Enjeux

Sous l’édredon

Le débat existe probablement depuis que l’homme cherche à plaire : le confort est-il compatible avec l’élégance ? A réfléchir à cette question un dimanche, en jogging et grosses chaussettes sur un canapé, il faut se rendre à l’évidence : on pourrait être infiniment plus gracieux. Mais on aurait un peu froid. Voilà le principe contrariant sur lequel l’architecture bute elle aussi. Maintenant que la modération énergétique est reconnue comme une nécessité absolue, les constructions s’enrobent sous des couches extérieures d’isolants. Elles s’empâtent. Une tendance à l’embonpoint qui n’a pas épargné la maison de la région Ile-de-France, qui vient d’ouvrir à la Cité internationale universitaire de Paris (lire p. 36).

Il faut cependant rendre justice au projet. Maîtrises d’ouvrage et d’œuvre ont dépensé beaucoup d’énergie pour que cette résidence universitaire soit capable de produire la sienne. Ce bâtiment assurément innovant héberge donc, outre des étudiants, une centrale de production de chaleur. Seulement, à vouloir accrocher des capteurs solaires et caser deux grosses cuves de stockage de chaleur, la maison a adopté la silhouette d’un téléviseur. Mais celle d’un vieux poste à tube cathodique, pas d’un modèle à écran plat. Et sa façade métallique plissée a des allures d’édredon doré, sympathique à défaut d’être follement esthétique. Il y a de quoi être chagriné. Faut-il se raisonner, se rappeler qu’une construction sert d’abord à abriter ? Oscar Wilde, perspicace, pensait que « si la nature avait été confortable, l’homme n’aurait jamais inventé l’architecture ». Alors si, à force de vouloir rester belle, l’architecture devenait à son tour inconfortable, où irait-on dormir ?

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