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Les huiles de la mécanique

La Confrérie des mécaniciens de travaux publics réunit la fine fleur des chefs de matériel.

La Confrérie des mécaniciens s’est réunie dans un hôtel parisien au mois de mai dernier pour célébrer son cinquantième anniversaire. C’était d’ailleurs un vendredi 13, pour ajouter une touche de superstition à la cérémonie. Il y avait là, autour d’une table rectangulaire, 34 hommes sans toge ni cagoule mais avec le plaisir de se retrouver. Entre pairs. « C’est la fonction qui nous lie. Nous sommes tous les décideurs du service matériel de nos entreprises respectives avec un but commun : exploiter au mieux le parc dont nous avons la responsabilité », résume le président. Au-delà des conflits de chantiers, ces utilisateurs parlent entre eux, échangent des informations, des idées et des conseils pour que les engins fonctionnent mieux. Née en 1960 sous l’impulsion de Lucien Van Belle, alors directeur matériel de la SGE (devenue Vinci en 1990), la Confrérie des mécaniciens de travaux publics parlait alors terrassement, pelles, bouteurs et boîtes de vitesses. Au fil du temps elle s’est élargie à d’autres domaines (le bâtiment, la carrière, l’enrobage, la fabrication du béton…) et à d’autres sujets. « La fonction matériel a évolué, note un confrère. Nous sommes passés de la clef de 13 à l’informatique embarquée. » Les problèmes ne sont plus les mêmes, mais il en reste encore. « Parler de ses difficultés permet d’évacuer son stress, surtout quand on se rend compte que les autres ont les mêmes ». Une réunion de la Confrérie tient-elle de la thérapie de groupe ? Difficile de le savoir car ce qui s’y dit ne franchit jamais la porte de la salle. Confidentiel ! « Les constructeurs de machines ne savent pas ce que l’on se dit, mais ils savent qu’on parle ensemble. Ils devraient donc éviter de changer leur discours quand ils nous rencontrent individuellement… » Il arrive parfois qu’un constructeur soit invité lors d’une réunion. Il se retrouve alors face à 80 % du marché français à qui il peut présenter son offre ou son organisation. Une occasion rare et exceptionnelle : pas de fournisseurs chez les confrères, ni de vendeurs. Seuls sont admis ici les utilisateurs, actifs ou retraités. Les anciens apportent leur expérience aux plus jeunes. « Le responsable du matériel est un expert. Il doit conseiller le chantier dans ses choix techniques et lui apporter des solutions innovantes », souligne un confrère, qui met le doigt sur un point sensible : ces discussions amicales entre concurrents ne vont-elles pas divulguer des secrets d’entreprises ? Les directions générales voient-elles ces échanges d’un bon œil ? « C’est vrai que certains patrons froncent les sourcils, sous prétexte que nous allons perdre quelques heures de travail. C’est une erreur : ce que l’on apprend ici est au bénéfice de nos entreprises », insiste un autre. « Nous avons tous ici un niveau de responsabilité qui nous permet de décider nous-mêmes de nos emplois du temps », tranche un troisième, qui renvoie à l’aspect discret de la Confrérie. Ni communiqués, ni papier à en-tête, encore moins de recommandations écrites. Les membres savent faire remonter leurs points de vue vers les instances officielles. Une discrétion que le président résume à sa façon : « Il y a d’un côté le pouvoir, de l’autre l’influence. Nous, nous n’avons aucun pouvoir… ».

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ENCADRE

points clés

Création 8 mai 1960
Statut Association loi de 1901
Membres 109 dont 45 retraités
Représentativité 80 % du marché français des matériels de chantier

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