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Pourquoi nos entreprises restent-elles indifférentes à la production industrielle de maisons ?

Mots clés : Maison individuelle - Sécurite civile - Transport ferroviaire

Dans un numéro récent, « Le Moniteur » a évoqué le renouvellement de l’appel de l’abbé Pierre. Ce dernier devrait finir un jour par enthousiasmer un industriel français.

Les besoins en logements peuvent générer le remplacement d’emplois perdus.

Si ces pertes d’emploi dans nos pays développés posent un problème, les besoins en logements à l’échelle mondiale en sont un autre.

Non seulement ces derniers besoins sont considérables, mais ils pourraient donner lieu à de nouvelles fabrications susceptibles d’engendrer des emplois.

Il s’agit pour nos industriels, nos responsables financiers et/ou politiques de s’intéresser à l’industrialisation du logement, c’est-à-dire à la fabrication en usine selon des procédés permettant la série de modules d’habitation répondant à des besoins soigneusement étudiés.

Cette industrialisation est, en effet, la seule façon de répondre aux besoins mondiaux en logements, dans tous les pays du monde, car le nombre d’hommes s’accroît sans cesse.

Or, la manière traditionnelle de construire est incapable de faire face à cet accroissement, lequel s’accentue encore quand survient un cataclysme.

De plus, de nouveaux comportements apparaissent chaque jour augmentant la demande : les familles éclatées ou monoparentales, par exemple, réclament des logements autrement conçus et en plus grand nombre ; une modification dans la composition de la famille peut nécessiter un élargissement ou un rétrécissement du volume nécessaire.

Quel type de maisons faut-il industrialiser ?

Lorsqu’un tremblement de terre tue plusieurs dizaines de milliers de personnes, on est en droit de se poser la question : quel type de maisons convient-il de construire ?

Ma réponse est : certainement pas des maisons en terre, ni en pisé comme à El Asnam en Algérie, ni en bois ou en béton comme à Kobe au Japon.

Autant d’endroits où des séismes ont ravagé villes et quartiers parce que les habitations s’écroulent comme des châteaux de cartes.

Cependant dans tous ces cas, j’ai été impressionné de voir que les automobiles, les camions et les wagons de chemin de fer n’avaient subi aucun dommage à l’exception, bien entendu, de ceux écrabouillés sous les bâtiments écroulés.

Ces engins effectuent durant le tremblement de terre une sorte de ballet et ils se retrouvent parfaitement indemnes.

C’est la raison pour laquelle à El Asnam, tous les wagons de chemin de fer furent occupés par les familles se mettant à l’abri, non seulement des intempéries, mais aussi des secousses ultérieures.

Au Japon, mes constatations furent bien différentes. Pratiquement, toutes les maisons industrialisées sous forme de modules, comme des « wagons », assemblés et superposés, avaient échappé aux destructions.

Aussi, dans les deux mois suivant le tremblement de terre de 1995, les grandes firmes japonaises concernées ont mis à la disposition des sinistrés des centaines de maisons industrialisées montées ou simplement déposées sur place pour les plus perfectionnées. Demain, les progrès que ces firmes continueront à effectuer, les rendront capables de fournir, comme pour les voitures, ce type de maisons faites de « volumes modulaires » complètement équipés et adaptés aux besoins des utilisateurs et pas seulement dans les régions sismiques.

De nombreuses opportunités industrielles pour la Wallonie ?

Nous connaissons actuellement une seconde phase dans l’industrialisation du logement : le montage d’éléments en usine pour constituer les différents modules de l’habitation (hall d’entrée, cuisine, salon,…) vient concurrencer avantageusement le montage d’éléments préfabriqués sur chantier.

Pourtant, nos chercheurs les ont précédés depuis longtemps. A l’université de Liège, durant 40 ans, j’ai consacré des recherches à ce type de produit.

Nous savons qu’il connaîtra une troisième phase d’évolution, dont les prémisses sont à nos portes en Hollande : le travail en usine évoluera vers la fabrication directe de « modules » basée sur l’assemblage de coques très résistantes en lieu et place des Meccanos existants. Les matériaux composites, mais surtout l’acier permettent, en effet, de fabriquer des volumes plus grands et plus légers que l’on obtient par déformation, soudure ou collage. Des prototypes ont déjà été réalisés.

Il y a donc là un domaine encore inexploité susceptible de contribuer à une reconversion de nos vieilles industries wallonnes car nous avons une maîtrise de l’acier et des assemblages que ce matériau implique.

La mise sur le marché de ce nouveau produit offrirait également des débouchés nouveaux pour tous les équipements de ce logement car, comme pour les automobiles, toutes les installations sont noyées dans les parois et les équipements mobiliers sont intégrés dans les volumes construits, montables et démontables facilement. L’usine qui les réaliserait pourrait donc offrir un grand nombre d’opportunités à de nombreuses autres entreprises.

Il conviendrait donc que des recherches soient poursuivies dans ce sens et aboutissent rapidement à une production que notre main-d’oeuvre actuellement au chômage est parfaitement capable d’assumer.

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