Régions

PROSPECTIVE L’EXPERT : JEAN-PIERRE JOSEPH, DIRECTEUR DU BUREAUDE KMPG A NIORT « L’expert comptable doit être le partenaire, on doit être libre avec lui »

Mots clés : Conjoncture économique - Entreprise du BTP - Formation continue

Directeur de KPMG à Niort avec Claire Morisset, Jean-Pierre Joseph est également responsable du réseau BTP dans l’Ouest. Ses impressions s’appuient donc sur quelques 800 clients du secteur. Une expérience précieuse pour analyser le marché régional et sentir la conjoncture.

LE TISSU D’ENTREPRISES Un dynamisme lié à la façade côtière

La région est composée d’un tissu d’entreprises artisanales, pour la plupart familiales, un tissu dynamique avec une caractéristique très importante : la région, proche de la côte, a vu sortir de terre un grand nombre d’habitations ces dernières années, résidences principales ou secondaires. Depuis dix ans, la construction se porte bien dans l’Ouest. Les entreprises se sont donné les moyens d’être bien rétribuées, leur savoir-faire réel est reconnu par la clientèle qui accepte ces prix.

LA CRISE Brutal retour de vacances

Un léger ralentissement de l’activité s’est fait ressentir en début d’année suivi, par une baisse significative au retour des vacances d’été. L’envolée du prix du gazole a provoqué l’inquiétude de « Monsieur tout le monde » loin d’imaginer qu’une crise sérieuse approchait. A la rentrée, la conjoncture est devenue explosive et particulièrement pour les promoteurs et les constructeurs. Plusieurs raisons : la remontée des taux d’intérêt, le discours politique sur l’éventuelle annulation des réductions d’impôt, les niches fiscales qui ne seraient pas épargnées. Cela a provoqué le ralentissement des investissements défiscalisés car les intéressés n’étaient plus en mesure de projeter dans le futur les enjeux réels de leurs investissements.

IMMOBILIER Assainissement du marché

Les constructeurs ont connu un ralentissement brutal de leur activité : de moins en moins d’acquéreurs, des maisons à vendre un peu partout dont certaines se traitant à bas prix, des produits clés en main, aménagés à des prix tout à fait abordables. On assiste clairement aujourd’hui à un assainissement du marché. Nous étions arrivés à la limite du raisonnable avec des durées de financement très longues et une insécurité sur le plan social difficile à gérer. Désormais, nous allons peut être revenir à des durées de financement plus raisonnables.

Les carnets de commande vont emmener les constructeurs jusqu’à la fin de l’année mais après ?

ANGLAIS La demande s’essouffle

La demande des Britanniques sur la région a été très forte à la fin des années 90 et portait essentiellement sur l’acquisition de vieilles pierres, à des prix déjà élevés. Ils ont ainsi contribué à la raréfaction et à l’augmentation du prix de ce type de biens. Aujourd’hui la demande anglaise a considérablement ralenti au point de devenir marginale : moins de 10% des visites sont faites par des acquéreurs potentiels britanniques.

CARNET DE COMMANDES Il va falloir réduire les marges

Jusqu’à fin 2007, les entreprises artisanales à clientèle directe avaient un carnet de commandes plus que confortable, jusqu’à sept mois pour certains. Aujourd’hui, ce carnet de commandes a diminué d’un à deux mois, sans créer pour autant d’inquiétude. Ces entreprises sont effectivement solides : profitant d’une économie favorable ces dix dernières années, elles ont fait des investissements de production, ont recruté un personnel de qualité et atteignent désormais des niveaux de fonds propres conséquents. Ces éléments leur permettent de se maintenir sur le marché sans dégager de résultats s’il le faut pendant trois années. Parallèlement, de nombreuses entreprises n’ayant pas de repreneur, leur disparition a permis au marché de s’autoréguler et de trouver un équilibre. Pour faire face à la conjoncture, les marges vont devoir être revues à la baisse. Les chefs d’entreprise qui sauront manier au plus juste l’outil de gestion seront armés pour cela.

BANQUES Des délais allongés

Les entreprises du BTP qui sont solides n’auront pas de problème à trouver des financements. La capacité des banques à réagir rapidement va en revanche être mise à l’épreuve. Quand une petite entreprise a besoin d’un financement, il faut qu’elle l’obtienne rapidement car les opérations intéressantes sont souvent réalisées en urgence. Le banquier doit donc être un partenaire actif et réactif. Compte tenu des risques qui pèsent sur le marché, les banques deviennent plus vigilantes qu’auparavant. Les notions de vérification et de contrôle pour obtenir un prêt deviennent plus longues et plus complexes et les entreprises risquent de ne pas pouvoir faire les investissements au bon moment. Il y a quelques mois, une entreprise qui fonctionnait bien obtenait l’accord verbal du chargé de dossier. Aujourd’hui, celui-ci doit en référer à sa hiérarchie. L’enjeu est que le chef d’entreprise reste maître de ses décisions de gestion et qu’elles ne dépendent pas uniquement de celle des banquiers.

