Enjeux

Les balcons, talon d’Achille des bâtiments

L’implantation des aciers sera au cœur de l’expertise judiciaire après le récent drame d’Angers.

Le drame qui s’est produit à Angers (Maine-et-Loire) dans la nuit du samedi 15 octobre est encore frais dans les mémoires : peu avant minuit, le balcon d’un immeuble du centre-ville, livré en 1998, s’effondre. Plus de quinze personnes, des étudiants participant à une fête, sont sur l’ouvrage au moment de sa chute. Et le bilan est lourd : quatre personnes trouvent la mort et 14 sont blessées. Après l’émotion, vient le temps des questions. Comment cet ouvrage structurel a-t-il pu céder ? A-t-il été conçu, dimensionné et construit en dépit des règles en vigueur ? La mise en œuvre des balcons en général nécessite-t-elle des précautions particulières ?

Côté conception et dimensionnement, trois textes étaient en vigueur à l’époque de la construction : les règles du béton armé aux états limites 91 (BAEL 91) ; la norme NF P 06-001 relative aux charges d’exploitation des bâtiments ; et le DTU 21, qui précise les conditions de mise en œuvre des ouvrages en béton et en béton armé. Depuis 2010, ces exigences ont été intégrées dans l’Eurocode EN 1992-1 pour le BAEL 91 et dans l’Eurocode EN 1991-1-1 pour les charges d’exploitation. Ces dernières n’ont pas changé, soit 350 daN/m pour les balcons. « Cette charge incorpore les effets dynamiques et pas seulement les effets statiques », rappelle Charles Baloche, directeur général adjoint du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Ce qui signifie qu’outre les charges statiques, tels que carrelage, garde-corps et jardinières, le dimensionnement tient compte du nombre de personnes susceptibles de se trouver ensemble sur l’ouvrage.

Les fissures sur les dalles en console favorisent la corrosion, aggravant ainsi le risque d’effondrement.

Rarement une erreur de conception. Côté mise en œuvre, la fiche de l’Agence qualité construction (AQC) sur les désordres affectant les balcons est très claire : « La cause la plus fréquente des effondrements provient de défaut de ferraillage. Il s’agit rarement d’une erreur de conception des plans de béton armé mais plutôt de lecture de ces plans. On note en particulier des fissures en partie supérieure de la dalle, parallèles à l’appui : ces fissures concernent les dalles en console et sont l’indice soit d’une insuffisance de section d’acier, soit d’un mauvais positionnement en hauteur de ces aciers. Elles favorisent leur corrosion et aggravent ainsi le risque d’effondrement. »

Souvent préfabriqués, les balcons sont installés en porte-à-faux avec une double nappe d’aciers. « Ceux qui reprennent le plus d’efforts sont les aciers supérieurs, qui doivent être à la fois le plus haut possible tout en disposant d’un enrobage de béton suffisant pour être protégés en fonction des classes d’exposition », précise Christian Herreria, président de la commission marché bâtiment au sein de la Fédération de l’industrie du béton (FIB). De même, « la jonction entre le balcon et la façade est un point critique », insiste Olivier Delalande, président de la Compagnie des architectes de copropriétés. « En préfabrication, l’absence de joint et d’étanchéité, combinée aux infiltrations d’eaux pluviales, entraîne la corrosion des aciers, indique-t-il. Pour y remédier, les architectes de copropriétés préconisent l’étanchéité des balcons bien qu’elle ne soit pas obligatoire. Par ailleurs, nous nous inquiétons du recours aux rupteurs de ponts thermiques extérieurs. Leurs aciers, qui ne sont pas enrobés de béton, sont plus vulnérables à la corrosion. » Christian Tridon, président du Syndicat des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures (Strres), met en garde : « Les constats de pathologies sur les structures en béton vont crescendo. La plupart sont liées à la mise en œuvre inadaptée des armatures. Les balcons restent des ouvrages particulièrement vulnérables. Il est donc à craindre que des drames analogues se reproduisent. »

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