Edito

Transformation et rupture

Le terme est répété à l’envi par des ministres qui annoncent les réformes à la chaîne : le gouvernement ne se contente pas de mesurettes, il « transforme ». Ce mantra macronien s’incarne au premier chef dans une méthode – concerter, décider et budgéter – qui veut solder l’ère des incantations et des chèques en blanc. Il se prolonge dans les choix politiques, tantôt de « droite », tantôt de « gauche », qui désorientent les boussoles traditionnelles. Peu importe, conjure le gouvernement, du moment qu’il y a un cap.

Ce cap, exprimé dans le programme du candidat Macron, s’est matérialisé la semaine dernière dans le projet de loi de finances 2018, frappé du sceau du « sérieux budgétaire », et dans un grand plan d’investissement de 57,5 milliards (lire p. 26). Economies ou argent frais ?

L’écosystème de la construction sait maintenant de quoi cette transformation sera faite.

Les priorités portent notamment sur la transition énergétique. Sur ce plan-là, le BTP est bien servi.

Le plan logement ne va-t-il pas casser le dynamisme de la construction neuve ?

Il voit pleuvoir, par exemple, 9 milliards d’euros de crédits sur cinq ans pour la rénovation thermique des bâtiments. Une bonne nouvelle, d’autant que des instruments modernes permettent de la piloter avec discernement, à l’image des contrats de performance énergétique (lire p. 12).

Mais pour beaucoup d’acteurs, la transformation vire à la diète forcée. C’est le cas des fabricants de portes et fenêtres, qui seront privés du crédit d’impôt pour la transition énergétique à compter de mars prochain. Quant aux bailleurs sociaux, ils doivent calquer la baisse de leurs loyers sur celle des APL. Le gouvernement s’offre au passage une économie de 1,7 milliard d’euros dans le plantureux budget logement (40 milliards d’euros).

Dans une conjoncture euphorique portée par la construction neuve, le secteur se met à douter. Ce plan logement ne va-t-il pas casser la dynamique en ignorant, en plus, les zones détendues ? Le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, répond point par point en détaillant sa stratégie au « Moniteur » (lire p. 20). Sa volonté d’avancer rapidement dans un secteur assujetti à des cycles longs est osée. De la transformation des équilibres, même imparfaits, à leur rupture, il n’y a qu’un pas.

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