[TO] Règles techniques Industrialisation

Préfabrication : faire mieux avec moins

Mots clés : Technique de construction

L’industrialisation tient ses promesses : elle améliore la qualité du bâti tout en réduisant les délais de construction. Elle inaugure, aussi, une organisation des chantiers fondée sur l’anticipation et la concertation.

S’il est convaincu que l’industrialisation est une solution d’avenir, Jean-Denis Mège, directeur du développement au Foyer rémois, rencontre encore des difficultés dans la mise en œuvre de solutions préfabriquées en façades. « Quand il ne s’agit pas d’une norme réglementaire, c’est un plan local d’urbanisme (PLU) qui va empêcher leur utilisation », indique-t-il. Autre contrainte, l’optimum économique : pour que l’industrialisation de logements soit rentable, il y a un seuil minimal à construire. « La solution réside dans l’anticipation du projet », estime le directeur du développement.

C’est bien ainsi que raisonne le groupe Yves Cougnaud, spécialisé dans la filière sèche industrialisée en 3D. En septembre 2014, le groupe a lancé la marque Citeden, avec laquelle Christophe Cougnaud, le président, veut réaliser 25 % du chiffre d’affaires d’ici à cinq ans, soit 60 millions d’euros. Afin d’atteindre cet objectif, la marque mise sur les résidences étudiantes, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ou la construction de maisons à l’échelle d’un quartier. « L’adaptation du projet au PLU est un prérequis pour la finalisation du projet », souligne le président. Un impératif qui nécessite de concevoir très tôt les spécificités architecturales du projet. « C’est bien dans l’anticipation que réside la réussite d’une construction, à plus forte raison lorsque nous utilisons des éléments préfabriqués, estime l’architecte Suzel Brout. Le recours à des murs précoffrés nécessite d’anticiper très tôt les détails du second œuvre. » Avantage induit : « Nous travaillons avec des entreprises très rigoureuses. »

30 % moins cher à qualité égale

L’architecte Frederik Dain, qui privilégie la préfabrication dans ses projets en conception-réalisation, travaille à la constitution d’un réseau d’entreprises partenaires. « Je conçois les projets à partir des technologies et des méthodes développées conjointement », explique-t-il. L’industrialisation n’empêche donc pas l’architecture. Xavier Jacquety, directeur délégué de Vinci Construction France, ne dit pas le contraire. Le constructeur travaille avec le cabinet d’architectes Gallois-Dudzik & Associés à la réalisation de logements collectifs destinés aux primoaccédants, « dont le prix de vente sera entre 20 et 30 % moins cher à qualité égale ». Outre la préfabrication des façades grâce à la filiale Arbonis, la marque Primméa s’appuie sur « une rupture dans la façon de construire », indique Xavier Jacquety. Il s’agit, par exemple, de centraliser les pièces humides pour n’avoir qu’une seule gaine technique, ou de privilégier certaines dispositions constructives. Même démarche pour Norpac, qui améliore la qualité de ses constructions avec le procédé Inovpac. « A partir d’une analyse des risques, nous avons changé l’ordonnancement des phases de travaux », indique Alexandre Bouvry, directeur travaux adjoint habitat. Toute la logistique du chantier a été repensée. De plus, des réunions régulières permettent une démarche d’amélioration continue, qui vise à livrer plus rapidement tout en améliorant la qualité.

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L'expert FREDERIK DAIN, architecte et fondateur de l’agence Hobo, basée à Bordeaux - Les chantiers deviennent un lieu d’assemblage

Quelles ont été vos motivations pour passer à l’industrialisation ?

Nous avons entrepris cette démarche au début de la crise de l’immobilier, en 2007. Nous nous sommes aperçus qu’il y avait, d’un côté, des exigences réglementaires, adossées à des questions environnementales qui allaient crescendo et, de l’autre, des maîtres d’ouvrage qui n’avaient plus les moyens de dépenser toujours plus pour y répondre. Au lieu de céder à la tentation de baisser la qualité des matériaux et de la main-d’œuvre, nous avons choisi de réduire les délais, aussi bien en conception qu’en réalisation.

Comment travaillez-vous désormais ?

Le recours à l’industrialisation oblige à penser à la réalisation du bâtiment dès sa conception. Nous privilégions la conception-réalisation pour une maîtrise d’ouvrage privée, ce qui nous permet de bâtir, au fil du temps, un réseau de partenaires fiables, qui soient les meilleurs de leurs catégories. Nous avons cherché ensemble des technologies éprouvées et des brevets existants. En définitive, la demi-douzaine de chantiers qui résulte de cette démarche est à la fois low-tech et résiliente architecturalement.

