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Les matériaux plus sains ont le vent en poupe

Mots clés : Produits et matériaux - Qualité de l'eau, de l'air et du sol

Le particulier est de plus en plus prescripteur de produits réputés plus sains. Les industriels tentent de répondre à la demande en adaptant leurs gammes.

La qualité de l’air intérieur dépend en grande partie des matériaux utilisés dans l’habitat. Les particuliers en ont pris conscience, notamment après la multiplication des pathologies liées au plomb et à l’amiante. Aujourd’hui, cette prise de conscience chez une population de plus en plus prescriptrice est perceptible dans les évolutions des marchés des produits destinés au bâtiment : concrètement, les matériaux dits sains ou ayant la réputation de l’être se développent plus vite sur leur marché.

De leur côté, les industriels ont rapidement saisi l’importance de proposer de tels produits. « Les fabricants se sont intéressés à la qualité de l’air intérieur quand ils ont engagé les démarches liées à la qualité de la production et aux procédés environnementaux », explique Herwig de Roeck, directeur de recherche chez Tarkett et représentant de l’AIMCC au sein de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur. « Ce phénomène qui remonte à une quinzaine d’années est en adéquation avec des particuliers toujours plus attentifs à leur environnement. »

Des produits moins émissifs

Les produits de gros oeuvre liés au bâti, comme les parpaings ou les briques, sont peu concernés car considérés comme peu émissifs. L’isolation et les laines minérales sont également ressenties comme plutôt sûres pour la santé, même si en Allemagne et en Belgique les polémiques se multiplient à ce sujet : « Les fibres de laine de verre et de laine de roche présentes dans les isolants ont une longueur moyenne de quelques centimètres et un diamètre moyen de 3 à 5 micromètres. En fait, elles sont trop grandes pour être inhalées », reconnaît-on au Comité national d’action pour la sécurité et l’hygiène dans la construction belge. « Le danger réside dans le fait que les fibres d’une certaine longueur puissent se casser en petits morceaux lors de leur manipulation et utilisation peuvent pénétrer dans les poumons. » De son côté, le Filmm (Syndicat national des fabricants d’isolants en laines minérales manufacturées) rappelle que le Centre international de recherche sur le cancer a décidé, en 2001, de reclasser les laines minérales dans le groupe 3 spécifiant que les produits référencés dans celui-ci « ne peuvent être classés quant à leur cancérogénicité pour l’homme ».

La plupart des produits participant à une meilleure qualité de l’air intérieur sont donc issus principalement du second oeuvre et de la finition. A l’instar des peintures dont les volumes de ventes se sont inversés en 2000 entre les phases solvantées organiques et acqueuses, au profit de ces dernières. « Il y a eu une prise de conscience collective à la fin des années 90 des fabricants, des applicateurs et des particuliers concernant la nocivité des peintures solvantées », se souvient Richard Verniol, directeur général adjoint des peintures Cami-GMC. « Les artisans et le grand public se sont également rendus compte que les produits en phase aqueuse avaient gagné en qualité avec trois atouts principaux : l’absence d’odeur, le séchage rapide et le non-jaunissement.» Et Richard Verniol de souligner également que la réglementation européenne visant à la suppression totale des solvants organique dans la peinture participe activement au succès croissant des solutions aqueuses. Reste les éthers de glycols utilisés pour mixer l’eau et les produits chimiques et dont 4 ont été interdits en raison de leurs rejets nocifs. «Aujourd’hui, les fabricants de peintures n’utilisent dans leur formulation que des éthers autorisés et évidemment non dangereux pour la santé», rassure-t-on à la Fipec, la Fédération des Industries de la peinture, encres, couleurs, colles et adhésifs.

Le retour du lino !

