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Mieux connaître les polluants pour améliorer la qualité de l’air

Mots clés : Droit de l'environnement - Qualité de l'eau, de l'air et du sol

L’air que nous respirons dans nos habitations renferme un véritable cocktail de polluants toxiques ou allergisants. L’amélioration de sa qualité passe par une meilleure connaissance des polluants et de leurs sources.

Cinq cents litres ! C’est à peu près le volume d’air brassé chaque heure par nos poumons à l’intérieur des environnements clos ou semi clos que nous fréquentons en moyenne 22 heures sur 24 : logements, lieux de travail, écoles, commerces ou transports. Cet air – et surtout les substances qu’il contient – peut induire des effets plus ou moins graves sur le confort et la santé. Depuis la gêne passagère, jusqu’à l’apparition de pathologies respiratoires ou cutanées par ailleurs en pleine recrudescence : asthme, eczéma, etc.

Les conséquences directes de la pollution intérieure sur la santé restent cependant mal connues. Le lien doses/effets, entre l’exposition aux polluants et le développement d’une maladie, est encore en effet insuffisamment étudié et la contribution directe de la qualité de l’air intérieur dans le développement ou l’aggravation de certains troubles reste à évaluer. A côté d’intoxications aiguës (monoxyde de carbone), l’exposition continue à de faibles doses de polluants peut entraîner de lourdes conséquences sanitaires. Bref, la qualité de l’air intérieur est désormais une préoccupation de santé publique avérée, surtout vis-à-vis des enfants et des personnes âgées ou immunodéprimées.

Des polluants à foison

Gazeux ou particulaires, d’origine chimique, physique ou biologique ; la pollution intérieure se caractérise par un large spectre de polluants. Si l’air extérieur en constitue le réservoir privilégié, ceux-ci sont également présents – en quantité et en concentration souvent plus élevées – à l’intérieur qu’à l’extérieur ! A qui la faute ? Aux occupants et à leurs activités, mais aussi au bâtiment, à ses matériaux et équipements. Alors quels sont ces polluants ? Sans être exhaustif, on y retrouve le monoxyde de carbone (CO), les composés organiques volatils (COV) tels que le benzène ou les éthers de glycol, les aldéhydes et formaldéhydes, sans négliger les déjections d’acariens ou de blattes, le radon, les moisissures liées à une humidité excessive, les poils d’animaux, les fibres minérales, etc. Si les pollutions extérieures et intérieures se surajoutent, elles peuvent aussi se recombiner pour créer des polluants secondaires aux effets encore moins documentés…

D’autres causes sont à rechercher du côté de l’entretien parfois défaillant des réseaux aérauliques ou des performances des menuiseries extérieures qui, entraînant une étanchéité croissante des habitations, a favorisé l’apparition de condensations et de moisissures ! Ainsi, selon l’Association des industries de produits de construction (AIMCC), l’air des espaces clos est aujourd’hui trois fois moins renouvelé qu’il y a trente ans ! La nécessité d’économiser l’énergie a souvent été confondue avec l’étanchéité à l’air du bâtiment…

Les matériaux de construction sur la sellette

L’utilisation croissante de matériaux de synthèse et de produits chimiques, désormais omniprésents dans les composants de la construction, est venue amplifier cette pollution intérieure. Ainsi, les peintures, colles, panneaux de bois et autres produits d’entretien constituent des sources de pollutions variées encore peu documentées. De fait, les données précises sur leur composition et/ou l’émission de substances chimiques, physiques et microbiologiques sont rarement disponibles ou accessibles. L’instauration d’un système d’information fiable et comparatif sur la composition et le comportement des matériaux de construction reste à mettre en place. A quand la possibilité, pour les utilisateurs finaux ou les prescripteurs – dans le cadre d’une démarche HQE – de sélectionner produits et matériaux sur la base de critères sanitaires et environnementaux objectifs ?

D’où l’initiative du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) d’assortir la procédure d’Avis Technique (ATec) d’un volet d’évaluation de ces caractéristiques pour les vingt familles de produits concernées par la procédure d’ATec. Au terme d’une évaluation conforme à la norme expérimentale XP P-01-010 (« qualité environnementale des produits de construction ») il deviendra ainsi possible de privilégier des matériaux à faible niveau d’émissions de COV, d’odeurs, ou bien ne favorisant pas les développements bactériens ou fongiques (champignons). Reste que si la procédure est bien opérationnelle, les industriels ne se bousculent pas pour s’y soumettre : quatre dossiers seulement ont été instruits en 2003 !

