Technique et chantier

Ouvrages d’art Trois passerelles légères à double cheminement

Mots clés : Architecte - Architecture - Travail

A Strasbourg, l’architecte Dietmar Feichtinger a conçu trois ouvrages métalliques similaires pour relier la presqu’île Malraux au reste de la ville.

«Contrairement au pont qui est un prolon-gement de la terre au-dessus d’une rivière, la passerelle est purement aérienne. Tout en légèreté, elle doit mettre en valeur les lieux qu’elle relie. » L’architecte Dietmar Feichtinger, auteur de la passerelle Simone-de-Beauvoir à Paris et de la passerelle Valmy à Paris-La Défense, illustre une nouvelle fois cette théorie à Strasbourg avec les trois passerelles qui relient la ville à la presqu’île Malraux, et notamment à la nouvelle médiathèque.

L’architecte est parti de deux données aux effets contradictoires : d’un côté la proximité des deux rives est telle que le franchissement devait être court mais suffisamment élevé pour laisser passer les bateaux ; de l’autre les handicapés devaient pouvoir traverser, obligeant la conception d’une pente douce nécessairement plus longue. La réponse apportée par l’architecte est inédite. Il en a décliné le principe sur chacune des trois passerelles : le cheminement est double et laissé au choix de l’usager : le piéton valide déambule sur un arc devenu tablier, en reliant rapidement les deux rives. Les handicapés et cyclistes empruntent une passerelle à la pente réglementaire (inférieure à 4 %) et greffée latéralement à l’arc, qui bifurque avant l’arrivée sur la presqu’île pour mieux la longer. Cette architecture, guidée par les règles d’accessibilité, a pu rester légère grâce à une collaboration étroite avec les ingénieurs structure. La passerelle latérale est soudée à l’arc et s’appuie de fait totalement sur ce dernier. Pour supporter les efforts de torsion importants liés à cet encorbellement, le caisson soudé de l’arc est à inertie variable ; il est renforcé côté passerelle. Sur les culées, la poussée horizontale des arcs est de 350 tonnes au maximum. Particularité du site, les passerelles devaient pouvoir résister aux séismes (zone 1b, site S2). Les secousses sont traduites au niveau des culées par une poussée « inverse » produisant une traction horizontale de 90 tonnes. Pour supporter cette dissymétrie d’efforts, les culées sont largement fondées : au moins 8 micropieux de 150 mm sont forés à 18 m sous chacune d’elles.

Les 400 tonnes d’acier S355 utilisées pour la structure permettent d’obtenir des arcs de 40 m de portée, pour une flèche de 2,80 m.

Les trois passerelles sont esthétiquement et structurellement très proches. Deux d’entre elles, Braqueet Chagall, sont même exactement symétriques. Sur le papier tout du moins. Car l’équipe a profité de ce rare cas de gemellité d’ouvrages d’art pour comparer leurs comportements vibratoires. Les écarts constatés sur les fréquences propres les plus défavorables sont faibles : 4,2 Hz contre 4,1 Hz en mode de flexion verticale, et 4,4 Hzcontre 4,6 Hz en mode de torsion-déversement. Preuve que les entreprises ont respecté à la lettre les plans de conception. L’explication de ces écarts est toutefois instructive. « Ils sont liés pour partie aux tolérances de dimensionnement sur les tôles d’acier et les soudures, commente Frédéric Baudson, directeur commercial de Viry. Pour une autre partie, ils s’expliquent par les variations de comportement de la liaison sol-structure (raideurs d’appuis). Ils confirment aussi l’intérêt des coefficients de sécurité. » Pour augmenter le confort de cheminement sur les passerelles, des amortisseurs dynamiques accordés ont été introduits dans des réservations intégrées dans les caissons de l’arc.

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ENCADRE

Fiche technique

Maître d’ouvrage : communauté urbaine de Strasbourg

Maîtrise d’œuvre : Emch Berger (mandataire, BET) ; Dietmar Feichtinger Architecte ; Werkraum Wien Ingenieure (bureau d’études structure).

Entreprises : groupement Bilfinger Berger (mandataire, gros œuvre) ; Viry SA (structure acier) ; Meurant (électricité).

Coût : 7,58 millions HT.

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