Technique et chantier

Musée Une collection d’art brut habillée de béton matricé

Mots clés : Architecte - Architecture - Béton - Manifestations culturelles - Produits et matériaux - Second oeuvre

Calepinage, banchage, coulage, décoffrage, finition… Pour concevoir et réaliser l’extension en béton du musée d’art moderne Lille Métropole, architectes et entreprises ont soigné minutieusement chacune des étapes.

Le musée d’art moderne Lille Métropole, implanté depuis 1983 dans le parc du Héron à Villeneuve-d’Ascq (Nord), peaufine ce mois-ci le clos/couvert de son extension de 3 200 m2, projetée par l’agence parisienne Manuelle Gautrand Architecte. Les façades particulièrement soignées en béton gris clair, brut de décoffrage, doivent encore recevoir l’application « d’une lasure aux reflets irisés », dont « les propriétés hydrofuges, fongicides et antigraffiti permanent ont été composées sur mesure par le fabricant français Guard Industrie », indique Yves Tougard, architecte associé à l’agence Gautrand pour la phase chantier (voir aussi page suivante).

Le chantier ne s’achève pas là pour autant, puisque les travaux d’aménagement intérieur se poursuivent jusqu’au printemps prochain, avant l’installation progressive des œuvres et l’arrivée du personnel. L’ouverture de l’établissement ainsi étendu devrait intervenir fin 2009.

Bâtiment lové

Pour le maître d’ouvrage Lille Métropole communauté urbaine (LMCU), l’un des objectifs de l’extension était de « composer au plus juste avec l’architecture de Roland Simounet », auteur du bâtiment existant, inscrit en 2000 par le ministère de la Culture et de la Communication à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH). « Ce qui nous a surpris et séduit dans le projet que Manuelle Gautrand a présenté au concours en 2002, c’est que l’extension n’était pas séparée du bâtiment originel, mais elle l’enserrait », se rappelle Fabien Mauroy, directeur du service maîtrise d’œuvre à LMCU, qui qualifie ce choix « d’audacieux ». L’extension vient donc « se lover », selon le verbe de l’architecte, sur les flancs nord et est de l’existant tel un bras et sa main (voir plan page ci-contre).

Lumière tamisée

Les « doigts de la main », disposés en éventail afin d’épouser les courbes de niveaux du terrain, accueillent de nouvelles salles d’exposition, notamment celles consacrées à la collection L’Aracine, riche de plus de 4 500 œuvres d’art brut. Les espaces y sont à la fois extravertis, car de grandes baies vitrées (7,75 x 5,65 m) s’ouvrent sur le paysage alentour ; et introvertis, car ces mêmes baies tamisent la lumière grâce à des moucharabiehs en béton disposés à 70 cm en avant des vitrages. Ces moucharabiehs sont perforés sur 30 % de leur surface, de manière à ce que le niveau d’éclairement intérieur ne dépasse pas les 60 lux. Un dispositif destiné à protéger les œuvres d’art brut aux matières souvent fragiles. Par beau temps, les rayons du soleil semblent filtrer comme à travers une paroi végétale. « Nous avions parfois jusqu’à 150 mètres linéaires de façade, commente Yves Tougard, alors pour lui donner du rythme nous avons élaboré ces motifs abstraits qui s’agrippent au béton comme une vigne vierge. »

Maîtrise d’ouvrage : Lille Métropole communauté urbaine.

Maîtrise d’œuvre : Manuelle Gautrand Architecte (Yves Tougard, architecte associé phase chantier) ; Khephren, consultant structure.

Principales entreprises : Tommasini Constructions (clos couvert, parachèvement), Betsinor (préfabrication BFUP), Loison (charpente métallique, menuiserie extérieure et métallerie), Smac (couverture, étanchéité).

Surface utile : 2 700 m2.

Coût de construction : 17 millions d’euros TTC (valeur 2000).

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ENCADRE

Trente-deux motifs combinés structurent l’enveloppe

Deux techniques ont été utilisées pour l’enveloppe minérale de l’extension. Pour les murs de façade : 2 400 m2 de voiles matricés de 30 cm d’épaisseur en béton autoplaçant, coulés sur site par Tommasini avec sa filiale Aubrun, groupe régional de gros œuvre. Pour les protections solaires de baie vitrée : 250 m2 de panneaux ajourés de 9 cm d’épaisseur en béton fibré ultra-performant (Ductal de chez Lafarge), préfabriqués non loin de Lille dans les ateliers de Betsinor, filiale de Rabot Dutilleul spécialisée dans les ciments composites. La principale difficulté des équipes travaux a été la matrice des voiles béton, composée d’une combinaison aléatoire de 32 motifs qui se retournent dans les angles. « Nous n’avions pas deux voiles identiques alors il a fallu réaliser des coffrages sur mesure en bois », indique Franck Vandenborre, responsable du chantier pour Tommasini, qui se souvient d’avoir travaillé trois semaines à la mise au point d’un coffrage de 12 m de hauteur avec Patrick Madani, chef de chantier d’Aubrun. Un travail de précision accentué par la nécessité de raccorder les motifs des voiles à ceux des panneaux préfabriqués. Un défi relevé par les compagnons que tiennent à saluer les chefs de chantier.

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