Technique et chantier

Suède NCC-SIAB : un nouveau major européen du BTP

Mots clés : Concurrence - Entreprise du BTP - Travail

-La direction suédoise de la concurrence a donné son feu vert à la prise de contrôle de SIAB, le numéro trois suédois du BTP par NCC, le numéro deux. -NCC renforce sa position de leader nordique de la construction et va développer une nouvelle offensive sur les marchés européen et asiatique.

Tout au long de la ligne de chemin de fer baptisée « A-train », qui reliera en 1999, sur 45 km, l’aéroport d’Arlanda à la gare centrale de Stockholm en 19 minutes seulement, les pancartes NCC et SIAB se succèdent sur les chantiers. NCC et SIAB se partagent ce marché de 3,6 milliards de francs passé en 1995, préfigurant avec deux ans d’avance la fusion des deux groupes qui vient de se concrétiser. En prenant en février le contrôle de SIAB – opération qui a reçu la semaine dernière le feu vert de la direction suédoise de la concurrence -, NCC, que préside Jan Sjöqvist, est devenu le numéro un dans le classement des majors du BTP sur le marché intérieur, devant Skanska, qui conserve toutefois sa première place si l’on inclut l’activité des groupes suédois à l’international (« Le Moniteur » du 19 avril 1996). En 1995, NCC (Nordic Construction Company), résultant de plusieurs fusions antérieures, a racheté Eeg-Henriksen en Norvège. En 1996, c’est le tour de Puolimatka, en Finlande, et Rasmussen & Schiötz, au Danemark. Le rachat des trois a coûté 800 millions de francs. Par ces achats successifs, NCC est devenu numéro un au Danemark et numéro trois en Norvège et en Finlande. Avec SIAB, le numéro trois du secteur, l’année 1997 a débuté en fanfare pour NCC. Beau joueur, Melker Schörling, P-DG de Skanska, avait déclaré : « Cette fusion est une bonne chose, elle contribue à la restructuration du BTP en Suède. » On s’attendait en fait à une fusion de SIAB avec Peab, le numéro quatre. Mais NCC a pris Peab de vitesse. Une synergie réelle entre les deux groupesLa stratégie de NCC paraît logique. La conjoncture de la construction européenne va rester faible en 1997 et en 1998, sauf en Norvège et en Finlande, où les experts prévoient une légère croissance qui devrait profiter au nouveau leader nordique. Cette évolution permettrait à NCC d’éviter les à-coups de la conjoncture. La fusion devrait permettre à NCC d’économiser 160 à 240 millions de francs chaque année, puisque les deux sociétés ont des zones de recouvrement. A moyen terme, il ne devrait plus y avoir qu’un siège social. Des implantations régionales vont fusionner et les effectifs vont diminuer. NCC les avait déjà comprimés de 23 000, en 1990, à 16 000, en 1996. En outre, la synergie entre les deux groupes est réelle : NCC a une activité dominante dans les TP (voir tableau) ; SIAB, dans le bâtiment. Or, l’abandon du périphérique de Stockholm (le « paquet Dennis », du nom du rapporteur du projet) et du programme d’infrastructures de Göteborg va entraîner une baisse de l’activité des travaux publics, qui devrait profiter à une relance du logement : avec 13 000 mises en chantier de logements neufs, la Suède possède actuellement le rythme de construction le plus bas des pays de l’OCDE en matière de logement. Autre bénéfice de cette fusion des deux groupes : le renforcement d’un patrimoine immobilier évalué aujourd’hui à 12 milliards de francs. Pour mieux tirer partie de ces actifs immobiliers, NCC a réuni dans une même société, « NK City Fastigheter », ses plus beaux immeubles situés dans le centre de Stockholm, Göteborg et quatre autres villes suédoises. Cet ensemble, qui représente une valeur de 1,8 milliard de francs, a été introduit en Bourse. Le moment venu, NCC a l’intention d’en vendre 60 à 75 %. Mais le groupe possède également des actifs dans d’autres villes européennes. Toute une série de grands chantiers en coursActuellement, NCC possède un carnet de commandes bien rempli. Outre la construction de la ligne de train rapide entre l’aéroport et Stockholm, pour laquelle GEC-Alsthom livre les trains, les signaux et le système de communication, NCC participe au lien fixe d’Oresund (pont-tunnel) entre le Danemark et la Suède. Le groupe est en effet partie prenante, pour 1 milliard de francs, dans le consortium qui construit le tunnel de 3,7 km de long entre la côte danoise et l’île artificielle créée au premier tiers du lien fixe. A Copenhague (Danemark), NCC participe, pour 180 millions de francs, à la construction de la première tranche du métro, aux côtés de SAE International (Eiffage), des anglais Tarmac et Construction & Bachy, de l’italien Astaldi et de l’autrichien Ilbau. A Oslo, la filiale norvégienne de NCC, Eeg-Henriksen, participe à la construction du nouvel aéroport de Gardemoen et de la ligne de chemin de fer qui le reliera à la capitale. Toujours à Oslo, NCC-Eeg Henriksen construit, pour 340 millions de francs, le nouveau siège social de Christiana Bank og Kreditkassen. En Pologne, NCC va construire, avec l’allemand Strabag et l’italien Impregilo, une autoroute de 360 km entre Swiecko et Lodz, tronçon de la future autoroute Berlin-Moscou. Il s’agit d’un projet de 16 à 20 milliards de francs. La part de NCC est de 2,4 milliards de francs. Un renforcement des bases du groupe en EuropeDans les pays nordiques, NCC est maintenant bien placé pour se battre avec Skanska sur tous les projets d’infrastructures et de bâtiments. La prise de contrôle de Puolimatka en Finlande lui donne une tête de pont vers la Russie et les pays baltes. Le rachat du norvégien Eeg Henriksen, spécialisé dans le percement des tunnels et la construction de plates-formes offshore, lui apporte une forte valeur ajoutée et renforce sa tête de pont vers l’Europe continentale. A Bruxelles justement, NCC a participé à la création en 1995 d’une structure originale à la Société européenne de construction (SEC), entre NCC, GTM-Entrepose, l’anglais John Laing et l’allemand Strabag. Les trois premiers se retrouvent dans la construction du tunnel immergé d’Oresund. Les objectifs de cette alliance sont quadruples : répondre aux appels d’offres de la Commission européenne, dans le cadre du réseau des infrastructures transeuropéennes ; identifier et sélectionner les projets en Europe de l’Est ; échanger des informations et des savoir-faire ; former de jeunes ingénieurs et techniciens en les faisant travailler sur des chantiers dans les différents pays. Des bases solides confortées dans les pays nordiques et en Europe permettent désormais à NCC d’aller vers les marchés de plus en plus émergents d’Asie. Le groupe vient d’ouvrir deux bureaux en Asie du Sud-Est avec Strabag et Impregilo, l’un à Manille, l’autre à Djakarta, afin d’observer des marchés en forte croissance aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande. Par ailleurs, au Cachemire, NCC participe à raison de 40 %, aux côtés de Skanska (60 %), à la construction du grand barrage et de la centrale hydroélectrique d’Uri (un investissement total de 4,2 milliards de francs). PHOTO : Construction d’une ligne de chemin de fer qui mettra, en 1999, Stockholm à 19 minutes de son aéroport. GRAPHIQUE : REPARTITION DU CA PAR SECTEURSDES METIERS COMPLEMENTAIRES, Grâce à cette alliance, NCC renforce son pôle bâtiment dans une conjoncture favorable à ce secteur en Suède. TABLEAU : CHIFFRES CLES 1996LE POIDS DES DEUX GROUPES, NCC-SIAB peut désormais rivaliser avec les autres majors européens.