Depuis les années 80, les moquettes connaissent une véritable traversée du désert, accusées d’être des refuges à acariens et donc moins saines que des produits apparaissant comme plus naturels. D’année en année, elles perdent des parts de marchés au profit des revêtements de sol stratifiés et, dans une moindre mesure, du carrelage (voir premier graphique page précédente). Et pourtant, les moquettes ont techniquement évolué vers des produits intégrant l’hygiène de la santé. Pour l’exemple, le fabricant allemand Vorwerk a supprimé la mousse et le latex de ses moquettes avec dossiers entièrement textile. La craie a également disparu dans le contre-collage des sous-couches, éliminant ainsi les micropoussières allergisantes.

Notons enfin, au chapitre des produits sains et ne dégageant pas de substances nuisibles, que le linoléum fait son grand retour dans les gammes des industriels des revêtements de sols : composé d’huile de lin, de farine de bois, de liège, de résines naturelles, de toile de jute et de pigments sans impact sur l’environnement, il retrouve peu à peu le chemin de la prescription après avoir été boudé durant des années, victime alors d’une connotation trop «vieillotte». Aujourd’hui, son marché progresse de 10 % par an mais ne représente encore que 5 à 6 % du marché des revêtements de sols.

PHOTO : Les industriels ont vite saisi l’importance de proposer des produits composés de matériaux sains.

GRAPHIQUES :

– Evolution du marché français des revêtements de sols 1998-2002

– Evolution des peintures intérieures selon la formulation 1998-2002

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Les fiches de déclaration environnementale au secours de l'air intérieur

Les fiches de déclaration environnementale pouvant être établies par le CSTB, Ecobilan ou directement par les fabricants, sont des outils d’aide à la décision pour les architectes lors de leurs opérations HQE. Parmi les informations qu’elles dispensent, elles identifient chaque phase de la vie d’un produit, les différents impacts sur l’environnement : en matière de consommation d’énergie, de pollution de l’eau, de changement climatique (voir «Le Moniteur» n° 5144 du 28 juin 2002, page 64).

Aujourd’hui, une vingtaine de fiches sont disponibles. Retrouvez la liste de ces produits sur notre site Internet.

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«Il faut apprendre aux futurs peintres à se servir des phases aqueuses»

ROLAND CRESSON, directeur de l’Iref, Institut national de recherche et d’études de la finition.

Les peintures en phase aqueuse participent à la qualité de l’air intérieur. Comment évolue le marché ?

Le marché bouge avec lenteur. Bien sûr, il y a eu un inversement entre les phases solvantées et aqueuses, mais la révolution ne s’est pas produite : il n’y a pas eu un inversement total (NDLR : voir deuxième graphique page précédente). Les raisons sont multiples : d’abord les industriels n’incitent pas les professionnels à passer à la peinture à l’eau. Plus grave : dans les lycées professionnels, on n’enseigne pas aux futurs peintres à se servir des phases aqueuses qui nécessitent des gestes spécifiques. Enfin, alors que pour les applications en extérieur les peintures à l’eau sont plutôt bien perçues, il y a encore pas mal de réticence concernant leur utilisation en intérieur, notamment pour les finitions satinées ou laquées. Beaucoup pensent que pour ces dernières, les phases solvantées sont plus performantes. Reste que l’obligation légale et l’échéance de 2007 devraient probablement interdire les Composés organiques volatiles (COV), ce qui obligerait toute la filière à abandonner les peintures glycéro classiques.

Y a-t-il néanmoins des précautions à prendre en utilisant des peintures en phase aqueuse ?

Concernant l’application elle-même, la réponse est non. Néanmoins, je voudrais attirer l’attention sur le nettoyage des outils et le recyclage des bidons. Puisque la peinture est à l’eau, on se dit que l’on peut laver les pinceaux dans le lavabo, ou encore déverser la fin d’un pot directement dans les égouts. Or, ce n’est pas parce que la peinture est à l’eau qu’il n’y a pas de composés chimiques dans sa formulation. Il faut donc faire attention de ne pas déplacer les problèmes : la peinture aqueuse contribue à un air intérieur plus sain. Faisons en sorte de ne pas polluer les rivières.

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