Enjeux Fibre optique

Le plan France THD monte en débit

Mots clés : Electricité - Equipements électriques - Gouvernement - Télécommunications

Le gouvernement et le chef de l’Etat amplifient le projet et ajoutent un point d’étape en 2020.

Accélération du calendrier annoncé par le président de la République « afin de parvenir à une couverture en haut et très haut débit (THD) avant la fin 2020 », attribution du gigantesque réseau d’initiative publique (RIP) du Grand Est au groupement Altitude-NGE, déclarations de SFR sur son projet « Fibrer la France » (lire page 9) … Même au cœur de l’été, la « planète THD » ne s’arrête pas de tourner. Bien au contraire.

Détermination et accélération. Depuis début juillet, l’exécutif a assuré à plusieurs reprises le maintien et même l’amplification du plan France très haut débit. Une détermination saluée par les acteurs du secteur. Lancé en 2013, il prévoit de couvrir l’intégralité du territoire en THD d’ici à la fin 2022, en grande partie grâce à la fibre optique, qui reste la technologie privilégiée. Un projet à 20 milliards d’euros d’investissements : 6 milliards dans les zones d’initiative privée avec un objectif de 100 % de fibre à la fin 2020, et 14 milliards dans les réseaux d’initiative publique, s’appuyant sur des délégations de service public. Un modèle qui, jusque-là, « fonctionne bien, selon Etienne Dugas, président de la Fédération des industriels des RIP (Firip). Il apporte de la concurrence et crée des réseaux ouverts, neutres et activés ».

Malgré la volonté d’accélération d’Emmanuel Macron, « l’objectif initial de 100 % de THD en 2022 ne bouge pas. Le chef de l’Etat ajoute en réalité une étape intermédiaire, notamment pour les RIP, décode Antoine Darodes, directeur de l’Agence du numérique, qui pilote le plan. Fin 2020, tout le territoire doit bénéficier d’un bon haut débit, que nous pourrions fixer à 8 Mbits. » Actuellement, un peu plus de 5 millions de foyers sont en dessous. Pour y remédier, plusieurs solutions possibles : commencer par fibrer les territoires qui sont sous ce seuil, ce que fera le groupement Altitude-NGE dans le Grand Est ; améliorer le réseau cuivre pour monter en débit en attendant la fibre ; utiliser des technologies non filaires, comme la boucle locale radio ( l’Arcep délivrera des fréquences à partir de septembre), la 4G fixe et le satellite. Des alternatives que la Seine-et-Marne a intégrées dès l’appel d’offres de 2015, remporté par Covage, avec un objectif de 100 % de bon haut débit d’ici à la fin de l’année. Une quinzaine de territoires seraient prêts à faire de même. Pour les RIP déjà en place, pas question de modifier les contrats, mais « nous discutons avec les opérateurs mobiles, les porteurs de projets et les collectivités pour y parvenir », confie Antoine Darodes.

Au-delà des objectifs. Pas d’affolement, donc, pour les porteurs de projets et les entreprises de BTP qui participent à l’aventure. Le plan France THD suit son cours. La trajectoire semble tenable, y compris pour le déploiement de la fibre (lire ci-dessous « 100 % de très haut débit en 2022 ») . Il se chuchote d’ailleurs que l’objectif de 50 % de lignes Fiber to the Home (FttH) dans les RIP en 2022 pourrait être dépassé : les projets prévoient l’installation de 9,5 millions de prises FttH, sur les 14,7 millions à connecter à terme. Les autres seront fibrées après 2022, et financées en partie par le grand plan d’investissement du quinquennat : entre 1,3 et 1,8 milliard d’euros y seront consacrés. Il reste donc des opportunités à saisir, au-delà du plan.

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100 % de très haut débit en 2022

Très haut débit ne signifie par forcément fibre optique ! Même si le FttH (Fiber to the Home) est l’ambition à terme, 2022 est un point d’étape, consistant à assurer un débit de 30 Mbits pour tous. Un objectif du plan France très haut débit non discutable. Et tenable au regard de ces éléments : l’objectif de 50 % de THD, prévu initialement pour la fin 2017, a été dépassé un an avant ; le rythme d’installations de lignes FttH s’accélère dans les zones privées : 6,6 millions étaient ouvertes à la fin 2016. On devrait en compter 2,5 millions de plus cette année, pour passer à 3 millions par an entre 2018 et 2020 ; le niveau de subventions dans les RIP tend à baisser, les investisseurs privés se montrant toujours davantage intéressés par ces infrastructures de long terme.

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SFR en veut plus et fait cavalier seul

« Fibrer la France ». C’est le grand projet annoncé le 19 juillet par SFR, qui souhaite créer sa propre infrastructure, seul, sans subventions et dans tout le pays, d’ici à 2025. Outre la perte du marché à 1,3 milliard d’euros du RIP du Grand Est quelques jours plus tôt et les annonces du gouvernement, « plusieurs facteurs ont guidé notre réflexion », avance Michel Paulin, directeur général de SFR. Parmi eux, le nombre d’opportunités qui va décroissant.

De plus, « nous payons 800 millions d’euros à Orange par an pour utiliser ses lignes, et environ 15 euros par ligne dans les RIP, poursuit-il. Développer notre propre infrastructure fera baisser cette facture ». Dernier argument : un jugement sévère envers les RIP, « dont le modèle est dévoyé », avec des subventions qui créeraient une inflation des coûts de construction. Si SFR assure qu’il n’agit pas contre les RIP – même s’il envisage de déployer ses lignes en parallèle – et les acteurs de BTP – « avec lesquels nous travaillons en sous-traitance » -, les réactions sont vives.

« Pas crédible », pour Jean-Michel Soulier, président de l’opérateur Covage, qui a été désigné par le département des Hauts-de-Seine et la métropole de Lille pour rattraper les retards et carences de SFR, initialement sur ces marchés. « Tentative de déstabilisation », pour Hervé Rasclard, délégué général de la Firip, défendant le modèle des RIP « qui intéresse hors de nos frontières ».

A l’Agence du numérique, Antoine Darodes préfère voir le verre à moitié plein : « Le projet de SFR est a priori une bonne nouvelle, s’il est en accord avec nos objectifs. » Et à condition qu’il ne soit pas une menace pour les investissements publics comme privés déjà engagés… « Nous ferons tout pour les protéger », assure-t-il.

Ce qui n’empêche pas SFR de faire des propositions pour aller plus loin. Quelque 2,5 millions de prises dans les zones moyennement denses ne sont pas attribuées, et près de 5 millions en milieu rural.

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