Technique et chantier

Ouvrage d’art Le viaduc de la Grande Ravine achève la route des Tamarins

Mots clés : Acier - Béton - Réseau routier - Travail

La dernière brèche de la route qui doit désengorger l’île de La Réunion vient d’être franchie avec le clavage du viaduc de la Grande Ravine. Un tablier d’acier posé sur des bracons de béton pour franchir une ravine profonde de 170 m. Les étapes du lançage des demi-tabliers

La « fine lame métallique lancée au-dessus du vide », imaginée par l’architecte Alain Spielmann en 2001, est aujourd’hui une réalité. Les deux demi-tabliers en acier du viaduc de la Grande Ravine viennent de se rejoindre. Cette construction mixte acier-béton est l’un des quatre ouvrages d’art exceptionnels de la route des Tamarins construite à flanc de colline sur la côte ouest de l’île de La Réunion. Ce nouveau lien de 34 km entre Saint-Paul au nord et L’Etang-Salé au sud, permettra de décharger la route côtière en permanence saturée.

Ce viaduc de 288 m franchit une brèche profonde de 170 m dont les flancs très escarpés abritent une faune et une flore protégées. Il n’était donc pas question de prévoir un appui en fond de ravine, ni d’envisager la pose d’un échafaudage. L’ouvrage ne pouvait pas non plus être haubané ou suspendu car il aurait alors constitué un danger pour les oiseaux nichant dans la ravine, en particulier l’espèce protégée des puffins de Baillon. L’équipe de maîtrise d’œuvre Setec TPI/Alain Spielmann a donc proposé de lancer depuis les rives deux demi-tabliers métalliques s’appuyant sur des bracons.

Culées encastrées dans la paroi

Comme le terrain est très hétérogène, présentant des bancs alternatifs de roches basaltiques et de matériaux scoriacés, le choix a été de ne pas descendre trop bas. Ainsi, ont été créées dans les flancs de la paroi des culées encastrées formant contrepoids dans lesquelles sont ancrés les bracons en béton précontraint inclinés de 19° sur l’horizontale. Ces deux doigts tendus supportent le tablier métallique qui voit ainsi sa travée centrale réduite à 140 m.

Tandis que l’entreprise Dodin Campenon Bernard (Vinci Construction) achevait les travaux de génie civil (voir « Le Moniteur » du 28 décembre 2007, p. 38), Eiffel s’attelait à l’assemblage du tablier. Haut de 4 m et large de 20 m, celui-ci a été décomposé longitudinalement en 24 tronçons de 8,30 m à 13,90 m de long, eux-mêmes découpés en 12 éléments fabriqués à l’usine Eiffel de Lauterbourg (Bas-Rhin) et transportés par bateau d’Anvers à La Réunion. Chaque demi-tablier a été reconstitué sur une plateforme d’assemblage et de soudage, en arrière des culées.

Avant de procéder au lançage des demi-tabliers, des tirants provisoires ont été mis en œuvre pour être tendus au fil des étapes et soulager les bracons. Reliant la tête des bracons au sommet des culées et mis en tension progressivement, ils ont permis de limiter le moment dans le bracon jusqu’au clavage et à la mise en tension des tirants du tablier ancrés dans le contrepoids enterré qui prolonge la culée.

Commencé en septembre, le lançage du tablier s’est décomposé en six phases pour chaque demi-tablier, permettant à chaque étape d’avancer de 20 à 50 m pour parcourir au total les 195 m séparant la plateforme de montage du centre de l’ouvrage. Si chaque opération de lançage n’a guère duré plus d’une journée, des phases d’arrêt entre deux mouvements étaient nécessaires pour continuer l’assemblage des caissons métalliques à l’arrière, poser les appuis de lançage sur lesquels devait glisser l’ouvrage et mettre en tension les tirants provisoires les uns après les autres.

Au terme du troisième lançage, le demi-tablier est venu accoster en tête de bracon, sur l’appui provisoire constitué de deux rangées de quatre vérins surmontés de patins de glissement.

Avant d’entamer le quatrième lançage, le sabot en acier de 30 tonnes destiné à assurer la liaison entre le tablier et l’appareil d’appui en tête de bracon a été posé à son emplacement définitif sur une passerelle de mise en place, tant que l’espace était accessible (voir schémas pages précédentes). Il ne sera soudé au tablier qu’après la fin du clavage de celui-ci. Au terme du sixième lançage, les demi-tabliers se sont rejoints au centre de l’ouvrage. Celui de la rive gauche est arrivé le premier, rejoint par l’autre demi-tablier, équipé d’une passerelle pour accéder à la face inférieure du tablier au moment du soudage. Il s’est positionné 70 cm en dessous puis, en jouant sur les vérins des appuis provisoires en tête de bracon et sur la culée, les deux éléments ont été mis à niveau.

Le lançage devait être terminé avant le début de la saison cyclonique, dans les premiers jours de décembre. Il s’est achevé fin octobre, avec trois semaines d’avance sur le planning prévisionnel. Le clavage a alors pu commencer. Deux semaines de soudage pour assembler les tôles (enveloppe du tablier, parois intérieures des caissons et raidisseurs). Il restera ensuite à transférer les appuis provisoires vers les appuis définitifs et à détendre progressivement les tirants provisoires tout en mettant en tension les tirants définitifs à l’intérieur du tablier. L’ouvrage sera livré fin mars 2009.

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ENCADRE

Les étapes du lançage des demi-tabliers

Les caissons d’acier sont assemblés en arrière des culées en béton.

Les sabots de liaison entre le bracon et le tablier sont posés sur l’avant du tablier, avec leur passerelle de mise en place (1). Ils y restent jusqu’à l’accostage du tablier sur le bracon (3).

La passerelle est alors fixée sous l’extrémité des béquilles en béton et les sabots posés en about de bracon. Ils seront soudés au tablier après le clavage de celui-ci. Pendant le lançage, le tablier est tiré par deux vérins creux et glisse sur des appuis à grain avec patins de glissement (2).

Des tirants provisoires entre la culée et l’extrémité du bracon sont progressivement mis en tension.

Avant le cinquième lançage, 630 tonnes de lest sont placées à l’arrière du tablier afin d’équilibrer les charges (4).

L’appui de lançage à l’extrémité du bracon est constitué de deux rangées de quatre vérins d’une capacité de 400 kN chacun (5).

ENCADRE

Fiche technique

Maître d’ouvrage : région Réunion.

Maître d’œuvre : groupement Setec TPI/A. Spielmann Architecte.

Entreprises : groupement Dodin Campenon Bernard (mandataire), génie civil/Eiffel, charpente métallique. Confortements/creusement puits : Stips. Armatures : SAMT. Précontrainte : Freyssinet. Etanchéité/chaussée : Eurovia.

BET : Greisch Ingénierie, études générales et études d’exécution du lot métal. Tremblet, études d’exécution génie civil.

Montant du marché : 42 millions d’euros HT.

Durée du chantier : 32 mois.

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