Architecture

Un vaisseau de bois à la proue de la ville

Mots clés : Bois - Education - ERP sans hébergement - Rénovation d'ouvrage

A Saulieu, Charles-Henri Tachon a conçu l’extension du collège tout de douglas vêtue.

Le collège François-Pompon se dresse littéralement à l’entrée du cœur historique de Saulieu (Côte-d’Or), au pied des monts du Morvan. Partagé entre son agence de Paris et sa Bourgogne d’origine, où il travaille régulièrement, l’architecte Charles-Henri Tachon a su tout naturellement adapter son écriture à l’identité de cette ville de 3 000 habitants. Démarrée au printemps 2014, l’opération a consisté à regrouper les salles de classe des 215 élèves, jusqu’alors réparties sur deux sites. Les services de l’Architecture et du Patrimoine ont émis une seule exigence : une toiture à deux pans couverte de tuiles. Après démolition des précédentes extensions, « la nouvelle aile épouse la courbe de la limite nord de la parcelle et vient fermer la cour pour former le U classique des collèges de l’époque de Jules Ferry », explique Charles-Henri Tachon. Un bâtiment de liaison entre l’ancien et le contemporain instaure une continuité dans les étages des classes. Pour asseoir cette nouvelle aile, l’architecte a traité son rez-de-chaussée en socle de béton brut qui abrite le préau, deux vestiaires de sport, les sanitaires et le foyer des élèves. Il y a également déplacé l’entrée principale, facilitant ainsi l’accès par la place Charles-de-Gaulle où voitures des parents et bus peuvent se garer. Dessus repose la charpente en bois des deux étages dont la mise en œuvre rapide a simplifié le chantier en site occupé. Les portiques en lamibois Kerto franchissent les 12 m de largeur du bâtiment d’une seule portée. Ainsi libérés, les plateaux pourront être reconfigurés à l’avenir.

Une architecture en mouvement. « La rencontre du plan incurvé et de la géométrie du toit à double pente n’offrait pas une forme satisfaisante », raconte Charles-Henri Tachon. C’est pourquoi il a préféré donner au volume en bois l’allure d’un navire, « en retournant l’effet de courbe dans la symétrie du faîtage », tandis que le rez-de-chaussée se prolonge pour suivre fidèlement la parcelle. Le pli des façades place le deuxième étage en léger retrait, comme un geste de respect vis-à-vis des immeubles alentour situés plus bas. Quant à la trame verticale, « elle permet d’exprimer le caractère institutionnel des lieux avec un dispositif assez neutre d’alternance de pleins et de vides qui échappe au choix du dessin des fenêtres, toujours trop connoté d’une époque ».

Les pilastres de béton qui rythment le rez-de-chaussée prolongent les lignes de la structure en bois. L’architecte a également peaufiné l’effet de continuité entre le bardage en douglas du Morvan non traité et les volets roulants en pin d’Oregon, nécessaires à l’occultation des classes puisqu’aujourd’hui, la plupart des cours se déroulent sur écrans.

Six salles, dont deux de sciences et deux de techno, se répartissent dans les étages. Un univers chaleureux et baigné de lumière où professeurs et élèves se sentent apaisés. A la proue du bâtiment, les salles de musique et d’arts plastiques profitent des deux plus beaux volumes qui offrent « un rapport au paysage puissant », avec une vue dégagée sur les plaines de la vallée de l’Ouche. Selon l’endroit d’où elle est regardée, la trame structurelle laisse place à la transparence ou produit un effet de filtre cinétique.

Au premier étage, avec son arborescence de poutres, le plafond de la salle d’arts plastiques compose un véritable décor. Juste au-dessus, acmé de l’extension, la salle de musique, qui s’élance jusqu’à 6 m, s’apparente davantage à une chapelle qu’à une classe. Comme des rideaux, la toiture s’ouvre sur le lointain. De quoi susciter chez les collégiens des vocations d’artiste… ou d’architecte.

Maîtrise d’ouvrage :Conseil départemental de la Côte-d’Or. Maîtrise d’œuvre : Charles-Henri Tachon (avec Emma Saintonge), architecte.

BET : Betecar (structure), Chaleas (fluides), SEEM (économiste). Principales entreprises : les Charpentiers de l’Ouche (charpente, ossature, bardage), Ponzo (terrassement, gros œuvre), Pedron (couverture tuiles et zinc). Surface : bâtiment construit 1 400 m SP, bâtiment réhabilité 375 m SP. Montant des travaux : 4,4 M€ HT (dont restructuration et mise aux normes des cuisines et réfectoires dans l’aile existante attenante).

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