Entretien

Topographie du skateboard

Mots clés : Manifestations culturelles - Rénovation urbaine - Sport

A l’occasion d’une conférence donnée à la Maison populaire de Montreuil intitulée Une mécanique des milieux continus : skateboards, pratiques et répliques d’espaces, l’artiste Raphaël Zarka relatait l’évolution des espaces du skateboard. A l’issue de cette présentation, nous l’avons interrogé afin qu’il nous parle du rapport entretenu entre le skater et l’espace public qu’il tend, juste par sa pratique, à décloisonner et à réinventer.

Comment sont nés les premiers espaces que se sont appropriés les skaters et à quelles typologies du territoire renvoient-ils ?

Dans les années 1950, le skate apparaît sous le nom de sidewalksurfing, planche à surfer les trottoirs. Il est encore considéré comme un jouet mais devient vite un jeu grâce à la conjonction entre des surfeurs et les spécificités du climat et de la géographie californienne. Les surfeurs y voient une alternative à une journée sans vague. Le skate et le surf dont l’origine est bien antérieure nécessitent en effet des mouvements similaires. La ville de Los Angeles construite sur un désert connait des problèmes d’alimentation en eau qui ont nécessité la construction de grandes canalisations, le plus souvent à ciel ouvert. Asséchées, elles font office de vagues pétrifiées dont les skaters des années 1960-1970 sont très friands. Les grosses canalisations, ditches perdues dans le désert s’apparentent à des skateparks ready made. Il est amusant de constater l’attrait des skaters pour des espaces asséchés mais initialement prévus pour l’eau. Espaces dans lesquels la mécanique des fluides est remplacée par la mécanique des solides. Cette relation de continuité entre ces deux milieux définit très bien la pratique du skateboard. Les efforts des skaters relèvent de la mécanique des solides exercée dans des espaces prévus pour des fluides. Les écoles américaines, construites sur des collines et caractérisées par leurs plans inclinés sont, elles aussi, propices à la glisse. D’ailleurs, les premiers skateparks construits en 1975 ressemblent aux espaces que s’approprient les skaters, plans inclinés, courbes légères, ditches. Ils profitent des techniques de constructions à base de béton projeté fréquentes aux Etats-Unis, lesquelles permettent de créer des surfaces très intéressantes pour les skaters. Les tout premiers skateparks sont nommés concrete wave, solid wave, etc. La vague pétrifiée est bien l’image référence. A ces espaces qui mettent en jeu surtout les lois de la gravité, s’ajoute une nouvelle typologie qui va générer de nouvelles pratiques et de nouvelles figures : les piscines californiennes. En période de sécheresse, celles-ci sont vides et constituent des cavités immenses en forme d’œuf ou de haricot aux grandes courbes intérieures obtenues toujours grâce à la technique du béton projeté. L’appropriation de ces piscines vides, à l’accès évidemment très difficile, présente un moment important de l’histoire du skate car cela marque l’introduction de la force centrifuge qui annule temporairement la force de gravité et permet aux skaters de tenir à la verticale contre les parois.

Quelles sont les interactions entre l’évolution des pratiques du skate et des...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X