Autres Logement des seniors

Maintien à domicile : un marché de 24 milliards d’euros

Mots clés : Artisanat - Bâtiment d’habitation individuel - Grand âge

Le projet de loi pour l’adaptation de la société au vieillissement veut développer le maintien à domicile des seniors. Problème, les artisans ne se forment pas et laissent passer des opportunités d’affaires.

Quelque deux millions de logements pourraient être adaptés à la perte d’autonomie de leur occupant au cours des prochaines années selon un rapport de l’Agence nationale pour l’habitat (Anah). Cela représente 24 milliards d’euros de travaux potentiels. Cette situation concerne aussi bien le parc social – « 4 % de notre parc est adapté, ce taux doit passer à 10 % », indique Daniel Biard, président du comité exécutif de Polylogis – que le parc privé. Car les 55-65 ans sont la première génération à avoir vu leurs parents vieillir. Ils ont appris que pour rester indépendant, il faut anticiper. « De plus en plus de quinquagénaires me demandent de poser des douches à l’italienne, du carrelage antidérapant… », assure Ida Amo, créatrice de la société Lib’Accès.

Pourtant, les artisans ont du mal à se positionner sur le marché. « Pour eux, le vieillissement est lié au secteur médical. Ils ne pensent pas être concernés », décrypte Pierre-Marie Chapon, consultant à la SCET, une filiale du groupe Caisse des dépôts. Vu les enjeux, ils ont tort. « Le coût d’une opération oscille autour de 6 500 euros pour les travaux les plus fréquents, évalue Blanche Guillemot, directrice générale de l’Anah, qui a subventionné 15 000 travaux d’adaptation en 2014. En parallèle, nous profitons de l’intervention pour faire de la rénovation énergétique. De fait, la facture grimpe entre 17 000 et 20 000 euros. »

Apprendre à se coordonner avec d’autres professionnels

Le projet de loi relatif à l’adaptation de la société au vieillissement, débattu en première séance au Parlement, prévoit de mieux encadrer les résidences seniors et de lancer un plan d’adaptation de 80 000 logements porté par l’Anah d’ici à 2017. Un objectif insuffisant, mais censé donner une impulsion. Pour travailler dans ce secteur émergent, les artisans peuvent se former auprès de la Capeb ou de la FFB qui ont développé leur propre label. Objectif : informer les artisans et, surtout, rassurer les clients sur le sérieux du professionnel. « Un adhérent labellisé doit déposer un dossier chaque année et suivre une formation tous les trois ans pour faire le point sur les nouveaux matériaux et la réglementation », rappelle Gabriel Desgrouas, président de la Capeb de l’Eure. Par ailleurs, les entrepreneurs doivent se montrer pro-actifs. « La plupart des seniors ne savent pas exprimer leurs besoins, signale Olivier Vallée, responsable de marché chez Legrand. Les professionnels doivent se faire connaître en présentant leurs solutions, dans des foires locales par exemple. »
Il leur faut aussi apprendre à travailler avec des clients âgés, très centrés sur leur logement, avec leurs enfants, qui participent au débat, et avec un ergothérapeute, le prescripteur du chantier. Les solutions proposées devront être adaptées à chacun, en étant le moins médicalisées possible. Enfin, comme les chantiers sont souvent transversaux et touchent à la fois la plomberie, le réseau électrique, l’aménagement intérieur… les intervenants doivent se coordonner. Problème, personne ne pilote ces chantiers aujourd’hui. Les architectes ne se sont pas encore positionnés sur le créneau, mais certains s’organisent. « Depuis quatre ans, nous avons constitué un groupe de six entreprises labellisées pour intervenir ensemble sur les chantiers, explique Bruno Gabette, gérant de l’entreprise Blanchet, qui réalise 15 % de son chiffre d’affaires en adaptant des logements. Cela permet de connaître les impératifs des autres, de se comprendre. » Et aussi, d’acquérir de nouveaux clients par le biais de ses partenaires.

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Les constructions neuves s’adaptent aussi

Demain, un logement adaptable pourra peut-être faire pencher la balance lors d’une décision d’achat. La question du vieillissement est donc prise au sérieux par les promoteurs. « Depuis un an, nous avons lancé le “ socle technique universel dans une petite dizaine d’opérations immobilières. Cette solution nous permet de faire évoluer l’habitation en fonction des besoins de son occupant, indique Nathalie Watine, directrice générale logement France de Bouygues Immobilier. Par exemple, nous pouvons précâbler un logement pour y installer plus tard des éléments de domotique, comme des volets roulants. » D’autres misent sur les maisons de retraite d’un nouveau genre. GDP Vendôme a développé une résidence d’appartements de maintien à domicile nommée Villa Sully, à Annecy-Seynod (Haute-Savoie). Les logements sont bourrés de nouvelles technologies permettant de prévenir les risques liés à la dénutrition, les chutes ou la mauvaise observance médicamenteuse. Ces habitations évolutives se louent entre 1 344 et 1 714 euros par mois. Des montants conséquents, qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses. « A l’avenir, les pouvoirs publics vont sûrement donner l’impulsion pour développer des résidences seniors à vocation sociale », estime Olivier Trit, secrétaire général de Cerenicimo, spécialiste de l’immobilier d’investissement. Ces structures pourraient être construites loin des centres-villes, là où le foncier est moins cher.

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Michèle Delaunay, ancienne ministre des personnes âgées et de l’autonomie - « Les architectes ne sont pas suffisamment conscients des enjeux »

Un crédit d’impôt vise à aider l’adaptation d’un logement, mais les aménagements ciblés sont très médicalisés. Cela va-t-il évoluer ?

La liste des aménagements éligibles au crédit d’impôt devrait être étendue aux dispositifs de la domotique. Cela permettra aux personnes à faibles revenus d’accéder à des aides techniques d’assistance, comme le chemin lumineux, les volets automatiques, etc. Ce sont des outils de sécurisation. Des volets qui ne se lèvent pas le matin ou un frigidaire qui ne s’ouvre pas de la journée peuvent alerter s’ils sont connectés à un système de téléassistance.

Demain, les professionnels seront-ils obligés d’être labellisés pour travailler dans le secteur ?

Personnellement, j’aimerais que l’ensemble des dispositifs de la « silver economie » (économie au service des seniors, ndlr) soient labellisés. Cela permettrait d’obtenir une économie de la confiance. Plus une personne vieillit, moins elle réalise d’achats compulsifs. Elle devient plus regardante sur l’utilité d’un produit et sur son prix. Il faut la rassurer.

Les architectes s’intéressent-ils au secteur ?

Actuellement, ils répondent aux enjeux du vieillissement en construisant des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Les Ehpad ont beaucoup évolué ces dernières années, mais les architectes accusent un véritable retard sur l’adaptation du logement au vieillissement. Leur prise de conscience sur cet enjeu n’est pas suffisante. C’est dommage, car ils pourraient coordonner ces chantiers et devenir des conseillers très utiles.

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80 000

logements devraient être adaptés par l’Anah d’ici à 2017.

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23,5 millions

de Français auront plus de 60 ans en 2050 selon l’Insee. Ils sont un peu plus de 12 millions aujourd’hui.

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90 %

des Français préfèrent adapter leur logement plutôt que d’aller vivre en maison de retraite selon Opinionway.

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