Entretien

Starck malgre lui

Mots clés : Architecture intérieure

Un film qui ne devrait pas exister, sur quelqu’un qui ne veut pas qu’on le filme. De cette situation un peu critique est né le projet du réalisateur Vassili Silovic qui a filmé Philippe Starck dans son agence, chez lui et en studio en train de parler d’un film que l’on pourrait faire sur lui. Une trame assez efficace en ce qu’elle permet de cerner le designer dans toute sa complexité, et son ridicule aussi. « Quand je parle de quelque chose, j’aimerais qu’il y ait quelqu’un qui ait suffisamment de talent pour projeter en même temps que je parle, mes émotions, avec une caméra obscura », peut-on l’entendre dire. De ce rêve de film découle une image sincère, un contre-portrait, en somme. Produit par Program 33 et diffusé par France 5, ce film existe aujourd’hui en DVD édité par France Télévisions Distribution. Nous nous sommes entretenus avec son réalisateur.

L’idée de tourner un « avant-projet » de film en tant que film définitif s’est-elle construite en amont ou par réaction à votre commande ?

Le film est destiné au fondement à entrer dans la collection «Empreintes» diffusée pour France 5. Une collection cadrée autour de personnalités importantes du XXe siècle qui devait s’appuyer sur des règles communes : part précise d’archives, absence d’autres personnages, pas de réalisateur à l’image, etc. Quand le producteur est entré en contact avec moi pour me demander de réaliser ce portrait, il m’a aussitôt informé que Philippe Starck était un personnage compliqué et ambitieux. Je ne connaissais pas particulièrement son travail. Quand nous nous sommes rencontrés pour une première prise de contact, Starck m’a expliqué comment il voyait ce projet. Il imaginait un film dans lequel il évoluerait dans un espace vide et noir et dans lequel il ferait intervenir des invités qu’il ferait parler sur des sujets qui le touchent personnellement. Une sorte d’installation, en somme qu’il se serait même autoriser à quitter en court de tournage considérant qu’il n’a rien à dire d’intéressant. A l’écoute de cette description, je lui ai dit qu’il serait préférable qu’il monte ce projet tout seul… Cette réaction l’a peut-être surpris. Starck a répondu très gentiment que ce projet nécessitait un regard extérieur.

Il n’était donc pas contre l’idée d’un film…

Sa position était mitigée et paradoxale comme toujours ! A la fois humble et égocentrique. Un garçon troublant.

Au terme de cet entretien entre Starck, le producteur et moi-même régnait donc un certain malaise. Mais je me suis dit que je ne voulais pas me laisser décourager aussi...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 2008 du 01/12/2008
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