’éléments. Les spectateurs auront vraiment l’impression d’arriver sur un chantier, avec ses lumières et ses bruits, ne sachant pas si on est en train de construire ou de détruire quelque chose dans la forêt. L’éclairage et le son ont été conçus respectivement par Romain Rampillon et Matthieu Gasnier. Antoine Blesson est le producteur. Le public - environ 150 personnes - sera assis sur des bancs qui prolongent la scène. L’ensemble formera un cercle. Au départ, j’avais dessiné une façade rectiligne, mais c’était une traduction trop littérale de la barre d’immeuble. Et ça demandait beaucoup trop de place entre les arbres. Il fallait une trentaine de mètres de long pour avoir une bonne visibilité. Cette parcelle, où se trouve aussi la cabane, avait été repérée par un enfant du quartier. J’ai eu le temps d’observer pendant un an le comportement au vent des arbres avant d’implanter la structure. Haute de 14 mètres, elle se compose d’une ossature et d’un platelage en Douglas assemblés à mi-bois. Chaque portique est contreventé à l’arrière. La charpente repose sur des plots en béton fabriqués en atelier et posés sur un lit de sable et de gravier. Le projet interroge les enjeux d’emprise foncière sur la forêt, nous n’allions pas y couler du béton… L’installation doit être éphémère.

 

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