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Métiers du plâtre et de l’isolation Les plaquistes jouent la haute technicité

Mots clés : Conjoncture économique - Démarche environnementale - Développement durable - Efficacité énergétique - Gestion des déchets - Information - communication - événementiel - Métier de la construction - Produits et matériaux - Réglementation technique - Second oeuvre

Alors que s’ouvrira les 8 et 9 octobre le 61e congrès de l’Umpi (Union des métiers du plâtre et de l’isolation, FFB), les professionnels s’attellent à deux défis de taille : la performance énergétique et le recyclage des déchets. L’organisation des chantiers pourrait s’en trouver profondément revue.

Les orientations réglementaires, notamment celles issues du Grenelle de l’environnement en faveur de l’enveloppe du bâtiment, renforcent la nécessité d’une isolation sans faille. Les professionnels du plâtre et de l’isolation (en congrès à Paris les 8 et 9 octobre) sont donc directement concernés, notamment pour structurer une « offre globale ». Pourtant, excepté quelques pionniers, l’intérêt pour cette nouvelle offre a tardé à se manifester. « Ce n’est pas lorsque les carnets de commandes débordent que l’on est le plus enclin à changer ses habitudes, décrypte Philippe Caillol, président de l’Umpi. Mais la crise est passée par là et aujourd’hui, les discours passent mieux, la capacité d’écoute est renforcée. » L’offre globale n’oblige pas à intégrer tous les savoir-faire. « Le B-A BA est de travailler et de proposer une offre en partenariat avec les autres corps d’état. Ce que font déjà naturellement les entreprises. »

Gestion au millimètre

Après des mois de sensibilisation, les choses sérieuses commencent. « La pratique va se mettre en place, se concrétiser, estime Philippe Caillol. Pour les entreprises, c’est aussi un nouvel argumentaire de vente à développer. Il faut vendre une prestation complète qui va au-delà de l’isolation, savoir expliquer et conseiller le client sur les crédits d’impôts dont il va pouvoir bénéficier. » Sur le chantier, les plaquistes devront se faire chasseurs de ponts thermiques. « Il faut passer d’une gestion au centimètre à une gestion au millimètre. » « Cela suppose d’intégrer les contraintes des autres corps d’état et de traiter attentivement tous les points de détails », assure Jérôme Figuière, ingénieur travaux chez Bourguignon-Le Sourne (groupe ABS). « J’encourage les entreprises à développer un vrai autocontrôle sur chantier, insiste Philippe Caillol. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront pour nous. » C’est un travail de longue haleine qui démarre. Les chemins comportementaux sont cahoteux. On touche aux réflexes, aux habitudes des poseurs… En quelque sorte, il s’agira de généraliser les méthodes de pose utilisées pour les cloisons très techniques (acoustique, incendie.).

Vers un recyclage compétitif

Les professionnels devront repenser l’organisation de leurs chantiers : la décomposition en tâches unitaires simples pour augmenter la productivité n’est plus la mieux adaptée. Pour être efficace, la chasse aux ponts thermiques nécessitera de la polyvalence.

Autre sujet d’importance pour les plaquistes : le recyclage des déchets. « Aujourd’hui, les déchets de plâtre se retrouvent majoritairement, en mélange, dans les installations de stockage des déchets non dangereux », constate Jean-Yves Burgy, gérant de l’entreprise Recovering. Pour ce spécialiste du développement de filières de valorisation des matériaux, le recyclage des déchets de plâtre doit avant tout prouver sa pertinence économique. « C’est possible lorsque les prix d’enfouissement sont élevés. » Avec Placoplatre, Jean-Yves Burgy a développé une filière complète de recyclage en Rhône-Alpes qui, cette année, traitera 12 000 tonnes de déchets, soit 20 % du gisement de la région. La démarche va maintenant être généralisée à l’ensemble du territoire national.

Chez Veolia Propreté, qui présentera son offre de gestion des déchets du BTP au prochain salon Batimat (du 2 au 7 novembre à Paris), le plâtre est un sujet très particulier. « Pour pouvoir être recyclés, les déchets de plâtre doivent contenir moins de 5 % d’impuretés, explique Sébastien Roussel, responsable marketing entreprises. Sur un chantier, il suffit que quelques déchets de bois aient été déposés par erreur dans la benne réservée au plâtre et c’est toute cette benne qui peut être refusée. Nous travaillons avec les grands fournisseurs pour organiser la collecte. »

Découpes sur mesure

Reste que les meilleurs déchets sont ceux que l’on ne génère pas. « Pour limiter les découpes sur chantier, et par conséquent les déchets, nous souhaitons pouvoir disposer de plaques taillées à hauteur d’étage, demande Philippe Caillol. Si les prix restent raisonnables, toute la filière y gagne. » « Fabriquer des plaques sur mesure n’est envisageable que pour des volumes importants, précise Jean-Yves Burgy. Ne serait-ce que parce que chaque changement de régime produit intrinsèquement des déchets. » Pour des volumes plus faibles, quelques acteurs proposent la découpe sur mesure à partir de plaques de dimensions standard. Une solution qui pourrait rapidement trouver sa place dans la filière.

