Technique et chantier

Viaduc de l’Anguienne L’architecture dope l’innovation

Mots clés : Architecte - Architecture - Concours d'architecture - Entreprise du BTP - Innovations - Travail

Maillon essentiel de la première tranche du contournement Est d’Angoulême, le chantier du viaduc de l’Anguienne, du nom de la vallée qu’il surplombe, s’achève. La mise en service du tronçon de près de 7 kilomètres sera effective en juin. La conception de l’ouvrage, remarquable par son audace, a induit des défis techniques et des solutions novatrices.

Lieu de promenade des Angoumois, la vallée de l’Anguienne est une zone naturelle protégée, verdoyante et boisée. Dans ce contexte, le conseil général de la Charente, maître d’ouvrage du viaduc, a choisi un projet singulier, celui de l’architecte parisien Charles Lavigne. « La dimension esthétique du viaduc, son élégance et la prise en compte du paysage ont fondé le choix unanime du jury », remarque Bernard Rigaud, directeur général adjoint des services du département.

Le viaduc 100 % béton, long de 403 m et large de 11 m, permettant deux voies de circulation avec un point culminant à 43 m, décline une architecture unique. Deux demi-arcs de 125 m en développé, distants de 25 m au sol et se croisant à 15 m de haut, viennent s’adosser horizontalement sur les versants de la vallée. Si le dessin totalement novateur mérite d’être souligné, cette singularité s’est affirmée en phase d’études autant qu’en phase de réalisation de l’opération où il a fallu répondre à la complexité par des vérifications, des remises en cause techniques et des adaptations permanentes des modes opératoires sur le terrain.

Associé à Charles Lavigne dans la maîtrise d’oeuvre, le bureau d’études Ingerop a conforté le parti pris architectural. Si la forme est inédite, les éléments de base : arc, tablier bipoutre… sont connus. « La difficulté technique a été l’assemblage des deux, avec des arcs tenus par des tire-têtes », note Günter Diebler, ingénieur en chef qui a participé au suivi du chantier.

Le chantier de la matière grise

Un chantier qui a demandé une préparation inédite sur le papier et quelques modifications avant réalisation. Là où Ingerop avait conçu un cintre complet, DV Construction a apporté une autre solution avec la création d’un outil de coffrage particulier. « De mai à octobre 2001, notre bureau de méthodes interne étoffé par un bureau extérieur (Semi), a retravaillé l’ensemble des données. Il a fallu calculer, justifier et décider comment on construisait avant d’exécuter », avoue Fabrice Denis, responsable du chantier pour DV Construction. Huit ingénieurs et 15 projeteurs ont finalisé la méthode d’exécution qui intègre une série d’innovations portant sur la conception même de l’outillage utilisé. Plus qu’un chantier de main-d’oeuvre (la construction a mobilisé une quinzaine d’ouvriers), le viaduc de l’Anguienne est considéré comme le chantier de la « matière grise ».

« Les arcs présentent trois rayons de courbure différents qui supportent cinq travées. Pour les construire, nous avons imaginé des outils d’étaiement et de circulation créés ex nihilo permettant de travailler selon une inclinaison variable de 45° », poursuit Fabrice Denis. Comme un grand Meccano, les pièces d’étaiement (2 000 t), dessinées sur plan ont fait l’objet d’une nomenclature précise avant d’être assemblées.

Ce répertoire a également servi efficacement au démontage en fin de chantier.

