Autres Jean-Paul Amat, biogéographe

« Le paysagiste, médiateur d’une mémoire partagée »

Mots clés : Aménagement paysager

Sous le titre Les forêts de la Grande Guerre, le prochain livre de Jean-Paul Amat, à paraître avant Noël, prolongera trente ans de recherches. De la mer du Nord à la frontière suisse, le biogéographe a sillonné les champs de bataille du premier conflit mondial. Au côté des aménageurs et des paysagistes, il a contribué à renouveler la planification de ces sites en quête d’équilibre entre des objectifs de production sylvicole, de retombées touristiques et de protection de l’environnement.

Quand et comment avez-vous identifié les paysages de la Grande Guerre comme un de vos sujets de prédilection ?

Comme beaucoup de Français, la mémoire de mes proches a contribué à éveiller mon intérêt, en particulier autour de Verdun, d’où provient ma belle-famille. À partir du milieu des années 1980 sur les sites bien documentés de la Grande Guerre où l’on a trop vite cru que rien ne repousserait, j’ai découvert des graines qui ne demandaient qu’à ressortir, pour nous aider à comprendre comment les 120 000 ha classés en zone rouge en 1919 ont évolué jusqu’à aujourd’hui.

En quoi cette question relève-t-elle de la biogéographie ?

Au croisement des sciences naturelles et sociales, cette discipline s’intéresse aux dynamiques végétales spontanées ou assistées. Elle analyse les écosystèmes, par types de milieux. La forêt de Verdun, qui n’existait pas en 1914, offre un cas d’étude particulièrement intéressant.

Que nous apprend le croisement des cartes des champs de bataille avec celles des zones Natura 2000 ?

Ce croisement produit un effet de surprise immédiat : pour la plupart d’entre nous, la nature, c’est ce que l’homme n’a pas touché. Or certaines espèces comme le crapaud sonneur à ventre jaune ou le triton crêté affectionnent les trous d’obus ; leur présence se révèle beaucoup plus rare, voire inexistante, dans des espaces proches mais non touchés par les combats. La guerre de position se caractérise par une forte dépense d’énergie qui crée des milieux nouveaux. Plus profondément et au-delà des explications rationnelles, je vois se superposer deux formes de sacralité : celle, ancienne, qui touche la mémoire de la guerre ; et l’autre, plus récente, attachée aux habitats à conserver.

S’agit-il d’une spécificité des paysages de la Grande Guerre ?

La guerre de position n’est pas la seule à produire des biotopes intéressants. Dans le parc naturel régional Normandie-Maine, les dépôts allemands de carburant et de munition, balayés par les bombardements américains du 18 juin 1944, ont également généré des espaces redevables de protections.

Quelle contribution apportez-vous aux réflexions sur l’aménagement de la forêt de Verdun ?

Au nord de la forêt, le bois des Caures présente un patrimoine historique dans...

Vous lisez un article de la revue Paysage n° 374 du 10/11/2014
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