Quels outils techniques utilisez-vous ?

Au début 2014, nous avons franchi le pas du BIM [bâtiment et informations modélisés]. Cette nouvelle méthode de travail impose davantage de rigueur et de précision, très en amont du chantier. Conséquence logique : les chantiers se déroulent de façon plus fluide. Ils deviennent un lieu d’assemblage et non plus de fabrication.

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FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage : Agen Habitat. Maîtrise d’œuvre : Hobo Architecture. Bureau d’études : Zanib (structure) ; Ingénierie 47 (fluides). Ordonnancement, pilotage et coordination : François de la Serre. Bureau de contrôle et SPS : Bureau Veritas. Principales entreprises : Antonioli (gros œuvre), CIR (préfabrication béton), HVA (salles de bains), Garrigues (menuiserie aluminium). Surface : 990 m² Shon. Coût total des travaux : 1,44 million d’euros HT.

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Extension - 57 chambres vite insérées, sans déranger les résidents

Grâce à la préfabrication des panneaux de façade, des planchers et des salles de bains, l’extension de la maison de retraite de l’association Monsieur Vincent sera finalisée en seulement dix mois. « Notre objectif pour la réalisation du bâtiment courbe, qui constitue l’extension de l’immeuble linéaire existant, était d’aller vite, sans déranger les résidents », explique Didier Salon, architecte du projet. Ce dernier a opté pour une structure poteaux-poutres en bois, qui répond à la compacité imposée par le site. L’ensemble est ensuite habillé de panneaux de façade en ossature bois. « Afin d’accélérer le chantier et contrairement aux habitudes, nous avons choisi un montage par tranches », souligne Yves-Marie Ligot, du BET structure bois. Ainsi, une fois les portiques de trois travées fixés, les façades ont été posées, puis les salles de bains installées à la grue avant la pose du plancher supérieur. « En toiture, afin d’économiser de la matière et de faciliter la pose de l’étanchéité, les modules en bois à plis croisés ou CLT (Cross Laminated Timber) ont été mis en œuvre parallèlement à la façade », indique Cyril Quenouault, chargé d’affaires chez Cruard Charpente. Le chantier a pris son rythme de croisière avec trois travées mises hors d’eau-hors d’air par semaine. Trois mois ont suffi pour finaliser l’enveloppe, entre octobre 2014 et début janvier 2015. L’extension de 2 840 m² de surface plancher sera livrée en juin 2015.

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Fiche technique

Maître d’ouvrage : association Monsieur Vincent. Architecte : Didier Salon et Bertrand Delouvrier. Maître d’œuvre d’exécution : Becar. BET : Yves-Marie Ligot (bois), AD Structures (béton), Secie (fluides, électricité), Viatec Eco (VRD). Entreprises : Cruard Charpente (macrolot enveloppe).

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Construction neuve - 200 studios d’étudiants livrés en dix mois

La société Yves Cougnaud se lance dans l’habitat avec la construction d’une résidence étudiante de 200 studios à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). Elle sera livrée après dix mois de travaux. Entièrement conçu à partir d’éléments modulaires en 3D industrialisés, le projet représente 7 430 m² en R + 3 et comprend aussi des logements de fonction, des espaces collectifs, des bureaux et un parking aérien. « Etant donné la taille du projet, nous avons opté pour la mise en œuvre sur site de la surisolation thermique par l’extérieur et de la vêture », précise Christophe Cougnaud, président de Citeden, la nouvelle marque dédiée à l’habitat du groupe. Les 360 modules ont donc été réalisés en usine avec les spécificités de l’entreprise : une structure métallique autoportante, une dalle béton, tout le second œuvre en place, jusqu’au mobilier. Le maître d’ouvrage a pu valider le projet en usine, grâce à la visite de quatre prototypes installés suivant la configuration finale. Pendant trois mois, trente modules ont été livrés chaque semaine. Sur le chantier, les opérations consistent à réaliser les connexions. Les fluides sont connectés depuis les futures circulations du bâtiment. Le bâtiment sera livré en juin 2015 pour un montant global de 8,8 millions d’euros TTC.

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Fiche technique

Maître d’ouvrage : Cnous. Architecte : Sepra Architecture. Entreprises : Bâtiment & Rénovation (génie civil), EGA (VRD), Citeden (réalisation des modules), Smac (bardage), Ets Negre (eau chaude sanitaire solaire), Infralec, Predetec (courants faibles), Rezza (courants forts), NSA/CFA (ascenseurs).

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