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Vers des batiments a biodiversité positive ?

Mots clés : Aménagement paysager - Architecte - Architecture - Espace vert

Si la réalité du changement climatique fait désormais l’objet d’un large consensus scientifique et d’une prise de conscience de tous les acteurs et du grand public, l’autre grand bouleversement écologique en cours, la crise de la biodiversité, paraît encore lointain et difficile à concevoir. La notion d’espèce menacée d’extinction est pourtant ancienne, et des mesures internationales ont été prises dès le début des années 1970 (Convention de Washington, 1973) pour protéger un nombre croissant de végétaux et d’animaux. Le risque de disparition prochaine, à l’état sauvage, des tigres, des orangs-outans ou des ours polaires, est emblématique, mais cache, plus qu’il en met en évidence, l’effondrement actuel de la biodiversité mondiale.

Le terme biodiversité, néologisme forgé dans les années 1980, désigne la diversité biologique, c’est-à-dire la variété et la diversité du monde vivant. Si environ 1, 4 millions d’espèces vivantes ont été inventoriées à ce jour, on estime leur nombre sur Terre à 8 à 15 millions. Pourtant, chaque année, des dizaines de milliers d’espèces disparaissent, à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine, et sans doute à rapprocher des grandes crises du vivant qui marquent la fin des périodes géologiques, comme la disparition des dinosaures. On estime ainsi que d’ici 2050, ce sont 25 à 50 % de la biodiversité mondiale qui aura disparu. Ces extinctions ne sont pas limitées aux pays exotiques, mais concernent également l’Europe. Ainsi, en France, la moitié des mammifères et des amphibiens est menacée. En Allemagne ou en Grande-Bretagne, 50 à 60 % des moineaux ont disparu en 30 ans.

Les causes de cette crise sont connues : destruction et morcellement des habitats, prélèvements excessifs, introduction d’espèces étrangères et enfin extinction en chaîne. Ses conséquences sont multiples : disparition de ressources alimentaires (poissons) ou pharmacologiques (plantes tropicales), de protection contre les inondations (mangroves), modification de l’absorption ou de l’émission de CO2, etc. La biodiversité est en effet au cœur des grands équilibres géochimiques et climatiques, et constitue la première richesse mondiale (le chiffrage des biens et services fournis par la biodiversité correspond au PIB mondial).

Depuis une dizaine d’années, les paysagistes ont pris conscience de l’impact de leur activité sur la biodiversité et ont modifié leurs pratiques pour faire avec la Nature et non contre elle. L’arrosage, les engrais chimiques, les insecticides, les désherbants, sont ainsi désormais utilisés avec parcimonie, voire proscrits. Les urbanistes, puis les architectes, vont-ils à leur tour intégrer les enjeux de la biodiversité ? En 2004, le pourcentage du territoire métropolitain français construit ou artificialisé représentait 8,3 %, en croissance rapide, alors que 8,7 % étaient couverts par le réseau européen de protection de la biodiversité Natura 2000. Rapprocher ces deux chiffres ne peut que conduire à mettre en question les rapports de l’architecture et de la biodiversité.

Les architectes sont, culturellement, très mal préparés à ces enjeux. En effet l’architecture a, dès l’origine, eu vocation à constituer l’habitat de l’espèce humaine, à l’échelle du bâtiment ou de la ville. Cet habitat est devenu, au cours de siècles, de plus en plus exclusif, des premières palissades ou clôtures préhistoriques pour se protéger des prédateurs, aux récents dispositifs anti-nuisibles (pigeons, rongeurs, insectes). Seul chez lui, l’homme n’y tolère que ses animaux ou plantes domestiques, et peut même désormais en chasser les intrus microscopiques par des matériaux bactéricides (peintures, revêtements de sol, etc.). A l’heure où la biodiversité est en crise à l’échelle mondiale, et où les espèces vivantes vont devoir s’adapter ou se déplacer en fonction du changement climatique, on peut s’interroger sur la recherche d’un nouvel équilibre entre l’Homme et les autres êtres...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 176 du 01/02/2008
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