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Michel Roulleau «La crise renforce la mission sociale des architectes»

Mots clés : Architecte - Architecture - Assurances - Démarche environnementale - Développement durable - Formation continue - Information - communication - événementiel - Protection sociale - Rénovation urbaine

A l’occasion du 39e congrès de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa), Michel Roulleau aborde l’impact de l’actualité économique sur la profession, le rôle social de l’architecte et les dossiers en cours : formation initiale, assurance maladie complémentaire, relèvement des honoraires.

Le prochain congrès de l’Unsfa se tiendra à Toulouse les 20 et 21 novembre. « La réponse des architectes au développement durable » en est le thème central. Pourquoi ?

L’architecte est l’un des principaux acteurs dans la dynamique du développement durable. Il réduit l’impact environnemental des bâtiments, leurs coûts de fonctionnement et améliore le confort de vie des habitants. Notre responsabilité est notamment sociale : plus d’architecture, c’est plus d’humanité. Nous avons le devoir de réaliser des lieux dans lesquels les gens ont le plaisir de vivre sans hypothéquer l’avenir de leurs enfants. L’architecture écologique n’est d’ailleurs pas une nouveauté. De nombreux architectes travaillent dans ce sens depuis longtemps. Elle a simplement un nouvel écho du fait du Grenelle de l’environnement. Michèle Pappalardo, commissaire générale au développement durable au ministère de l’Ecologie, viendra d’ailleurs débattre avec nous à notre congrès de cette actualité.

La crise financière et maintenant économique ne va-t-elle pas ruiner les efforts des architectes en matière d’écologie ?

Bien au contraire. La conjoncture économique actuelle renforce la mission sociale des architectes : construire des bâtiments confortables accessibles à tous les budgets, à basse consommation, et dont les utilisateurs pourront supporter les coûts de fonctionnement. En deux mots : construire durable. Cette crise doit être l’occasion de nous replacer dans une dynamique d’économie globale. Un surcoût d’investissement ne doit pas bloquer une construction s’il représente une économie à l’usage. Charge aux professionnels que nous sommes d’innover et d’expérimenter pour limiter ces surcoûts.

Quelles recommandations pratiques faites-vous à vos confrères qui vont affronter la crise économique ?

Le contexte difficile dans lequel nous entrons signifie que les architectes doivent s’adapter d’urgence au marché : concevoir des bâtiments à basse consommation, rénover thermiquement le bâti existant, le rendre accessible aux handicapés…, répondre aux attentes nouvelles des collectivités locales en matière d’aménagement urbain figurent parmi les missions complexes pour lesquelles les architectes, qui ont une vision globale du bâti et de la ville, sont particulièrement attendus. Deux points doivent être soulignés. D’une part, la formation continue aux nouvelles réglementations, aux techniques de construction, et à la démarche qualité au sein de l’agence sont indispensables à l’accomplissement de notre métier. D’autre part, face à la complexité croissante du métier et à la multiplication des performances à atteindre, nos confrères ne doivent pas brader le montant de leurs honoraires ; bien au contraire, leurs clients devraient facilement comprendre que le surplus d’honoraires qui permet de meilleures études rapporte dix ou vingt fois plus en termes de confort et d’économies permanentes, et conduit même à une meilleure productivité des activités dans les bâtiments créés.

Pourquoi le coût global réclamé depuis le milieu des années 1990 pourrait-il devenir une réalité en période de crise financière ?

Ce sera une réalité si l’on cesse de raisonner en séparant les budgets d’investissement et d’exploitation. Et la crise financière doit nous faire réfléchir autrement pour sortir de cette pratique ancestrale, qui ne correspond plus à nos modes de vie. Investissement et exploitation ne font plus qu’un, désormais, en matière de construction. Construisons ce nouveau modèle économique pour les bâtiments, les villes, les transports, l’aménagement des territoires… Cela nécessite des hommes et femmes politiques courageux. Le vote à la quasi-unanimité de la loi sur le Grenelle de l’environnement est un signe fort et encourageant dans ce sens.

Les architectes, dotés de très petites structures professionnelles, sont-ils prêts à faire des bâtiments de plus en plus complexes, bioclimatiques, à énergie positive… ?

Un architecte travaillant seul n’est pas nécessairement un architecte isolé. Localement, il est lié au reste de la profession par les organisations professionnelles, à l’évolution des techniques et règles professionnelles par la formation continue, par les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui lui permettent de travailler en groupe. Mais l’avenir de la profession est sans doute dans l’entreprise d’architecture pluridisciplinaire.

La loi Handicap illustre cette complexité du métier. Comment la profession digère-t-elle ces nouvelles contraintes ?

L’application de cette réglementation est indispensable et complexe, les textes et les interprétations, au sein même des commissions consultatives, se contredisant parfois. La dalle podotactile, avertisseur d’obstacle, provoque parfois la chute de personnes âgées. Au-delà de cet exemple, notre responsabilité est forte dans cette évolution des exigences réglementaires. Même justifiées, elles nécessitent que nos honoraires soient relevés en conséquence. A ce propos, le conseil des architectes européens met en place un groupe de travail intitulé « Information et systèmes de coûts ». Il s’agit de construire une communication sur les coûts de prestations d’architecture.

L’Unsfa a été critiquée pour avoir participé à rendre obligatoire un opérateur d’assurance complémentaire santé unique au sein de la profession. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’est un vrai progrès pour les salariés de notre profession, qui bénéficient maintenant tous d’une complémentaire santé par le recours à une assurance mutuelle. Bien entendu, cette assurance pourra être améliorée dans le temps sous le contrôle du paritaire. L’Unsfa a déjà soumis certains points d’amélioration du dispositif, notamment concernant la situation des familles monoparentales, l’assiette de cotisation, les maladies orphelines… J’ajoute que les excédents éventuellement dégagés dans la gestion de cette complémentaire santé resteront la propriété de la profession. Ils pourront être consacrés à l’abaissement des cotisations et au relèvement des protections…

Vous avez élaboré le « carnet métier » pour aider les jeunes diplômés d’Etat à se préparer à l’exercice « en nom propre » du métier d’architecte. Avez-vous réussi à le faire accepter dans les écoles d’architecture ?

Le carnet métier connaît un vrai succès au sein des pays de l’Union européenne et au Canada. La ­Direction de l’architecture du ­ministère de la Culture en a repris la structure comme cadre général de la formation pour l’ « habi­litation à exercer la maîtrise d’œuvre (HMO) ».

L’Unsfa est invitée dans les écoles d’architecture à présenter ce carnet métier qui, rappelons-le, regroupe les « fondamentaux » pour l’exercice pratique de la profession. En revanche, cette formation HMO en six mois reste un handicap majeur pour préparer les jeunes à ce métier de plus en plus complexe, notamment vis-à-vis de nos voisins européens qui tablent sur deux ans de formation professionnalisante. C’est un point faible dans la reconnaissance internationale future des diplômes délivrés par le gouvernement.

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Chiffres-clés

29 400 architectes et agréés en architecture au 1er janvier 2008 (1/3 des inscrits a moins de 44 ans, 1/3 est dans la tranche des 45-54 ans et 1/3 a plus de 65 ans).

44 milliards d’euros de travaux réalisés en 2006 (source Maf 2006), soit 37,9 % de la production totale du bâtiment.

2/3 des travaux appartiennent au secteur privé.

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