POUR EN SAVOIR PLUS

– Observatoire de la qualité de l’air intérieur, www.air-interieur.org

– Réseau recherche santé environnement Intérieur, http://rsein.ineris.fr

– Agence française de sécurité sanitaire environnementale, www.afsse.fr

– Salon et congrès Airodeur-Eurodeur-Biorodeur (dépollution extérieure et intérieure), www.eurodeur.com

– « Guide pratique : santé et prévention, vivre c’est respirer », www.ademe.fr

– « Les substances dangereuses dans les poussières du logement : des indicateurs de l’exposition chimique dans l’environnement domestique. »

A télécharger sur www.greenpeace.fr

– « La pollution intérieure des bâtiments, la connaître pour la prévenir. Guide pour les particuliers et les professionnels. » Publié aux éditions Weka, www.weka.fr

– « Le guide de l’habitat sain », par Suzanne et Pierre Déoux. Editions Medieco, www.medieco.info

PHOTO : La qualité de l’air intérieur est désormais une préoccupation de santé publique avérée, surtout vis-à-vis des enfants et des personnes âgées ou immunodéprimées.

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700 logements au crible!

Sans information, pas de prévention ! Le manque de données disponibles sur la qualité de l’air intérieur dans les logements constitue un frein à la définition de mesures préventives. D’où l’enquête nationale lancée en décembre dernier pour dresser un « état des lieux » dans le domaine. Précédée en 2001 par une enquête pilote sur 90 logements et 9 écoles, l’enquête 2003 concerne 700 logements tirés au sort, répartis sur 55 départements et 74 communes. Les polluants analysés ont été choisis en fonction de leur dangerosité, de leur fréquence d’apparition et de leur impact sur la qualité de l’air. Les mesures sont complétées par des questionnaires détaillés sur les bâtiments, leur environnement et les activités des occupants. La campagne pilote conduite en 2001 avait montré que, contrairement à la croyance, l’air intérieur est autant sinon davantage pollué que l’air extérieur ! Premiers résultats attendus pour la fin 2004.

PHOTO : L’enquête nationale, lancée en décembre dernier, devrait donner ses premiers résultats pour la fin de l’année.

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L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur

Cet organisme fournit des données scientifiques pour l’évaluation des risques sanitaires et leur gestion sur les moyens et longs termes. Créé en 2001, il est financé par les ministères chargés du Logement, de la Santé, de l’Environnement, ainsi que par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), dans le cadre d’un programme national de recherche sur la santé dans les bâtiments, en liaison avec l’Afsse (Agence française de sécurité sanitaire et environnementale). Présidé par Andrée Buchmann, il dispose d’un conseil scientifique présidé par Bernard Festy.

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«Cerner les causes de la pollution intérieure»

Séverine Kirchner, Observatoire de la qualité de l’air intérieur, coordinatrice scientifique et responsable de projet. Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

«Tout comme les usagers des bâtiments, les professionnels de la construction sont des acteurs directs du niveau de pollution dans les bâtiments qu’ils conçoivent, mettent en oeuvre, équipent ou entretiennent. La campagne lancée fin 2003 de l’Observatoire de la qualité de l’air Intérieur permettra d’obtenir des données sur la nature et les niveaux de pollution intérieure ainsi que sur la typologie des bâtiments et des ménages. Ceci en vue de mieux définir les responsabilités des uns et des autres dans le champ des risques sanitaires liés à une mauvaise qualité de l’air intérieur. Cette campagne permettra également aux propriétaires, aux maîtres d’oeuvre et d’ouvrage, ainsi qu’aux industriels de la construction, de cerner les causes de la pollution intérieure et les remèdes associés. Les résultats serviront à faire évoluer la réglementation, à élaborer des recommandations sur les produits de construction, de décoration, d’aménagement, ainsi que sur les équipements du bâtiment. Sans oublier les outils d’aide à la mise en place de politiques de prévention : guides de conception, de conseil, formation des acteurs de la construction, etc.»

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