Architecture Expérience

Retour à la terre crue

Excavé lors des travaux de fondation, ce matériau a été réutilisé pour bâtir les parois et les couloirs d’une école.

Le grand bâtiment à ossature bois de l’extension de 1 380 m² de l’école Félix-Leclerc à Bouvron (Loire-Atlantique), livré en février 2015, abrite aujourd’hui sept classes, une bibliothèque, deux dortoirs, une salle de motricité, des ateliers et même une tisanerie. A l’intérieur, une grande partie des parois des classes et des couloirs a été réalisée en terre crue. « Nous avons fait le choix de récupérer la terre excavée pour la réalisation des fondations et éviter ainsi les coûts liés à son évacuation », précise Bruno Belenfant, l’architecte du projet. Ces parois intérieures sont donc façonnées par 70 m3 de terre. Bien que non porteuses, elles sont montées sur une ossature en bois para sismique renforcée d’un barreaudage horizontal pour lutter contre le risque de chute d’éléments massifs en cas de séisme.

A l’issue d’une série d’essais réalisés sur plusieurs mois par les entreprises Makjo et Terre chaux et décors, deux techniques ont été retenues pour ces cloisons, constituées uniquement de terre crue pour certaines ou de terre crue et de plaques de plâtre pour d’autres. « Sur 2,10 m de haut, les murs alternent entre une technique traditionnelle mixte de bauge et de pisé, nécessitant un temps de séchage, et des rangs de briques d’adobe, déjà sèches, indique l’architecte. L’alliance de ces techniques évite le risque de tassement du mur, après le séchage. » Tout a été fabriqué sur place manuellement au fur et à mesure de l’avancement du chantier.

« Créer un espace intime ». Quant à l’utilisation de parois mixtes en terre crue et en plaque de plâtre, elle répond à un besoin réglementaire de sécurité incendie pour les établissements recevant du public : s’il en réduit l’impact, le plâtre n’altère pas la régulation hygrométrique. En outre, trois grottes en terre ont été installées dans des classes de maternelle. « L’idée était de créer un espace intime où les enfants pourraient s’isoler pour un temps calme entre deux activités, explique Bruno Belenfant. Dans un style oriental, ces igloos en briques d’adobe sont des constructions à plan circulaire et à coupole demi-sphérique. » Les effets ressentis à l’usage sont très nets pour les utilisateurs. « Dès l’entrée dans cette partie de l’école, la sensation de calme et d’apaisement est palpable, on se met d’ailleurs naturellement à parler plus bas », souligne Thierry Paitel, le directeur de l’école. Un effet accentué par la présence de 17 résonateurs, des cols qui donnent sur des cavités de dimensions variables, encoffrés dans les murs en terre. Leur profondeur varie afin de moduler les fréquences des résonateurs. Quatre modèles de ce procédé ancien sont expérimentés ici afin de comprendre et d’analyser leur fonctionnement et la possibilité de les réutiliser aujourd’hui.

Outre ce ressenti, l’impact sur l’hygrothermie du bâtiment est notable. « Les caractéristiques d’adsorption et de désorption de la terre crue régulent le taux d’humidité de l’air et favorisent l’inertie thermique du bâtiment, ce qui améliore le confort et la qualité de l’air », décrit Samuel Dugelay, directeur de l’entreprise Makjo.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Bouvron. Maîtrise d’œuvre : Atelier Belenfant & Daubas Architectes. BET : Equipe Ingénierie (structure) ; Airéo Energies (fluides thermiques) ; Ifac (acoustique). Entreprises : Makjo, Terres chaux et décors. Coût des travaux : 1,5 M€ HT.

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