Actualité Rénovation énergétique

RGE, une ouverture pour la fenêtre

Mots clés : Démarche environnementale - Efficacité énergétique - Menuiserie extérieure - Menuiseries - Second oeuvre

Dans un contexte difficile, les entreprises du secteur de la menuiserie extérieure et de la protection solaire voient dans l’écoconditionnalité l’un des grands espoirs de rebond. Gare à celles qui ne seront pas prêtes à temps.

«Le début de l’année 2015 sera probablement très difficile pour les entreprises qui n’ont pas obtenu le label Reconnu garant de l’environnement” (RGE) », assure Hervé Lamy, délégué général du Syndicat national de la fermeture, de la protection solaire et des professions associées (SNFPSA-FFB). Au 1er janvier 2015, en effet, seules les entreprises labellisées RGE pourront faire bénéficier leurs clients du crédit d’impôt pour la transition énergétique (Cite, ex-CIDD), en vigueur jusqu’à fin 2015. Ce nouveau dispositif offre un taux de réduction d’impôt correspondant à 30 % du montant des travaux et de certains matériels à l’occasion de certaines opérations de rénovation énergétique, sans condition de ressources et sans obligation de réaliser un bouquet de travaux – dispositions qui restent à confirmer lors du vote définitif du plan de loi de finances, en décembre. Il est actuellement prévu que ce Cite soit rétro-actif à partir du 1er septembre 2014. « C’est un dispositif très incitatif, estime Hervé Lamy. Les députés ont prévu d’y intégrer les protections solaires. »

« En menuiserie, l’offre est supérieure à la demande »

Si de nombreuses TPE/PME n’ont toujours pas pris le train du RGE, certains professionnels y croient. « Lorsque le principe du Cite a été annoncé, j’ai lancé une campagne de SMS auprès de mes clients pour les en informer », explique ainsi Catherine Guerniou, dirigeante de la menuiserie La Fenêtrière (Val-de-Marne, huit salariés). « De nombreux clients attendent toutefois la confirmation de la rétroactivité du Cite pour lancer des travaux, explique Julien Mimey, dirigeant de Lambert menuiserie (Aube). Il y a tellement de changement de politique avec ce gouvernement… » La menuiserie, secteur particulièrement mis à mal, aurait pourtant bien besoin de signaux positifs. En témoignent ces actualités ayant émaillé l’année 2014 : liquidation judiciaire des menuiseries Simpa (Aube, 420 salariés) et Princeps Alu (Loire, 27 salariés), fin d’activité pour Samic production (Maine-et-Loire, 149 salariés)… « Sur notre marché, l’offre est supérieure à la demande, observe Catherine Guerniou. Les prix de vente se retrouvent inférieurs aux prix de revient. » Pour Patrick Bouvet, président de l’Union des fabricants de menuiseries extérieures, moins de dix millions de fenêtres seront commercialisées en 2014. Une première, alors que 10,5 millions de menuiseries avaient été vendues en 2013. « Nous avons subi une forte baisse du marché dès les mois de mars et avril, explique Patrick Bouvet. Habituellement, il y a un regain de l’activité en juin et une fin d’année forte. Rien de cela n’est arrivé : le marché a été bas de mai à juillet, un peu meilleur en septembre, mais on ne sent toujours pas de poussée. »

Des marges amputées de 10 %

Quant aux professionnels de la fermeture et de la protection solaire, ils ne sont pas mieux lotis, notamment les installateurs. « Le grand jeu, actuellement, consiste à faire sauter la marge de l’installateur en achetant les produits directement à l’étranger, puis en les faisant installer par des non-spécialistes », regrette un entrepreneur. « Nos marges avaient bien tenu jusqu’en 2014, mais elles ont chuté d’environ 10 % cette année », s’alarme de son côté Bruno Blin, président du SNFPSA. L’inquiétude est de mise pour 2015. « L’hiver va être difficile. Il va falloir être prudent sur les dépenses, prévient Bruno Blin. D’autant plus que les industriels nous annoncent des prochaines hausses de prix des matières premières. »
Sur certains segments d’activité du marché de la baie, comme celui de la porte automatique, la situation semble un peu moins tendue. « Nous sommes plus dans un contexte de remplacement des installations que de création, explique Bernard Guillaume, directeur général de Portalp France, leader du secteur. Il y a un manque de grands programmes et l’obligation de mise en accessibilité des établissements recevant du public a été reportée. En conséquence, nous continuons d’embaucher, mais moins que les années précédentes. » Assa Abloy France, société spécialisée dans la porte industrielle et l’équipement de quai de stockage, a choisi d’orienter ses activités vers le service. « C’est pour nous un virage stratégique, explique Yannick Michon, son président. Le client remplace plus rarement les produits. Par contre, il veut, en cas de problème, des intervenants rapides, efficaces, et un interlocuteur unique. » Un choix stratégique qui semble concerner la filière tout entière. « Nous devons être proches de nos clients en matière de service après-vente, témoigne Philippe Gongora, chef de marché bois-panneaux-menuiseries chez VM Matériaux. Polyvalence dans la relation client, mais polyvalence aussi sur le plan technique. « Tous les fabricants de menuiserie tendent aujourd’hui à être multimatériaux », note Patrick Bouvet. « Les produits innovants et design représentent déjà une part significative de notre chiffre d’affaires, explique Philippe Gongora. Le récent frémissement du nombre de permis de construire nous donne une lueur d’espoir : nous nous tenons prêts à profiter d’un éventuel redémarrage. »

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L’explosion des importations de menuiseries inquiète la profession

Il n’est pas facile de déterminer le nombre exact de menuiseries importées en France. L’Union des fabricants de menuiseries extérieures (UFME) l’a estimé à 800 000 pour l’année 2012 (+74 % par rapport à 2008), sur un total de 11 millions de fenêtres commercialisées. Quoi qu’il en soit, la concurrence exercée par les importations de fenêtres bois et PVC d’Europe de l’Est et des fenêtres en aluminium d’Europe du Sud est l’un des problèmes majeurs de la profession actuellement. Car, à qualité plus ou moins égale, ces menuiseries sont jusqu’à 25 % moins chères. « Pour conserver nos clients, nous sommes contraints de baisser nos prix à coup de 10 % », observe Bruno Blin, président du Syndicat national de la fermeture, de la protection solaire et des professions associées. « Des sociétés polonaises démarchent les entreprises françaises pour les inciter à ne plus fabriquer les produits, mais à seulement les acheter », ajoute un menuisier. Comment expliquer une telle différence de prix ? « La différence en terme de fiscalité n’explique pas, à elle seule, l’écart de prix qui existe sur le terrain », assure Patrick Bouvet. C’est pourquoi l’UFME a, avec ses homologues italiens et allemands, lancé une procédure auprès de l’Union européenne. « Nous voulons savoir s’il s’agit d’un cas de dumping social », explique l’UFME.

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Chiffres clés 

11 112 000

fenêtres vendues en France en 2012.

800 000

de ces fenêtres ont été importées.

8,9 milliards d’euros

C’est la valorisation pour la fourniture et la pose.

Source : UFME, 2013

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