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Sous Le soleil de Reiser

Mots clés : Analyse de l'architecture - Architecte - Architecture - Energie renouvelable

Associé à l’épopée d’Hara-Kiri, Jean-marc Reiser a été un propagateur assidu de l’architecture écologique dans le contexte français des années 1970. Au service de cette cause bafouée, son trait révèle une pensée douée d’intuitions et de lucidité. En marge du 35e salon d’Angoulême et à l’heure du consensus mou du Grenelle de l’environnement, il serait profitable de revenir sur les desseins passionnés que Reiser réservait à l’architecture.

Tout d’abord, un constat : l’architecte est le personnage le plus agoni d’anathèmes au long de l’œuvre de Reiser, davantage même que le militaire. Au détour des planches qu’il consacre à ses cousins ennemis, il livre un cruel instantané de la profession. L’assertion définitive : « Les architectes sont des cons ! » qui agrémente une planche de Charlie en 1969, est prolongée de considérations prémonitoires, en 1974 : « vous avez fait la pute devant les promoteurs, les banquiers, les clients, les maires, les entrepreneurs… On vous éjectera comme les vieilles putains qui ont accepté trop de clients à bas prix », pour conclure, un an plus tard, à propos du chômage des architectes : « logique (…) [les promoteurs et les banquiers], leur métier, ils le font bien, même si ce sont des pourris… Le seul qui fasse mal son métier, c’est l’architecte ! ». Il se montre tout aussi intraitable avec les alternatives du moment, les circonvolutions d’un Emile Aillaud, les polyèdres des Plans Innovations et même les diagonales de Jean Renaudie : « Minables, de la merde ! ». Pour autant, admirateur de Le Corbusier, Mies van der Rohe et Frank Lloyd Wright, il se prend d’amitié pour des figures singulières de l’architecture contemporaine.

Pour comprendre cette relation d’amour-haine, il convient de retracer les contours de la biographie de cet écorché vif1. Fils unique, né dans un quartier ouvrier à Réhon en Lorraine en 1941, de père inconnu – vraisemblablement un soldat allemand –, il suit sa mère dans un exil que les rumeurs ont rendu inévitable. Un temps placé dans une modeste ferme-épicerie-buvette normande, il l’accompagne ensuite d’hôtels en garnis parisiens. Son goût précoce pour la caricature constitue un dérivatif utile à un quotidien difficile. Après avoir découvert les travaux de Félix Trombe et son four solaire des Pyrénées, il développe dès l’age de quinze ans une passion pour l’énergie solaire, mais doit renoncer à une vocation d’ingénieur. L’interruption de sa scolarité en 1956, lui ouvre un autre avenir : celui de grouillot à la régie des vins Nicolas. Il y trouve l’occasion de publier ses premiers dessins dans le journal d’entreprise, La Gazette de Nectar, et sa première épouse, fille du directeur de chais. Installé à Bondy dans un pavillon mesquin, puis dans une HLM en bord de voie ferrée, il y conçoit sa haine des architectes et des architectures banlieusardes.

Alors que tout le destine à une existence laborieuse, il rencontre en 1958 Cavanna et Bernier – le futur professeur Choron –, qui passent quelques uns de ces dessins dans l’éphémère Cordée, puis, à partir de 1960 dans Hara-Kiri, dont il devient inspecteur des ventes. Il y croise Cabu, Fred, Gébé, Topor, Wolinski, etc., et en vit les censures répétées. Il s’y éduque et finit par trouver son trait et son genre, savamment bâclés et vulgaires, après 1963, lorsqu’il...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 176 du 01/02/2008
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