[TO] Règles techniques Restructuration

Un immeuble parisien rénové avec respect

Destiné à abriter des logements et des bureaux dotés de tous les équipements de confort moderne, un immeuble du XVIII e siècle est reconfiguré tout en conservant sa structure d’origine. Les installations de chantier ont dû s’adapter à l’exiguïté du site.

Sur les Grands boulevards parisiens, un ancien hôtel particulier du XVIII e siècle plusieurs fois remanié connaît aujourd’hui une nouvelle restructuration. Construit en 1778 pour le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche, par l’architecte Firmin Perlin, le bâtiment de deux étages a été surélevé en 1830. Dans un premier temps d’un niveau, puis de deux étages de combles pour atteindre six niveaux et devenir un immeuble de rapport. L’hôtel de Mercy-Argenteau a encore été agrandi en 1880 avec la création d’une extension au rez-de-chaussée sur la cour et d’une « salle des fêtes » au premier étage, à l’arrière du corps principal du bâtiment. Cette salle décorée de colonnes corinthiennes (lire p. 51) est attribuée à Charles Garnier, le célèbre architecte de l’opéra de Paris.

Moderniser sans négliger l’histoire du bâtiment

L’ensemble, inscrit au répertoire des immeubles remarquables de la Ville de Paris, est désormais la propriété de l’investisseur et gestionnaire immobilier Gecina qui le reconfigure pour y abriter 23 logements (dont six logements sociaux), des commerces au rez-de-chaussée, ainsi que 3 200 m² de bureaux (dont 750 m² de salons de réception). Les travaux ont été confiés à l’entreprise générale Spie SCGPM, qui a dû organiser l’intervention de multiples corps d’état dans un espace très réduit, sans possibilité d’entreposer les matériaux (lire p. 49).
« L’enjeu de ce chantier est de réaliser une rénovation dans le respect de l’histoire architecturale du bâtiment, en apportant tout le confort moderne (climatisation, chauffage et ascenseurs) sans préjudice pour l’âme de l’immeuble », résume Grégory Lagache, directeur des travaux pour Spie SCGPM. L’une des plus lourdes interventions a consisté à étendre le sous-sol, qui n’occupait pas toute l’emprise du bâtiment, afin de créer des locaux techniques destinés à recevoir les installations de chauffage et de climatisation alimentées par les réseaux urbains des concessionnaires CPCU et Climespace. Après la réalisation de puits blindés et de voiles en tranchée au pourtour de ce nouveau sous-sol, un plancher en béton a été coulé sur la cour, puis les terrassements en taupe ont été entrepris sous cette dalle.

Techniques traditionnelles

En superstructure, les travaux sont plus traditionnels. Il s’agit essentiellement de restaurer les éléments anciens endommagés, de reconfigurer les espaces et de créer de nouvelles circulations verticales. La façade sur rue, en pierre de taille, a subi les attaques du temps. Enfermée sous une couche de peinture censée la protéger, la pierre a subi des infiltrations et s’est dégradée. Elle a été retaillée sur cinq centimètres d’épaisseur pour retrouver la roche saine. Au rez-de-chaussée, une nouvelle façade en pierre va être créée pour les deux commerces, en restituant le rythme des ouvertures d’origine. Les façades arrière, en pans de bois revêtus d’enduit plâtre, ont été curées depuis l’intérieur pour dégager les montants de bois puis les regarnir. De même pour les planchers en bois, renforcés et protégés du feu (lire p. 50). Les fenêtres anciennes ont été remplacées par des menuiseries en chêne à double vitrage. La toiture impériale, qui enveloppe les trois derniers niveaux dans un galbe arrondi de zinc, a été déposée. Le voligeage et la couverture en zinc ont été refaits à l’identique tandis que les lucarnes en bois, les corniches et les menuiseries étaient restaurées. Le tout dans le respect des techniques traditionnelles.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