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ENTRETIEN : JAN SJOQVIST «Nous pouvons maintenant nous mesurer avec Skanska»

Le P-DG de NCC dévoile la stratégie de son groupe après la fusion.

Pourquoi avez-vous pris le contrôle de SIAB ?

JAN SJOQVIST. Nous y pensions depuis longtemps. Il fallait laisser mûrir la situation. Beaucoup de paramètres devaient fonctionner en même temps. Finalement, l’opportunité s’est présentée et nous l’avons saisie. Les synergies entre nous sont fortes. SIAB est spécialisé dans la construction de maisons et de logements collectifs. Nous avons une longue expérience dans les infrastructures. Les synergies sont aussi géographiques. SIAB est souvent présent là où nous ne sommes pas. Fusionner nos deux entreprises nous donne une base plus large et plus forte pour conquérir de nouveaux marchés.

Comment va se passer la fusion ?

Il y aura nécessairement des réductions d’effectifs. Nous allons le faire en toute transparence et avec les syndicats. Quand deux entreprises fusionnent il y a forcément des doublons. Nous allons également réaliser la synthèse des deux cultures d’entreprises. Cela prendra un certain temps. Mais chacun sent bien que c’est une nécessité dans le climat concurrentiel d’aujourd’hui.

Quelle est votre stratégie dans les pays nordiques ?

Nous voulons être actifs partout dans le bâtiment et les travaux publics tout en continuant à améliorer la productivité. Nous nous battrons donc sur tous les appels d’offres dans ce que nous appelons nos marchés domestiques.

Et en dehors des pays nordiques ?

Là, nous avons une autre stratégie. Nous serons plus sélectifs. Nous ne voulons pas créer de filiales. Nous travaillerons sur la base de projets en partenariat avec d’autres. C’est pourquoi nous avons créé la Société européenne de construction (SEC) qui répondra à des appels d’offres dans lesquels nous estimons pouvoir apporter savoir-faire et valeur ajoutée. Essentiellement des opérations BOT (build-operate-transfer).

Pensez-vous venir sur le marché français ?

Il est déjà bien occupé. Mais là encore, si un projet intéressant se présente, la SEC à Bruxelles présentera une offre groupée.

Le gouvernement a gelé le projet de périphérique de Stockholm et les infrastructures de Göteborg, ce qui implique une baisse de 40 % des investissements dans les routes et de 30 % dans les chemins de fer. Comment réagissez-vous ?

C’est un calcul d’économies à courte vue que nous ne comprenons pas. De nouvelles routes et voies de chemins de fer impliquent plus de sécurité et un meilleur environnement. Puisque le déficit du budget de l’Etat oblige à faire des économies, l’Etat ferait mieux de privatiser les routes et les chemins de fer, comme il privatise les télécoms, pour laisser jouer la concurrence.

Pourquoi accordez-vous tant de place à l’aspect environnemental dans votre communication ?

Nous avons une responsabilité à l’égard des générations futures. C’est pourquoi nous discutons avec architectes, ingénieurs d’environnement, sociologues, géologues et pouvoirs publics de toutes les questions susceptibles d’améliorer l’environnement intérieur et extérieur de ceux qui vont vivre et travailler dans nos bâtiments. Il s’agit de donner un vrai contenu à la notion de développement durable. Cela se voit dans la qualité de nos matériaux, de tous les détails de la construction.

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