Enjeux Travaux publics

« NGE a su garder son esprit de conquête »

Mots clés : Travaux publics

Le groupe français vient de mettre un pied dans le bâtiment. Son patron voit encore plus loin.

Antoine Metzger, président du directoire de NGE

Vous venez de finaliser votre rapprochement avec l’entre prise de bâtiment Cardinal Edifice (100 millions d’euros de chiffre d’affaires, 500 salariés).

Quelles ambitions avez-vous dans le bâtiment ?

En nous mariant avec Cardinal Edifice, nous quittons notre statut de « pure player des TP » pour devenir une entreprise de BTP. Avec un petit « B » pour le moment, mais qui ne demande qu’à grandir ! J’ai confiance en la croissance de ce secteur qui semble avoir touché le fond, et les politiques publiques s’inscrivent plutôt dans une relance de la dépense par le bâtiment. Le rapprochement avec Cardinal Edifice s’inscrit dans notre approche multimétier. L’idée est de répondre à des offres globales, toujours plus nombreuses, sur des programmes où il y a beaucoup de VRD et du bâtiment – typiquement des grands centres commerciaux.

Aujourd’hui, nos concurrents ont choisi de séparer le « B » et les « TP ». Nous allons faire le contraire et montrer que ça marche aussi !

Vous parlez d’un mariage plutôt que d’une acquisition…

Oui, car bien que Cardinal Edifice devienne une filiale à 100 % de NGE, l’idée de mariage est plus proche de la réalité. Comme nous l’avons fait par le passé avec Siorat (travaux routiers) et TSO (travaux ferroviaires), il s’agit d’un processus doux au cours duquel les hommes qui constituent les chevilles ouvrières de cette entreprise familiale vont rester à nos côtés pour l’intégrer à notre dispositif. Le rapprochement n’est pas à sens unique. Géographiquement, Cardinal Edifice nous ouvre les portes du Grand Ouest, où nous sommes encore peu présents, et nous lui ouvrons celles de la région Paca et du Grand Paris, où nous pourrons faire jouer à fond les synergies lorsque les opérations autour des gares sortiront. L’objectif est de multiplier par 2,5 le chiffre d’affaires de Cardinal Edifice d’ici à cinq ans.

9 000 collaborateurs avec l’effectif de Cardinal Edifice.

Ces dernières années ont été funestes pour les TP mais vous avez continué à croître. Comment l’expliquez-vous ?

Trois éléments majeurs expliquent que nous avons réussi là où les autres ont eu plus de difficultés. Il y a d’abord un effet « mécanique » qui joue en notre faveur par rapport aux majors : il est plus facile de gagner un point de croissance lorsqu’on pèse 3 % du marché que lorsqu’on en pèse 30 % ! Le deuxième tient dans la pertinence de nos choix stratégiques. Contrairement à certains de nos grands concurrents qui ont pensé qu’il n’y avait d’espoir qu’à l’international, nous avons toujours eu la volonté de nous développer et d’investir en France. L’international a certes beaucoup de vertus, mais il ne pèse que 12 % chez NGE, l’objectif étant d’atteindre les 15 %. Rester centré sur un objectif français permet de galvaniser les énergies et de mobiliser les troupes ! Nos collaborateurs trouvent davantage de sens à un projet qui fait le choix d’un avenir ici, dans un contexte où l’entreprise va continuer à grandir.

Quel est le troisième facteur de votre réussite ?

Nous avons su garder notre esprit d’entrepreneur et l’humilité qui l’accompagne. Lorsqu’on est humble, on accepte de prendre des risques car on les a raisonnablement mesurés et on est capable de mobiliser toute son énergie. Sans arrogance, nous avons su conserver notre esprit de conquête. J’ai intégré NGE il y a 26 ans, et cela fait 26 ans que nous avons le couteau entre les dents ! Tout comme pour le bâtiment, les travaux ferroviaires ou routiers, nous avons récemment démarré une activité dans les travaux souterrains. Nous avons identifié un marché prometteur, retroussé nos manches, mesuré les risques, puis décidé d’y aller. Nous avons embauché des personnes compétentes, mis en place des équipes, des formations…

… et obtenu le marché de réalisation d’un tunnel sur la ligne 15 sud du Grand Paris Express.

Exactement ! L’addition de notre connaissance du marché français, de notre volonté commune d’entreprendre avec Demathieu Bard Construction, et de la connaissance technique dans le forage au tunnelier de nos deux partenaires européens, Impresa Pizzarotti et Implenia, a fait des miracles !

C’est l’occasion pour nos filiales Guintoli, GTS et NGE GC – qui fait désormais partie des plus grands génies civilistes avec environ 200 millions d’euros de chiffre d’affaires – de diversifier et de compléter leurs savoir-faire.

Souffrez-vous dans vos métiers historiques (terrassement, canalisations, routes) ?

Oui, nous sommes ici logés à la même enseigne que les autres entreprises du secteur et avons subi les coupes franches dans le budget d’investissement des collectivités locales. Mais nous n’avons pas baissé les bras et avons trouvé des relais de croissance. Par exemple, nous ne pouvions pas laisser passer l’opportunité du Plan France très haut débit, qui est le plus gros projet d’infrastructures du moment (13 milliards d’euros de travaux d’ici à 2021). Alors nous avons appliqué la même recette que pour les travaux souterrains. Résultat : nous avons gagné le premier contrat de concession pour le déploiement de la fibre, en Alsace, contre Orange et SFR, en proposant un business model différent, fondé sur la valeur ajoutée que nous apportions en tant que constructeur. Ce marché nous permet d’offrir aux collaborateurs de notre filiale canalisations EHTP qui le souhaitent des possibilités de se reconvertir. Plus généralement, nous multiplions les passerelles entre nos métiers. Ceci nous permet de rester agiles, et nos collaborateurs apprécient que nous nous mobilisions pour sauvegarder leurs emplois.

Vos actionnaires adhèrent-ils à vos convictions sociales ?

Evidemment, car ceux qui nous demandent des comptes travaillent dans l’entreprise : NGE a la chance d’appartenir à 63 % à ses dirigeants et collaborateurs. Ils nous mettent la pression, mais celle-ci est plutôt d’ordre patrimonial et social que financier. Il s’agit donc d’une pression vertueuse !

Comment abordez-vous votre avenir proche ?

Avec sérénité ! Notre carnet de commandes atteint aujourd’hui des niveaux records (1,8 milliard d’euros), avec des affaires à court, moyen et long termes. Sur ces dix dernières années, notre croissance a été assurée pour moitié en organique, pour moitié par acquisition. Nous n’avons pas de boulimie particulière, mais une vraie volonté de continuer à nous développer. La diversification permet de préparer l’avenir en élargissant notre palette de métiers, et nous prouvons que, depuis toujours, nous faisons partie d’une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Lire l’interview intégrale d’Antoine Metzger sur www.lemoniteur.fr/nge

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