[TO] Règles techniques

Une mise en lumière à l’ abri de la mer

Mots clés : Eclairage urbain - Electricité - Matériel - Equipement de chantier - Métier de la construction

LE CHANTIER Mettre en lumière le Castillo del Morro à La Havane. LE PROGRAMME Concevoir l’éclairage et adapter l’installation électrique aux conditions climatiques et aux particularismes techniques locaux. LES SOLUTIONS Un choix de matériels très résistants et une installation très protégée.

Après le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, avant l’ancienne gare maritime d’Hô Chi Minh-Ville transformée en musée, l’équipe « lumière » de Lyon s’est attaquée à la mise en lumière du Castillo del Morro, fort du XVIe siècle « posé » sur l’eau, qui défend l’entrée de la baie de La Havane. Le défi à relever est double : composer avec des conditions climatiques rigoureuses (climat tropical, air salin, taux d’hygrométrie, assauts répétés de tempêtes, voire de cyclones) et utiliser des techniques particulières (alimentation électrique obsolète, absence de matériels sur place, inexpérimentation des personnels de pose) qui imposent une méthode de travail originale pour assurer la qualité de la scénographie lumineuse et sa pérennité dans le temps.

« Le Castillo del Morro doit être un projet dans lequel les Havanais se reconnaissent, explique Philippe Hutinet, coordinateur technique de l’opération. Le monument est théâtralisé. » La scénographie révèle le principe constructif et le caractère défensif de la fortification : « Elle s’inscrit comme un vaisseau souvent submergé, dont la mise en lumière accentue la dynamique et l’élancement. »

Des matériels adaptés aux conditions climatiques

La conception, le choix des matériels et leur validation, la préparation et l’organisation du chantier prendront finalement six mois – autant que la réalisation – pour un projet « clé en main ». Le choix des matériels répond à la fois aux impératifs conceptuels et climatiques, avec une grande attention portée à l’étanchéité des projecteurs (joint et presse-étoupe), des boîtes de connexion de type militaire et des câbles protégés par une gaine Inox. Les concepteurs et les techniciens composeront essentiellement avec le catalogue Philips Eclairage, dont la gamme Decoflood essentiellement, choisie pour ses performances optiques, sa grande variété et la qualité des matériaux employés : fonte d’aluminium avec peinture protectrice, finalement résistante aux conditions extrêmes.

« Cette gamme, prévue à l’origine pour une utilisation standard, s’est avérée, après essais, « résistante » au cahier des charges des projecteurs de type marine », se réjouit Maurice Stoïssich, responsable « affaires et projets » de Philips Eclairage. Les gammes Tempo et HRM – cette dernière développée pour Saint-Pétersbourg a donné naissance, depuis, à une gamme grand public – sont aussi mises à contribution, souvent retravaillées pour les conditions cubaines.

D’autres projecteurs sont spécialement développés, comme ce projecteur offshore (DTS) hybride, avec sa carcasse d’origine, équipée d’un miroir spécial de la série Decoflood, ou encore ces balises de positionnement (DTS), modifiées par l’intégration de diodes rouge et jaune. Installées sur la digue des Douze-Apôtres – sur ces douze canons de 3 à 4 t qui défendaient le fort, quatre ont été enlevés par les vagues -, ces balises, visibles à 2 km, simulent les bouches à feu des canons.

Les concepteurs ont également détourné de leur usage initial des projecteurs de la gamme Arena Vision MHD 1 800 W, développés pour répondre aux conditions d’éclairage exigées par les télévisions lors des retransmissions sportives. Equipés d’un nez coupe-flux, mis au point pour cette opération, ces quatre projecteurs, véritables « canons de lumière » (optiques spécialement intensives 2×2, d’une portée de 5 km) orientés vers le ciel, évoquent les trajectoires de tir.

La palette des lampes, variables en puissance (de la LED jusqu’à la lampe de 1 800 W), en technique (sodium standard, iodure métallique, sodium blanc, iodure MAIH, iodure métallique spécial Coupe du monde de football en France) et en température de couleur (de 2 100° à 5 600°), autorise les plus grandes finesses conceptuelles.

Prévoir un démontage rapide

La fixation des projecteurs – par chevilles renforcées ponctuellement de résine chimique, goujons ou scellement – intègre la violence de la dizaine de tempêtes annuelles et la friabilité d’une roche tendre sédimentaire. Pour certains projecteurs particulièrement exposés, l’équipe de conception a prévu la possibilité d’un démontage rapide : « Nous avons développé au cas par cas des principes de fixation qui figent en site et en azimut le réglage des projecteurs pour assurer la pérennité de la scénographie », explique Philippe Hutinet.

