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Pour un partenariat enseignement profession

Mots clés : Architecte - Architecture

Jean-Paul Scalabre, architecte DPLG

La réforme dite Lilado définit un cadre pour l’enseignement supérieur européen. Elle est l’occasion unique de rénover la formation à l’architecture et les conditions d’exercice de la maîtrise d’oeuvre.

Pour comprendre la situation, revenons aux évolutions de la dernière période. A la fin des années soixante, le système d’atelier était moribond. En 1968, tout l’édifice a explosé. Sur les décombres de mai, l’enseignement s’est alors reconstruit à partir d’un projet de refondation de la discipline qui se distinguait de façon radicale de la « profession ». Trente ans après, le paysage est marqué par l’atonie du débat intellectuel et une forte stabilité des positions acquises. Le renouveau a pourtant été indéniable, la production des bâtiments publics depuis les années quatre-vingt en témoigne. Malgré cela, la situation est devenue critique. L’arrivé d’un très grand nombre d’étudiants a entraîné une augmentation considérable du nombre des diplômés sans que, pour autant, les débouchés suivent en proportion. L’inconstance de la commande, les mauvaises conditions de rémunération, la concurrence sauvage ont entraîné une dégradation des conditions d’exercice. La pratique d’architecte maître d’oeuvre a cédé du terrain au profit d’une approche de styliste. En délaissant ainsi la culture du chantier, l’architecture perd un de ses fondements et se fragilise durablement.

Ne pas séparer conception et réalisation

La formation des architectes est double, elle s’appuie à la fois sur la culture du projet et sur la maîtrise du métier. L’architecte qui exerce la maîtrise d’oeuvre se doit de fournir à ses clients un ensemble complet de prestations professionnelles. Séparer les tâches de conception architecturale des conditions de la réalisation revient pour les architectes, à s’automutiler. Le décalage s’approfondit alors entre une architecture d’exception considérée comme savante et une architecture quotidienne réduite à la médiocrité. Se considérant comme méprisée, la masse de nos concitoyens n’accorde qu’une confiance limitée aux architectes. Dans les écoles, l’enseignement simule nécessairement la réalité, c’est pourquoi le passage par l’apprentissage pratique s’impose. Il est cependant illusoire d’espérer que les enseignants puissent assurer seuls cette mission. C’est dans des conditions réelles, avec l’appui de confrères plus expérimentés, que les jeunes architectes apprendront à maîtriser cette partie du métier. Il est étonnant que cette évidence ne soit pas aussi partagée qu’elle le devrait.

Une pratique conduisant à la licence d’exercice

Pour les architectes souhaitant devenir maître d’oeuvre, nous préconisons une période de formation professionnelle encadrée de trois ans après le diplôme (obtenu au niveau Master à BAC + 5) débouchant sur une licence d’exercice. Cette formation serait gérée conjointement par les instances de la profession (Ordre et syndicats) et le corps enseignant des écoles d’architecture.

Elle devrait conduire l’architecte à maîtriser, dans les conditions réelles du travail en agence, un processus complet de projet, depuis les démarches initiales jusqu’à la livraison du bâtiment. La validation de cet apprentissage serait confiée à un jury composé à parité de représentants des enseignants, des organisations professionnelles d’architectes et de maîtres d’ouvrage ou d’utilisateurs. Pour les organisations professionnelles, cette approche constitue un engagement sur l’avenir. Les écoles pourraient retrouver un nouvel espace de liberté, clarifier leur projet pédagogique, développer recherches et démarches critiques. Afin d’assurer l’équilibre futur de la pédagogie, il est aussi crucial que la qualification à la maîtrise d’oeuvre s’établisse au même niveau que le doctorat.

Cette réforme délicate nécessite, de la part des pouvoirs publics, courage et volonté. Si le ministère de la Culture reculait devant la réforme nécessaire, la question se poserait alors de savoir s’il revient aux organisations d’architectes de s’organiser elles-mêmes pour garantir aux maîtres d’ouvrage comme au public et aux usagers, le meilleur service d’architecture.

PHOTO : Jean-Paul Scalabre, architecte DPLG (et licencié en philosophie), est établi à Paris. Il est Secrétaire général du Syndicat de l’Architecture, membre du Conseil supérieur de l’enseignement de l’architecture.

Il est architecte-conseil de la DDE de la Somme et de la Drac de Haute-Normandie.

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