Emblématique de l’innovation en matière d’outillage, un plateau mobile a été conçu pour la construction des deux demi-arcs. Progressant par système de vérinage hydraulique en épousant les courbures, ce plateau (36 m pour 110 t) a été utilisé pour réaliser les coffrages des plots tous les 6,5 m. Le procédé a permis d’alléger les coûts en évitant la mobilisation d’un échafaudage fixe. Mais surtout, il a participé au dispositif de sécurité particulièrement développé sur le chantier, évoluant avec des ajouts : grillages pour les marches, filets de sécurité, passerelles inclinées avec marches en bois, cage avec garde-corps…

Un phasage rigoureux

Le chantier a débuté par la construction des arcs jusqu’à la croisée, puis des demi-arcs de part et d’autre, enfin des piles adjacentes aux arcs. Ces 4 x 2 colonnes de 2,40 m de diamètre supportent l’ouvrage qui a nécessité 8 700 m3 de béton. Une seconde phase a consisté à réaliser les huit pilettes avant le coulage du tablier central qu’elles soutiennent. A ce stade, la structure a été mise en précontrainte intérieure et extérieure par câblage.

Enfin, la réalisation des appuis et des tabliers de rives a été mise en oeuvre. Après 26 mois de chantier, le viaduc n’attend plus que les couches d’enrobé qui seront posées au printemps. Le conseil général de la Charente souhaite d’ores et déjà valoriser l’ouvrage par une mise en lumière qui soulignera son inscription dans le paysage.

Fiche technique

Maître d’ouvrage : conseil général de la Charente.

Maître d’oeuvre : Charles Lavigne, architecte, bureau d’études Ingerop (mandataire)/Safege.

Entreprise : DV Construction Bordeaux, titulaire du marché.

Coût : 12 millions d’euros.

Calendrier : concours de maîtrise d’oeuvre, mars 1999 ; 1999-2000 : études de définition ; début 2001 : consultation des entreprises ; fin 2001 : études d’exécution et début des travaux ; mi-mars 2004 : fin du chantier ; juin 2004 : mise en service.

PHOTOS :

Le viaduc 100% béton franchit la vallée de l’Anguienne.

La méthode d’exécution intègre une série d’innovations portant sur

la conception de l’outillage : étaiements nouveaux, plateaux coffrants mobiles épousant les courbures, dispositif de sécurité pour les ouvriers.

Les deux demi-arcs en béton armé de 125 m en développé

se croisent à 15 m du sol et viennent s’adosser horizontalement sur les versants de l’Anguienne.

Les étaiements, plate-forme de circulation et coffrages, ont été conçus pour travailler sur une inclinaison variable de 45°.

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ENCADRE

«Une collaboration exemplaire entre l'architecte et le bureau d'études»

CHARLES LAVIGNE, architecte

Le pont de l’île de Ré, le pont de Normandie, le viaduc Vasco-de-Gama à Lisbonne… depuis 25 ans, Charles Lavigne est considéré comme un spécialiste en la matière. S’il n’est pas le plus haut ou le plus long, le viaduc de l’Anguienne est assurément l’un des ouvrages dont l’architecte est le plus fier.

Qu’est-ce qui a présidé à la conception de ce projet ?

Le concours stipulait la présentation de trois solutions : économique, moyenne et plus originale. C’est cette dernière qui a été choisie.

Pour franchir la vallée, un seul grand arc induisait une structure trop lourde. Nous avons opté pour une silhouette de forme inhabituelle proposant deux arcs croisés qui reposent sur le haut des versants.

Le dessin donne une impression d’élégance et de légèreté s’intégrant dans ce site magnifique.

De l’idée à l’exécution, comment le projet a-t-il évolué et que vous a-t-il apporté ?

La collaboration architecte/ingénieurs a été non seulement fructueuse mais très étroite pour répondre aux difficultés techniques et aux innovations. Les ingénieurs se sont pris au jeu et le projet a été suivi au centimètre près. Pour ma part, je considère que ce viaduc marque un renouveau, un regain de créativité au sein de mon agence. Il nous a incités à réfléchir, à oser des structures plus innovantes.

A quelques jours de sa livraison, que vous inspire l’ouvrage ?

Visible des remparts d’Angoulême, le viaduc s’inscrit harmonieusement dans le paysage. Dans la patrie de la bande dessinée, je serais fier qu’il s’illustre dans un album.

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