Evénement Equerre d'argent

Un tribunal d’exception pour Paris

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Prix d'architecture

L’agence de Renzo Piano a su composer avec un programme écrasant et donner à son bâtiment un caractère aérien.

A découvrir le nouveau tribunal de Paris, livré l’été dernier dans le quartier des Batignolles (XVIIe ), on mesure ce que l’agence Renzo Piano Building Workshop (RPBW) a dû déployer de délicatesse architecturale, d’urbanité et de maîtrise du projet jusque dans ses moindres détails, pour satisfaire aux demandes du programme.

Le nouveau bâtiment devait réunir les fonctions du tribunal de grande instance et de 20 tribunaux d’instance et les loger sur une emprise foncière restreinte à la frontière entre Paris et Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), mettre à disposition 2 500 postes de travail environ et penser un établissement recevant du public (ERP) capable de garantir l’accueil le plus amène possible à la foule immense des justiciables, donner à Paris son premier immeuble de grande hauteur (IGH) depuis plus de vingt-cinq ans et satisfaire aux ambitions environnementales. Mais encore se glisser dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) signé en 2012 entre l’établissement public du Palais de justice de Paris (EPPJP) et la société de projet Arélia, portée par des établissements financiers et Bouygues. Et enfin penser un symbole pour une institution soucieuse de présenter un visage bienveillant.

Résoudre cette addition considérable d’exigences pouvait créer un monstre. Renzo Piano et son équipe, désignés architectes de l’opération, sont pourtant parvenus à concevoir 100 000 m² d’équilibre. De légèreté même.

Jardins suspendus accessibles. Pour éviter de juxtaposer deux volumes imposants, une tour administrative et le bâtiment abritant les 90 salles d’audience, les architectes ont choisi de ficher « un IGH dans un ERP », donnant comme un nouveau sens à l’image du glaive et de la balance, réunis là en un tout. Un risque assumé qui allait être le sujet de « 9 des 27 dérogations qu’a nécessitées l’ensemble du projet », remarque aujourd’hui Bruno Dupeyrat, directeur promotion chez Bouygues Bâtiment IDF – PPP. Puis RPBW a taillé dans la masse pour composer un bâtiment en gradins. « Sur le socle de l’ERP, nous avons superposé trois fois un gabarit parisien », indique Bernard Plattner, l’architecte partner de RPBW qui a dirigé le projet. Pour en accentuer l’élancement, des niveaux en « taille de guêpe » s’intercalent entre les blocs et ménagent des espaces bonus. « Avec le maître d’ouvrage, nous nous sommes obstinés pour en faire cadeau aux gens qui travailleront là », ajoute Renzo Piano. Ces terrasses supportent en effet des jardins suspendus accessibles au personnel.

Il n’empêche, le tribunal est un géant de 160 mètres et de 38 étages. Il a dû apprendre à s’effacer dans une ville qui n’a pas beaucoup de tendresse pour la grande hauteur. L’équipe de maîtrise d’œuvre a consacré des mois à la mise au point, avec Saint-Gobain, de 50 000 m² de façades verrières. « Un jour que j’étais sur la tour Eiffel, je me suis rendu compte à quel point Paris était blanc. Il fallait donc tendre vers ce ton pour se fondre dans le ciel », raconte Bernard Plattner. Blanc-bleu, le verre est aussi réfléchissant à plus de 30 % pour, explique le directeur du projet, « rendre cette peau à la fois transparente et changeante ».

Bombardement de lumière. La clarté a incontestablement été le matériau essentiel du bâtiment. A la fois parce que la lumière naturelle est un élément fondamental de l’œuvre de RPBW mais aussi parce que le programme le demandait. « Nous devions installer une ambiance sereine », précise Bernard Plattner. A l’intérieur ce palais de justice à l’organisation très géométrique, les espaces sont immenses, comme cette salle des pas perdus de 5 000 m² et de 26 mètres de hauteur sous plafond. Par son plafond percé d’oculi, elle est bombardée de lumière du jour qu’elle rediffuse vers les espaces alentour.

En effet, à quelques rares exceptions près, les salles d’audience bénéficient d’une source d’éclairage naturel en second jour. Le tribunal est, lui, sans fioritures. A part quelques pans de murs rouges, tout est fait de blanc et de bois de hêtre. A partir d’avril prochain, quand auront lieu les premières audiences, la justice y imprimera sa marque.

Maîtrise d’ouvrage : Arélia. Affectataire : ministère de la Justice, mandataire : établissement public du palais de justice de Paris (EPPJP). Maîtrise d’œuvre : Renzo Piano Building Workshop (RPBW), architectes ; BET principaux : Setec TPI (structure), Setec Bâtiment (MEP). Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Ile-de-France. Surface : 100 000 m² SP nette. Coût des travaux : 495 M€ TTC (valeur 2012 à signature du contrat – source : EPPJP).

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