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« Nous devons réfléchir à de nouvelles offres »

PHILIPPE CAILLOL, président de l’Union des métiers du plâtre et de l’isolation, FFB.

Comment se porte la profession ?

Comme pour l’ensemble du secteur du bâtiment, l’horizon semble s’éclaircir. Mais les six prochains mois seront difficiles. Nous n’avons pas encore senti les effets du plan de relance. Ce n’est pas surprenant : il faut plusieurs mois pour lancer les dossiers et le plâtrier-plaquiste n’intervient que six mois après le démarrage du chantier. Pour l’heure, dans le neuf comme en rénovation, la baisse d’activité se traduit par des niveaux de prix alarmants. Et force est de constater que certains maîtres d’ouvrage abusent de la situation. Je ne jetterai jamais la pierre à un entrepreneur qui baisse anormalement ses prix pour remplir son carnet de commandes. Mais c’est une chose qu’il ne peut se permettre qu’une fois dans l’année.

Les accords dérogatoires dont vous bénéficiez permettent-ils d’amortir l’application de la loi LME ?

Les trésoreries de nos entreprises souffrent du raccourcissement des délais de paiement, surtout dans la conjoncture actuelle. Car dans la majorité des cas, nos clients n’ont pas raccourci les leurs. Bien sûr nous disposons d’accords dérogatoires. Mais cela n’empêche pas que certains fournisseurs, au prétexte que les assureurs-crédits ont abaissé leurs encours, ne livrent les chantiers qu’à condition d’être payés cash. Pour une entreprise qui ne dispose pas de fonds propres suffisants, c’est une condamnation à mort.

Avec la crise, les entreprises sont-elles plus enclines à revoir leur stratégie ?

Effectivement, ça n’est pas lorsque l’on est submergé de commandes que l’on est le plus enclin à revoir sa stratégie. Les difficultés conjoncturelles obligent à se poser des questions. Les dispositions réglementaires (Grenelle de l’environnement, accessibilité.) sont autant d’opportunités qu’il va falloir saisir. Ce qui suppose de s’organiser différemment, de travailler plus transversalement, de proposer de nouvelles offres. Notre congrès sera l’occasion d’y réfléchir et d’élaborer le plan de bataille de la profession pour les années à venir.

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Jérôme Figuière, ingénieur travaux chez Bourguignon-Le Sourne (groupe ABS) à Chasseneuil-du-Poitou (86)

« L’isolation devient la préoccupation numéro un de nos clients. Or, ils pensent qu’il n’y a pas de corps d’état spécifique pour réaliser cette prestation. C’est pourtant notre métier de base ! Il faut donc valoriser notre savoir-faire et peu à peu, faire évoluer nos habitudes de travail. Cela suppose d’intégrer les contraintes des autres corps d’état et mieux travailler avec eux. A l’heure actuelle, les entreprises, maître d’œuvre et maître d’ouvrage, ont encore une vision trop productiviste de chaque tâche. Personne n’adopte réellement une vision globale du chantier. Parallèlement, un effort particulier devra être fait pour mieux traiter chaque point de détail (incorporations, jointoiement, calfeutrement.). De substantielles économies d’énergie en découlent. »

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Jean-Yves Burgy, gérant de l'entreprise Recovering (conseil en développement de filières de valorisation des matériaux) à Paris

« L’enfouissement des déchets de plâtre tel qu’il se pratique encore majoritairement aujourd’hui n’est pas une solution pérenne, tant sur le plan économique qu’environnemental. Pour faire émerger des filières de recyclage, le critère numéro un est le prix. En Rhône-Alpes, cela a été possible car l’enfouissement est relativement cher. Avec Placoplatre, nous avons mis en place il y a trois ans une filière plus compétitive. A partir des points de dépose primaire, les déchets de plâtre sont envoyés vers des centres de tri où ils sont massifiés avant d’être envoyés vers l’usine Placoplatre de Chambéry. Cette année, tous gisements confondus, 12 000 tonnes vont ainsi être recyclées. Soit 20 % du gisement de la région. »

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En chiffres

280 millions de m2 de plaques sont posés chaque année.

70 à 90 euros la tonne de plâtre en entrée d’installation de stockage (TGAP comprise).

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