[TO] Environnement

Rénover :le pilier social Eviter la démolition des tours existantes

Mots clés : Architecte - Architecture - Qualité de l'eau, de l'air et du sol - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

Construire des tours ? L’idée séduit à nouveau. Mais autant commencer par ne pas détruire celles qui existent et les restructurer pour offrir à leurs utilisateurs une qualité d’usage supérieure.

Les tours de bureaux ont la cote… chez les promoteurs immobiliers au moins. Côté utilisateurs, les tours des années 1970 et 1980 ont laissé le souvenir d’inconfort thermique et de climatisations agressives, sources de pathologies documentées depuis sous l’appellation « sick building syndrome » (SBS) ou « syndrome des bâtiments malsains ». Heureusement, les grands quartiers d’affaires comme celui de Paris-La Défense ont su faire amende honorable, en rénovant et en restructurant de nombreuses tours pour y attirer des grands groupes jusque-là plus enclins à lorgner vers Londres que vers l’Ile-de-France. Si ces rénovations lourdes ont permis d’embellir les tours et de les rendre plus sobres, elles ont également, au plan humain, fait bénéficier les salariés d’un confort hygrothermique accru, de plus d’espaces éclairés en lumière naturelle, voire de nouveaux équipements (sports, loisirs, restauration, etc.), le tout combiné à une reconfiguration des accès et des abords.

Côté logements, en revanche, les foudroyages de tours qui se sont spectaculairement multipliés ces dernières années ont accrédité la thèse que le dyna­mitage de ces bâtiments vieillissants était souhaité par tous. Une croyance réfutée par l’architecte ­Frédéric Druot, farouche opposant à la démolition, qui travaille avec le duo d’architectes Lacaton & Vassal sur la rénovation de tours de logements. « Tant qu’on ne s’est pas rendu chez les habitants des tours, on ne peut pas comprendre qu’on s’oppose aux démolitions, explique-t-il. La vérité, c’est que pour bénéficier des subventions ANRU, il faut des démolitions dans le dossier. » Des destructions souvent mal vécues par les locataires, et pas franchement « ­développement ­durable ». D’autant que les « fondamentaux » des tours de logements sont sains : « Ce sont des immeubles qui ne sont pas allés au bout de leur capacité », explique encore ­Frédéric Druot.

Eviter le gâchis de la démolition, restructurer l’existant, agrandir les ­appartements, redéployer la vie familiale, ­offrir davantage d’espace et lutter contre la précarité énergétique, ce sont précisément les enjeux du projet de métamorphose en site occupé de la tour Bois-le-Prêtre (Paris xviie). Par ajout d’extensions, de jardins ­d’­hiver et de balcons, la surface hors ­œuvre d’origine (8 900 m2) sera portée à 12 460 m2. La nouvelle organisation des logements et les améliorations apportées permettront, après concertation (voir encadré ci-contre) d’adapter ­l’offre locative aux besoins des familles, d’accéder de plain-pied à tous les logements et de réduire la consommation d’énergie en conservant inchangé le calcul de base des loyers (la surface des jardins d’hiver n’est pas prise en compte). Une intervention « radicale et généreuse », fruit d’une concertation menée au plus près des occupants. Elle montre aussi, pour reprendre l’expression de ­Frédéric Druot, que « faire la ville durable, ça commence dans les ­chambres ».

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ENCADRE

Montreuil-sous-Bois (93) - Tour FranklinUne douve végétalisée laissant passer la lumière naturelle

S’il avait été détruit, ce bâtiment tertiaire de 26 niveaux des années 1970 n’aurait pu être reconstruit que sur 7 niveaux, selon l’actuel règlement d’urbanisme. Sa réhabilitation, qui s’achèvera en janvier 2009, reconfigure l’ancrage au sol. La réalisation d’une douve végétalisée fait pénétrer la lumière naturelle au niveau -1, lieu de détente et de restauration des employés. Cette surface utile perdue au sous-sol est regagnée dans les étages (46 800 m2 au total), avec l’allongement de 87 cm de l’ensemble des planchers, également support d’une façade vitrée performante.

Maîtrise d’ouvrage : Cerep France B / Meunier immobilier d’entreprise.

Maîtrise d’œuvre : Bruno J. Hubert et Michel Roy, architectes mandataires.

Exécution : Meunier immobilier d’entreprise.

Direction des travaux : Eira ingénierie.

ENCADRE

Frédéric Druot, architecte«Le travail de concertation n’est jamais perdu»

« Dans la tour Bois-le-Prêtre (Paris xviie), la concertation s’est effectuée en plusieurs étapes continues. Le maître d’ouvrage a réalisé une enquête de diagnostic social auprès des locataires, qui a ensuite été transmise à la maîtrise d’œuvre investie d’une ­mission de concertation. A partir de là, les habitants se sont ­prononcés sur le projet en phase APD. Une fois qu’il a été accepté – à 97 % ! – nous nous sommes impliqués auprès de chaque locataire après avoir présenté les grandes lignes du projet (ajout de surfaces, jardins d’hiver, reconfiguration possible des logements), ses atouts (fluidité des espaces, économie de chauffage, apport de lumière) et les bénéfices escomptés, notamment en terme de liberté d’usage. Ensuite, lors d’entrevues individuelles, nous avons écouté les demandes de chacun, liées à des reconfigurations plus intimes du logement, en tenant compte de la composition des familles, de leur attachement à la qualité des intérieurs existants, etc.

Au terme de ces échanges, un appartement témoin a été réalisé. Le vote des habitants, favorable à 90 %, a permis au maître d’ouvrage de confirmer le projet. La complexité de ce travail est grande, d’autant que les travaux sont réalisés en site occupé, sur des solutions non paramétrées et non normalisées. D’où deux chantiers : les extensions réalisées en éléments préfabriqués et les prestations intérieures (peintures, électricité, etc.). Ces locataires ont trop longtemps attendu : il est essentiel de leur donner rapidement du plaisir à habiter, et une image positive de leur immeuble. La concertation demande une énergie énorme, mais celle-ci n’est jamais perdue. »

ENCADRE

Paris (xvii e) Tour bois-le-prêtre Restructuration des plans et façades

Plutôt que d’être démoli, cet immeuble de 96 logements sociaux, achevé en 1961 par Raymond Lopez, va subir une restructuration interne (plans) et externe (façades). Les appartements seront notamment agrandis par l’ajout de jardins d’hiver de 16 à 33 m2 (modules préfabriqués), qui participeront à la régulation thermique. « Au-delà de la performance énergétique, la vraie nécessité du développement durable, c’est le plaisir d’habiter », revendique le duo d’architectes ­Lacaton & Vassal.

Maîtrise d’ouvrage : Opac de Paris.

Maîtrise d’œuvre : Frédéric Druot, architecte mandataire ; Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, architectes associés.

BET : VP & Green, structure ; Inex, fluides.

Economiste : E2I.

Conseils : Gui Jourdan, acoustique ; Vulcaneo, prévention et sécurité.

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