Régions

LORRAINE La moitié des entreprises du bâtiment changera de mains d’ici à 2014

Mots clés : Cession d'entreprise - Entreprise du BTP

Préparer la succession, un défi à long terme

Les organisations professionnelles ne tirent pas encore le signal d’alarme, mais rappellent avec insistance les lois de la démographie : selon la Confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), le quart des 8 000 entreprises artisanales de Lorraine changera de propriétaire au cours des 10 prochaines années.

Une étude de la Fédération du bâtiment de Meurthe-et-Moselle évalue à 55 % le nombre de ses adhérents ayant dépassé 50 ans, contre une moyenne nationale de 50 %. Pour favoriser une transmission sans heurt, les deux organisations patronales lancent des campagnes de sensibilisation auprès des chefs d’entreprise et des repreneurs potentiels. « Dans le cas de sociétés unipersonnelles, l’artisan considère souvent que l’entreprise disparaîtra avec sa propre cessation d’activité », regrette Didier Lanquetin, responsable de la formation à la Capeb Lorraine. Le syndicat a lancé fin janvier au stade Picot de Nancy l’opération Relais du bâtiment, qui mobilise l’ANPE, les centres de formation des apprentis et les lycées professionnels pour favoriser la transmission des entreprises. Des candidats à la reprise peuvent se recruter parmi les demandeurs d’emploi présentant des compétences en gestion ou dans les métiers du bâtiment. La sensibilisation des lycéens et apprentis à cette idée favorisera l’émergence de projets à long terme. « Cette campagne, qui démontre aux jeunes que le bâtiment ne leur réserve pas exclusivement des postes de production, contribue à améliorer l’image du secteur », estime Didier Lanquetin.

La Meurthe-et-Moselle diffuse son expérience

« Notre rôle consiste à prévenir nos adhérents qu’il faut au moins cinq ans pour bien préparer une transmission », affirme Philippe Grange, directeur de la FFB 54. La fédération a activé dès 2002 le dispositif Transmibat élaboré sur le plan national pour assurer une interface entre les intervenants de la transmission : le cédant, les candidats à la reprise, les notaires, les conseillers juridiques et les banques. Des réunions thématiques ont couvert les aspects juridiques et patrimoniaux. La démarche s’étendra progressivement à l’ensemble de la Lorraine. Emanation de la FFB 54, l’Ecole supérieure des jeunes dirigeants, qui accueillera en septembre prochain sa cinquième promotion, propose une formation en alternance de 18 mois débouchant sur un diplôme homologué de niveau bac + 2.

«Il faut au moins cinq ans pour bien préparer une transmission.» Philippe Grange, directeur de la FFB 54.

Voir notre dossier «Transmission d’entreprise, un enjeu crucial pour le BTP», «Le Moniteur» n°5194 du 13 juin 2003, p.56.

ENCADRE

POINT DE VUE« J'exige des qualités morales »

Louis Herrmann, installateur sanitaire.

Le prix constitue rarement un obstacle majeur à la transaction, mais le maintien de la réputation de la société et le sort de collaborateurs préoccupent presque toujours le chef d’entreprise. « Nous avons créé en 1963 notre société de plomberie-sanitaire spécialisée dans le chauffage par le sol à basse température, implantée à Seichamps, dans la banlieue de Nancy. Il nous fallait un gars du métier connaissant cette technique.

Transmettant une clientèle fidélisée, j’exige également des qualités morales », indique Louis Hermann. Le candidat, un professionnel cherchant à s’établir, assurera de surcroît la reprise de l’unique salarié de la société. Respectivement âgés de 73 et 71 ans, l’artisan et son épouse feront enfin valoir leur droit à la retraite.

ENCADRE

POINT DE VUE« J'ai choisi un collaborateur de longue date »

Roger Maire, installateur sanitaire.

Synonyme de passation de pouvoir, la transmission conduit ses acteurs bien au-delà de la simple transaction commerciale. « J’ai créé mon entreprise de chauffage, sanitaire et maintenance voici 37 ans et je ne l’aurais jamais confiée à n’importe qui », affirme Roger Maire, gérant de la SARL Roger Maire qui emploie 9 salariés à Marly (Moselle). Agé de 60 ans, l’artisan, par ailleurs président de la Capeb de la Moselle, accompagnera durant quelques années le successeur de son choix, un collaborateur de longue date, entré dans l’entreprise en tant qu’apprenti à l’âge de 14 ans. D’autres entrepreneurs connaissent des phases de transmission bien plus difficiles : « Il y a ceux qui se mettent à chercher trop tard, ceux qui ne trouvent pas, alors même que l’entreprise est saine, et aussi, ceux qui trouvent… mais le candidat ne fait pas l’affaire ou les banques ne suivent pas », souligne Roger Maire.

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