S’adapter à l’exiguïté du chantier

Dans ce quartier du centre de Paris, l’emprise du chantier est réduite au minimum. Pour assurer l’important trafic de piétons sur le boulevard Montmartre – seul accès du bâtiment -, il était indispensable de garder disponible une grande partie du trottoir et que celle-ci soit, de plus, praticable par les camions des services de secours. Empiétant sur la voie de circulation des bus, une structure constituée de portiques en acier traité par flocage contre l’incendie enjambe le trottoir (photo ci-dessous à gauche) et constitue le support des bungalows de cantonnement, empilés sur quatre niveaux devant la façade de l’immeuble. Une aire de déchargement assortie d’un lift et d’un palan permet la manutention des matériaux lors des livraisons, dont le phasage précis est géré par un logiciel. Pour créer l’extension du sous-sol sous l’une des deux ailes et la cour à l’arrière du bâtiment, il a fallu évacuer 1 200 m 3 de terre. Installé pendant trois mois sur le site, un tapis roulant (photo de droite) a permis de convoyer les déblais au-dessus des passants et de les déverser dans des camions pour les évacuer.

ENCADRE

Renforcer l’ossature bois

L’essentiel des travaux de gros œuvre en superstructure a consisté à renforcer les planchers d’origine en bois. Le permis de construire exigeait en effet de conserver ces planchers. Ces structures horizontales, ainsi que les murs en pans de bois, ont été curées de leurs matériaux de remplissage pour mettre à nu les poutres de chêne (photos 1 et 2). Les charpentiers ont dû renforcer 60 à 70 % des pièces de bois, soit par moisage à l’aide de plats métalliques, soit par des résines moulées (Renofors) pour reconstituer la forme de la pièce d’origine (photo 3). 20 % ont été remplacées. Une fois la charpente consolidée, les poutres sont percées de trous cylindriques dans lesquels sont posés en force des connecteurs métalliques destinés à solidariser le bois et la dalle de béton à venir (schéma ci-dessous). L’espacement et le diamètre des connecteurs varient en fonction de la surcharge du plancher, de sa portée… Un contreplaqué servant de fond de coffrage est ensuite posé sur les poutres entre les rangs de connecteurs, et revêtu d’un film en polyéthylène puis d’une dalle de 6 cm. Dans les logements, une chape sèche est encore rapportée pour renforcer le confort acoustique. En sous-face, pour assurer la sécurité incendie et l’isolation phonique, le plafond est constitué de deux plaques de plâtre BA 15 feu, fixées sur des tiges antivibratiles et surmontées de laine minérale (photo 4).

ENCADRE

Restituer les décors d’origine des salons de réception

Le premier étage de l’hôtel particulier, côté rue, est occupé par des salles aux décors des XVIII e et XIX e siècles, dont la décoration d’origine sera restituée, et qui deviendront des salons de réception. La « salle des fêtes », richement décorée et coiffée d’une verrière, a fait l’objet d’une restauration complète (photo 5). Une étude stratigraphique a montré l’existence de douze couches de peinture. C’est la couche initiale qui a servi de base au choix des nouvelles couleurs par l’entreprise de peinture Trouvé-Leclaire. Mais la restitution de l’aspect d’origine n’empêche pas d’intégrer les techniques de confort modernes. Ainsi, les bouches de soufflage du réseau de chauffage et de rafraîchissement sont intégrées dans le parquet de chêne tandis que les gaines d’extraction sont logées dans les corniches qui encadrent le plafond de verre. Celui-ci a été restauré, et la verrière qui le protégeait a été remplacée. Pendant l’absence de la verrière, la salle des fêtes était protégée par un parapluie en échafaudages et toile tendue étanche (photos 6 et 7).

ENCADRE

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Gecina. Maîtrise d’œuvre : DTACC. BET structure-fluides : Setec. BET acoustique : Avel Acoustique. BE structure béton armé : Ingerco. BE Méthodes : Ogeba. Economiste : GVI. Synthèse technique : Incatica. Suivi de la restauration des zones patrimoniales : Anne-Elizabeth Rouault. Bureau de contrôle : Bureau Veritas. Coordinateur SSI : Setec. Entreprise générale : Spie SCGPM.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X