SECTEURS PORTEURS Le génie climatique, les nouvelles technologies

Le génie climatique et les nouvelles technologies demeurent des secteurs à fort potentiel. Compte tenu de certains avantages fiscaux, il s’agit d’une niche intéressante à exploiter à court terme.

En ce qui concerne les maisons à ossature bois, les produits sont encore relativement chers et dans la région le développement ne paraît pas très significatif malgré la communication accrue sur ce sujet. L’effet « énergies nouvelles » est effectivement en plein essor du fait des avantages fiscaux. Cela va-t-il durer ? Il est trop tôt pour le dire.

Tous les corps de métiers ont bénéficié de cet effet avec la création de matériaux nouveaux adaptables à de nombreux types de construction. Mais sont-ils bien au fait de tous ces nouveaux matériaux et de toutes ces nouvelles technologies ? Il est souhaitable que l’on s’intéresse de plus en plus aux salons professionnels car l’innovation est incontournable et déterminera le marché de demain. Le risque pour les TPE est de s’enfermer dans leurs compétences initiales, par facilité ou par manque de temps. La formation continue est également un moteur incontournable de la croissance interne.

LE SECOND ŒUVRE Pas forcément plus fragile

Le second œuvre n’est pas forcément plus fragile. Il y a une ouverture à moyen terme, en raison des normes d’isolation et de l’obligation de travaux sur les maisons anciennes. En raison de la remise aux normes des maisons préalablement à leur vente, le second œuvre repartira probablement plus vite. Aujourd’hui, il s’agit d’un simple diagnostic, demain ce sera l’obligation de faire les améliorations nécessaire à la remise aux normes. Cela redonnera du travail à une économie qui aura connu un peu de difficultés pendant un ou deux ans. Il y a beaucoup de choses à faire.

CONSEIL ANTI-CRISE ? Ne pas faire l’autruche

L’outil technique, c’est le tableau de bord. La crise va venir, on va diagnostiquer le problème et prendre des décisions de gestion : cela peut se traduire par une réduction d’effectifs, par la conquête d’une activité complémentaire… Il faut prendre les décisions qui s’imposent sans tarder, anticiper. Le carnet de commandes est une indication forte, le suivi de chantiers également. L’expert comptable doit être le partenaire, on doit être libre avec lui. Il a des informations sur le marché, le remède ne sera pas le même pour tous. Chose primordiale, il faut pouvoir en discuter avec son partenaire financier même si certains entrepreneurs ne sont pas toujours prêts à lui faire part de leurs difficultés. Il est beaucoup plus confortable d’échanger avec un banquier informé des difficultés rencontrées afin qu’il puisse appuyer le chef d’entreprise dans la mise en place des mesures correctives. Sans ces informations, il ne pourra pas accompagner l’entreprise face à ses difficultés. Faire l’autruche n’est pas la solution !

L’AVENIR Question de confiance

Compte tenu des inquiétudes véhiculées par les médias, certains vont avoir le réflexe de l’épargne, notamment les personnes proches de la retraite et possédant des liquidités, ce qui est mauvais pour la consommation. Une partie de la population, la plus apte à faire fonctionner le marché du BTP, risque de stopper ou retarder quelques investissements prévus. Il s’agit avant tout d’un problème de confiance. Nous ne sommes pas inquiets pour l’avenir à moyen terme du bâtiment, même si les prochains mois vont être plus difficiles pour ceux qui ne sont pas financièrement solides. K

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ENCADRE

Le tableau de bord instantané de Jean-Pierre Joseph

C’est d’abord le volume d’heures de production dans le carnet de commandes.Combien de mois avons-nous devant nous ?

Ensuite le suivi de chantier : les temps prévus sont-ils bien respectés ?

Les achats de matériaux ont-ils été bien traités ? Sera-t-on capables de les facturer sans altérer les marges ?

La trésorerie, évolue-t-elle toujours favorablement ?

La marge sur déboursé sec

La production du mois (facturation moins la sous-traitance de compétence plus ou moins la variation des encours de production).

– coût d’achat de matériaux (factures du mois plus stock initial moins stock final)

– main d’oeuvre de production (salaires et charges)

– sous traitance de capacité (intérimaires)

– location de matériel spécifique.

Marge à ramener à l’heure.

Le budget prévisionnel doit préalablement définir ce que l’entreprise doit dégager par heure pour couvrir ses frais généraux et les frais fixes ainsi que le bénéfice.

*Entreprises soumises à l’impôt sur le revenu (par opposition à celles qui sont soumises à l’impôt sur les sociétés).
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