Compte tenu des particularismes électriques locaux – coupures, baisses de tension, cohabitation de deux normes (américaine prérévolutionnaire en 110 V et soviétique postrévolutionnaire en 220 V) -, l’installation électrique fait l’objet d’un soin tout particulier. Celle d’origine au fort – 440 V, « en triphasé au départ », 60 Hz – est désormais transformée en 240/400 V, 60 Hz par un transformateur-régulateur de tension. « Nous avons préféré nous alimenter en aval du transformateur pour approvisionner le TGBT (tableau général de distribution basse tension) propre à notre installation », précise Antoine Bouchet, directeur de la division « éclairage public » de la ville de Lyon. Ce qui n’a pas empêché la reprise de le TGBT d’origine pour assurer la sécurité de l’ensemble.

L’organisation du chantier a requis une préparation minutieuse, un rôle joué par la maîtrise d’oeuvre qui a ainsi cumulé deux fonctions. Le dossier technique bilingue est complet, précis et détaillé. Il fonctionne en relation avec les jeux de plans, les schémas électriques et tout le câblage de l’armoire. Un premier volume reprend le positionnement des appareils, croquis et photos à l’appui ; un second, le plan illustré des détails d’implantation. « Tout est écrit et décrit », insiste Antoine Bouchet : passage des câbles, implantation des projecteurs, matériel et méthode de mise en oeuvre. Rien n’est laissé dans l’ombre. « Jusqu’au perçage des boîtes et au raccordement de phases », complète Jacques Fournier, responsable du bureau d’études de la division « éclairage public ».

Une transmission de savoir-faire difficile

Le chantier, achevé il y a quelques jours seulement, a nécessité le travail pendant six mois d’une dizaine de Cubains – des jeunes du centre d’apprentissage pour la réhabilitation de la vieille Havane, plus maçons qu’électriciens -, sous la responsabilité cubaine d’un ingénieur formé à Lyon et d’un chef de chantier, avec le concours d’un conducteur de travaux de l’entreprise M2E, présent deux mois et demi en trois séjours. La phase de mise en oeuvre a pris en compte trois paramètres : l’inexpérience du personnel local, son incompréhension de la complexité technique du projet et une différence culturelle sur la notion de qualité de l’exécution et de la finition. Malgré un apprentissage par l’exemple, les démonstrations ne se sont pas toujours révélées efficaces.

Et Alain Guilhot, un des cinq concepteurs, de conclure : « Le savoir-faire français fait école, de telles opérations en accélèrent le faire-savoir. »

FICHE TECHNIQUE

Maître d’ouvrage : Association Lyon-La Havane (ville de Lyon, EDF-GDF Lyon Métropole, Mat Electrique/groupe Sonepar Sud-Est), avec ses partenaires (Philips Eclairage, M2E, Alcatel et la Seita).

Maître d’oeuvre : ville de Lyon, division « éclairage public ».

Concepteurs : Laurent Fachard, Alain Guilhot, Philippe Hutinet, Roland Jéol, Pierre Marcout.

Equipe de réalisation : Michel Paganon, conducteur de travaux (M2E) ; Félix de la Noval, ingénieur électricien, chargé d’opération (Cuba).

Délai de conception : six mois.

Délai de réalisation : six mois.

Coût total de l’opération : 2,8 millions de francs.

Chantier clé en main

Des essais poussés se sont déroulés à Lyon à la division « éclairage public » pour vérifier la validité du projet et assurer sa nécessaire mise au point. « Nous avons même reconstitué le glacis du Castillo del Morro », explique Antoine Bouchet. Tout le matériel sans exception (lire par ailleurs), y compris l’outillage standard et lourd – et de quoi assurer une maintenance normale pendant trois à quatre ans – sera expédié en conteneurs par bateau. Six malles par avion compléteront l’envoi initial pour un chantier « clé en main ».

PHOTOS :

L’éclairage du spectacle son et lumière du Castillo del Morro est modulé en trois phases (ici celle qui débute à 20 h 55).

1. et 2. L’installation d’éclairage a nécessité la pose de 6 kilomètres de câbles, sous protection de gaines Inox, exigeant, lorsqu’ils passent dans le rocher, l’utilisation de 600 brides de fixation Inox.

3. Toutes les procédures, y compris les méthodes de mise en oeuvre, étaient décrites et écrites.

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Projecteurs rétractables

La lutte contre la puissance de la mer a constitué un des enjeux majeurs de ce chantier. Pour mettre en valeur le mur principal du fort, l’équipe des concepteurs a choisi d’installer des projecteurs à son pied, sur une terrasse fortement exposée. Afin de les protéger des déferlantes et de les intégrer au site, ces huit projecteurs Decoflood 606 et 617, à optique extensive, semi-intensive ou intensive, équipés de divers types de lampes (MHNT 150 W et 250 W, SONT déco et confort 250 W et 400 W), sont installés dans des fosses en Inox de qualité marine 316 L, de chez Générale d’hydraulique et de mécanique. Renforcées et transformées – une protection en foamglass protège le projecteur des hautes températures diurnes -, ces fosses disposent d’une ouverture assurée par un vérin hydraulique et asservie à un anémomètre qui interdit tout mouvement en cas de vent violent, et donc de mer forte. Quatre projecteurs Arena Vision sont, quant à eux, intégrés à des protections en béton, alors que d’autres projecteurs sont équipés de véritables brise-lame.

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