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Pulsions constructives Production amusee du collectif viennois Gelitin

Mots clés : Distribution - Manifestations culturelles

Inscrits dans une continuité allégée avec l’actionnisme viennois-, le collectif Gelitin vient de se voir consacrer une exposition majeure au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris présentée par l’ARC : La Louvre, Paris*. Né sur les ruines de la politique ultra-conservatrice et étouffante que la bourgeoisie puis le régime nazi avaient établie en Autriche, l’actionnisme viennois a alors eu recours à la provocation et à l’excitation comme principaux outils d’action. Une radicalité qui passait notamment par l’usage et l’impulsion du corps, porteur du traumatisme et des frustrations d’après-guerre. Héritiers de fait, les Gelitin – composés de Wolfgang Gantner, Ali Janka, Florian Reither et Tobias Urban – étendent et explorent ce rapport à l’étouffement : « Je trouve que vous êtes trop. Trop beaux. Trop dans le faire. Et dans le faire beau. Trop dans le savoir. Vous êtes trop dépositaires. Vous allongez trop. Vous aimez trop l’épaisseur. (…) On veut respirer. Et si la littérature nous en empêche, on ira voir ailleurs. On veut inventer. On veut inquiéter. On veut foutre la zone. La vie nous appelle à la zone. (…) La déconnade est la seule contre mesure. », clament-ils dans leur « manifeste pour qu’on nous foute la paix ». Au-delà de leurs actions matérielles et tenant en suspens la question de la validité de la continuation d’une telle radicalité aujourd’hui, c’est leur manière d’agir sur l’espace qui nous intéressera ici. Leur manière d’agir avec l’espace trouvé, d’avoir recours au bricolage comme pulsion constructive, de défendre la place du surgissement, de fabriquer des espaces traumatisés. Quelques questions à l’un d’entre eux, Tobias Urban.

J’aimerais comprendre ce qui vous lie à l’architecture, à la violence de ce sujet…

Ma relation à l’architecture renvoie directement à ce que je peux faire par moi-même, avec mon corps, avec mes mains. Quand nous travaillons sur un projet, son plan s’élabore en même temps que sa structure se construit. Et la structure se définit par elle-même à travers un besoin, comme un bidonville qui est en pleine croissance.

Selon moi, l’architecture doit amener à comprendre les structures complexes de notre environnement et en donner une forme la plus simple qui soit. Si vous essayez de rendre les choses belles, vous êtes perdu. C’est un constat d’ordre général qui vaut également pour l’art et le design. Je ne suis pas un ami de la beauté. C’est trop exclusif. Je préfère approcher le caractère rugueux, approximatif, et sauvage des choses. C’est une bonne alternative car cela renvoie à un monde visible et ouvert. Un monde sans cache. Mais il peut m’arriver d’aimer ou d’être attiré par une surface lisse. Je ne peux pas expliquer cela logiquement. Mes choix relèvent d’autres raisons que je ne peux pas toujours justifier.

Votre approche de l’espace est assez animale et primitive comme si l’acte de construire ne relevait que de pulsions.

Habituellement, nous essayons de faire fusionner, coïncider l’espace avec ce que nous ressentons comme un manque. Ensuite, nous lançons une opération de construction. Nous sommes comme des papillons assis sur un verre de champagne et sur le point de s’envoler. Nous travaillons en direct, dans l’immédiat. Le projet se fait en se faisant. Nous ne faisons pas vraiment de plans détaillés de ce que nous fabriquons. La...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 179 du 01/05/2008
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