Architecture Mixité

Logements et gymnase font ruche commune

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Établissements sportifs couverts - Logement social - Sport

A Paris (X ), un immeuble propose une version du « vivre ensemble » à des résidents et des sportifs.

Additionner 69 logements sociaux, un gymnase et un parking sur l’une des dernières grandes parcelles libres du Xe arrondissement de Paris, alors que 180 riverains entendaient soustraire à leur vue ce projet. Voici l’équation complexe posée en 2010 par le bailleur francilien ICF La Sablière et la Ville de Paris, et finalement résolue, six ans plus tard, par l’agence AAVP Architecture. L’opération a été nommée au prix d’architecture de l’Equerre d’argent 2016. « Le vivre ensemble compte beaucoup pour un bailleur social », souligne Hervé Fontaine, directeur du développement chez ICF La Sablière. De même pour l’architecte Vincent Parreira. Le fondateur de l’agence AAVP milite pour des espaces où les personnes se voient et se côtoient, « quitte à aller à l’encontre d’une manie contemporaine qui voudrait que la finalité d’une construction soit d’isoler totalement tout un chacun de la vue de l’autre ». Les logements et le gymnase bâtis à l’angle du passage Delessert et de la rue Pierre-Dupont témoignent de cette aspiration vers la vie en collectivité, dans le respect de l’intimité.

Susciter les échanges de regards et de paroles. L’entrée principale des résidents s’effectue par un hall vitré où intérieur et extérieur se prolongent. A l’instar des résidences de standing des années 1960-1970, le sol et les murs sont habillés de marbre. Employer ce matériau, symbole de luxe, dans du logement social est un choix inhabituel, mais qui participe de la volonté d’offrir des prestations de qualité. Sa mise en œuvre ponctuelle a été rendue possible en économisant par ailleurs sur des matériaux laissés bruts. « L’arrivée jusqu’à chaque porte d’appartement est une promenade particulière », indique Vincent Parreira, qui se réfère aux parcours domestiques pittoresques du film de Jacques Tati, « Mon oncle » (1958). Les couloirs ont été supprimés au profit de coursives collectives et de passerelles individuelles, greffées à la façade sur cour. Outre le fait d’alléger le volume bâti, ces circulations aériennes suscitent aussi les échanges de regards et de paroles avec les voisins situés au-dessus, en dessous, à côté, voire en face. Et l’architecte d’évoquer les vis-à-vis d’Alfred Hitchcock dans le film « Fenêtre sur cour » (1954). Pas de promiscuité pour autant. L’immeuble de six étages prend ses distances avec les bâtiments en cœur d’îlot pour venir s’aligner sur rue, suivant un plan en L. Résultat : aucune courette fermée, mais un grand espace ouvert sur le ciel.

« Contribuer à vivre mieux à Paris. » Les appartements, du T1 au T5, sont tous traversants sur une longueur de 10,50 mètres. Chacun d’entre eux est prolongé, sur toute sa largeur côté cour et/ou côté rue, par un ou deux espaces extérieurs privatifs : terrasse et loggia aux premier et dernier étages, loggia aux étages intermédiaires. « Ces surfaces supplémentaires de 10 à 25 m² contribuent à vivre mieux à Paris », estime l’architecte Vincent Parreira. Confirmation huit mois après leur emménagement, de nombreux locataires ont meublé et agrémenté les lieux avec des tables, des chaises et divers végétaux en pots.

Partager le coût du foncier. Les logements reposent littéralement sur le gymnase avec lequel ils cohabitent. La structure, en béton, est constituée de poutres-voiles de 20 m de portée qui forment les refends séparatifs des appartements. Des appuis élastiques assurent la désolidarisation acoustique entre les deux programmes, dont la juxtaposition était inscrite dans le PLU parisien. Le gymnase, semi-enterré, est éclairé naturellement par les baies vitrées du rez-de-chaussée sur rue et sur cour. Des cassettes en aluminium perforé filtrent les rayons du soleil et les regards des passants. Un escalier central dessert, de part et d’autres des vestiaires, la salle multisports et la salle de danse. Des vitrages permettent aux parents d’observer, d’en haut, l’activité de leurs enfants, en contrebas. Les habitants aussi peuvent jeter un coup d’œil depuis le jardin aménagé en cœur d’îlot par l’Atelier Roberta. « Sans les logements sociaux, impossible de construire ici un gymnase, le coût du foncier aurait été trop élevé », rappelle Nicolas Vignot, chargé de mission à la mairie du Xe arrondissement de Paris. La Ville a acheté l’équipement sportif au bailleur social – en vente en l’état futur d’achèvement (Vefa) – et elle se félicite de ce partage foncier qui profite à l’ensemble du quartier.

Maîtrise d’ouvrage : ICF La Sablière/Ville de Paris.

Maîtrise d’œuvre : AAVP Architecture, architecte. BET : EVP, structure ; Louis Choulet, fluides ; Oasiis, HQE ; Altia, acoustique ; Atelier Roberta, paysagiste ; BMF, économie.

Entreprise générale : Eiffage Construction Habitat.

Surface de plancher : 6 445 m².

Coût des travaux : 15,75 millions d’euros HT.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X