Actualité

Vauban – HQE ?

Mots clés : Architecte - Architecture - Démarche environnementale - Développement durable - Energie renouvelable - Haute Qualité Environnementale - HQE

Claude Vasconi, architecte – membre de l’Académie d’architecture

Depuis des années – deux décennies en tout – la qualité environnementale (haute) forme un leitmotiv incisif – permanent – en tout cas récurrent. Il est des pays où il est pris à bras-le-corps, où les actes, les décrets se suivent et s’appliquent – d’autres où cette « vague définition » de la haute qualité environnementale fait l’objet de déclarations fortes, jusqu’au prochain colloque ou la prochaine rencontre mondiale sur le sujet pour ressortir confusément d’un endolorissement, pour ne pas dire d’un assoupissement, pour rétablir un nouveau constat – généralement encore plus alarmant que la fois précédente. Ainsi – qu’en est-il des économies d’énergies ? de la pollution des eaux ou de l’air ? mais surtout de la dépollution de la Terre ?

Certains pays prennent le problème à bras-le-corps et semblent réellement progresser : constater le travail titanesque entrepris par l’Allemagne pour remettre la Ruhr en état est réellement stupéfiant ! Admettre, dans ce même pays, que le désamiantage est acquis quand en France on vient à peine de dresser l’inventaire de tout ce qu’il nous faut désamianter…

Dépolluer les sols et les sous-sols ?

Que des collectivités y jettent un voile pudique en priant les Dieux que s’il faille y passer, cela se fasse a minima – le fâcheux « french minima » ou autre « french cheep » selon la formule consacrée ! A croire que la vraie qualité des villes et des ouvrages, des campagnes et des pays est une notion différable à l’infini. Elle concerne les autres et nous autres avons tellement d’espace, n’est-il pas ? Nos terres sont grandes et nous pouvons, bien sûr, dévaster nos territoires à l’infini – à l’américaine. Elles n’ont pas de limite. Elles sont infinies… !

Eh bien, NON ! Il n’est plus possible de poursuivre asymptotiquement cette déferlante – cette frénétique consommation territoriale exponentielle : en trois siècles, pour une population qui a doublé ou triplé au plus, l’occupation physique de nos territoires européens a été multipliée par CENT !

Les quatre dernières décennies ont quintuplé l’absorption de territoires vierges pour une population quasiment inchangée. Bien sûr, nous rétorquera-t-on, il faut bien se déplacer, user de la voiture, respirer dans un appartement plus grand, en posséder plusieurs… pourquoi pas !

J’observe cependant que nos voisins – et souvent les pays moins vastes que le nôtre – ont une sensibilité et une acuité bien plus grandes que les nôtres. Ils aiment la nature belle et vraie, et apportent un soin infini à la qualité de leurs villes et de leurs villages : pas une parcelle qui ne fasse pas l’objet d’une attention méticuleuse !

La Suisse, bien sûr, où l’on va jusqu’à détruire une route ancienne pour reconstituer l’état d’origine quand une déviation ou un nouveau tracé de contournement est réalisé.

Ces « petits » pays qui nous ouvrent la voie

Comment ne pas citer les recours systématiques au recyclage des eaux pluviales à usage domestique – le respect du coefficient « K » global inférieur à 1,2 généralisé dans tout édifice neuf – les mesures compensatrices en production d’énergie soit par capteurs thermiques ou photovoltaïques – et le recours automatique aux matériaux recyclables ? Les Français sont bien loin du compte, et de loin à la traîne.

Il nous serait sage de faire nôtre la procédure « commodo-incommodo » qu’un petit pays – le Grand-Duché du Luxembourg – applique. Ces « petits » pays sont à la pointe d’un engagement qu’il nous tarde de prendre – la mise au point des Eurocodes en est l’occasion immédiate.

Tout récemment, à l’occasion d’un colloque organisé par EDF – il était surtout question d’énergies douces et alternatives, des éoliennes de plus en plus performantes aux capteurs solaires, en passant par les capteurs photovoltaïques ou autres pompes à chaleur – je retenais l’intervention d’un architecte anglais qui rappelait que la première « haute qualité environnementale » était la non-prolifération urbaine – le non-mitage – l’économie en réseaux de toutes sortes. C’est l’évidence même, et déjà clamée par Le Corbusier il y aura bientôt un siècle !

Revenons donc à la ville – à la cité si belle dans ses délimitations fortes et franches – si dense – si riche de ses complexités – si propice à l’épanouissement social et culturel – si avare d’espaces perdus et mal utilisés.

Revenons à ces architectures pérennes et de qualité – non « jetables » – formant l’assise d’une vraie valeur patrimoniale et renforçant cette fierté citadine d’appartenance et d’identification à la cité.

Je ne suis pas nostalgique de la cité de la Renaissance – même si je ne connais personne qui ne s’y sente pas bien. Mais Vauban – pour revenir au grand homme qui avait le sens, l’échelle du territoire, l’aménagement du territoire à fleur de peau, qui sut si bien « délimiter », tracer, planifier avec tant de bon sens et en vrai terrien qu’il était – méditons-le, encore, ce Vauban HQE, étant bien entendu qu’une ville « remparée » disons délimitée, débarrassée de cette gangue laide qui l’environne – est toujours extensible.

Laissons aux opportunistes le soin d’être des chantres de l’immonde épandage ou autres « Lagos ». Combattons-les.

PHOTO :

Claude Vasconi, architecte, a construit ces dernières années plusieurs bâtiments en Allemagne, à Berlin et à Dusseldorf, et livre, en avril, le siège de la chambre de commerce de Luxembourg.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X