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Une fabrique de la ville

Mots clés : Architecte - Architecture - Concours d'architecture - Dessin - Droit de l'urbanisme - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

A quelques encablures du centre de Paris, l’opération Ile Seguin-Rives de Seine présente déjà début 2008 un palmarès exceptionnel : dix équipes de paysagistes et quarante-huit architectes y sont engagés, plus de cent dix y ont déjà travaillé. A terme, 842 000 m² de logements, équipements, bureaux et commerces seront peu à peu construits d’ici 2015 sur 74 hectares. Ce nouveau morceau de ville trouve son origine dans l’opportunité de reconversion de la friche industrielle des terrains de la société Renault. Le site en bordure de Seine a progressivement été démoli et dépollué par le constructeur automobile après la cessation en 1992 de toute activité de production automobile à Boulogne-Billancourt. Jusqu’en 2002, environ 5 000 collaborateurs du groupe Renault travaillaient encore sur le site. Depuis, de nombreuses études se sont succédées, traduites, pour certaines, à travers les différentes échelles des règlements d’urbanisme, du Schéma Directeur de la Région Ile de France (SDRIF, adoptés en avril 1994 et définis par la Région associée à l’Etat), affinés ensuite dans le Schéma Directeur du Val de Seine. Identifié comme un des secteurs de redéploiement économique et urbain de la région Ile de France, le site de Billancourt représente une opération décisive quant à la restructuration de l’Ouest parisien. Pour l’opération Ile Seguin-Rives de Seine seule, ce sont près de 12 500 habitants et 12 000 emplois qui sont attendus sur ce nouveau quartier.

Enfin, les études sont retraduites dans le Plan Local d’Urbanisme : le PLU de Boulogne-Billancourt (approuvé en avril 2004). Ce dernier définit les principales données du projet actuellement en chantier : les emprises constructibles et la trame des espaces et des équipements publics, les seuils maximums de constructibilité, les gabarits, l’enveloppe et les morphologies urbaines, les normes de stationnement.

Des outils

Pour structurer ces développements, une Zone d’Aménagement Concerté (la ZAC Seguin-Rives de Seine) a été créée. Elle est divisée en quatre secteurs :

– le quartier existant du Pont de Sèvres, réalisé dans les années 70 sur d’anciens terrains Renault ;

– le Trapèze, situé sur la plaine Billancourt ;

– l’île Seguin, autrefois reliée par deux ponts, auxquels s’ajoutent aujourd’hui un nouveau pont et prochainement deux passerelles ;

– enfin, les îlots épars, propriétés de Renault à proximité du trapèze (certains étant d’ailleurs hors du périmètre de la ZAC).

Approuvée en avril 2004, elle s’inscrit dans les orientations du SDRIF, mettant l’accent sur l’importance d’une mixité programmatique pour assurer un équilibre entre logements, bureaux, équipements et services à travers une architecture innovante. Par ailleurs, il s’agit d’intégrer la réhabilitation du quartier Pont de Sèvres et de valoriser les berges de la Seine au sein d’une démarche environnementale et paysagère globale.

C’est la Société Anonyme d’Economie Mixte, la SAEM Val de Seine Aménagement, présidée par Jean-Pierre Fourcade, Sénateur des Hauts-de-Seine et dirigée par Jean-Louis Subileau, Grand prix de l’urbanisme et par ailleurs directeur de la SAEM Euralille, qui se voit confier les aménagements. Son rôle n’est pas des moindres, puisqu’il lui faut assurer le montage d’opérations dont les modalités d’appropriation foncière sont différentes selon les secteurs :

– Sur le trapèze, la SAEM, en accord avec Renault, devient propriétaire, pour un euro symbolique, des emprises destinées aux espaces publics tels que définies dans le PLU, ainsi que des terrains d’assiette des équipements publics. Les terrains constructibles sont sous promesse de vente au profit du groupement de promoteurs DBS, « Développement Boulogne Seguin ». Cette entité regroupe – suite à des accords entérinés dans « un pacte d’actionnaires » – les promoteurs Hines, Nexity, Vinci Immobilier et Icade Capri. La SAEM a pour mission d’aménager l’ensemble de la ZAC avec ses urbanistes conseils, elle coordonne les projets architecturaux sur l’ensemble de ce territoire.

– Sur l’île Seguin et les îlots épars, la SAEM achète le foncier, l’aménage et le revend à des constructeurs qui en réalisent le programme sous son contrôle.

– Dans le quartier du Pont de Sèvres, la SAEM, dans le cadre d’un dossier ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), réalise les ouvrages de requalification du quartier en vue de l’ouvrir sur le reste de la ville.

Par ailleurs, une commission de concertation a été mise en place depuis janvier 2005. Co-présidée par Dorothée Pineau, adjointe à l’urbanisme, et Jean-Louis Subileau, elle regroupe 16 associations impliquées dans le développement du projet urbain autour de thématiques très larges comme les déplacements, l’environnement et le cadre de vie, la population, les constructibilités et la mémoire.

En parallèle de cette concertation avec les associations, une information des riverains est assurée à travers différents supports. Pour mettre en cohérence les différents secteurs faisant l’objet de montages différents, un Plan de Référence coordonné par Jean-Louis Subileau au sein de G3A (dessiné à partir des projets de Patrick Chavannes pour le Trapèze, Christian Devillers pour le Triangle et le quartier du pont de Sèvres et François Grether pour l’Ile Seguin en juin 2002) constitue le pilier de l’opération depuis son lancement. Ses grands principes sont les suivants :

Sur la rive de Billancourt, l’élargissement et la plantation des berges de la rive droite de la Seine, la définition d’un grand parc de 7 hectares qui rejoint les berges de la Seine à l’Est, la réalisation de traverses vertes piétonnes et cyclistes desservant les îlots dont les cœurs seront eux-mêmes plantés, le raccordement du quartier du pont de Sèvres à la ville et au nouveau quartier, sur l’Ile Seguin, la réalisation d’une promenade continue en bordure d’eau autour de l’île, la mise en place d’une circulation automobile contrôlée, et, pour l’ensemble de l’opération, l’organisation de transports en communs en site propre, la préservation d’éléments de mémoire du site industriel de Renault et encore la réalisation de nouveaux franchissements de la Seine. Dès la définition du projet urbain d’ensemble, la prise en compte des objectifs de développement durable constitue un axe fort du projet. En premier lieu, le parti d’aménagement se fonde sur des espaces publics très généreux.

Plus de la moitié des surfaces libérées par Renault sont dédiées aux espaces publics et de promenade. Ces lieux sont très plantés comme c’est le cas du parc du Trapèze, de la terrasse jardin de l’Ile Seguin, des cours et traverses sur l’Ile Seguin. Par la suite, un Cahier de Prescriptions Techniques et...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 176 du 01/02/2008
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